Des centaines de milliers d’indépendantistes catalans défilent à Barcelone à l’occasion d’une grève générale dans toute la région, après la condamnation à la prison, par Madrid, de neuf dirigeants séparatistes.

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(Haut) : Vue en hauteur d’un immense cortège coloré qui occupe tout l’espace d’une avenue de Barcelone. Face aux tensions, la Fédération espagnole de soccer a décidé de reporter le match du 26 octobre entre Barcelone et Madrid. (Bas, gauche) : Des jeunes et des femmes en première ligne de la contestation ; (bas, droite) : Le leader indépendantiste catalan Carles Puigdemont a été auditionné par la justice belge avant de ressortir libre, vendredi, mais sous contrôle judiciaire | Photo : Reuters

À la fin de l’après-midi en Catalogne, les cinq principaux cortèges de la « « Marche pour la liberté » », en provenance d’autres villes catalanes, avaient quasiment tous convergé en prévision de la grand manifestation de 17 heures.

Des barrages routiers ont été mis en place sur plusieurs axes majeurs et de grandes artères de Barcelone sont fermées à la circulation en prévision du passage des cortèges. Le trafic ferroviaire régional a été réduit, tout comme la circulation du métro barcelonais.

Le trafic aérien est en revanche quasiment normal à l’aéroport El Prat, où des manifestations ont entraîné cette semaine l’annulation de 150 vols environ, selon le ministère espagnol des Travaux publics. Sur Twitter, la compagnie Vueling annonce toutefois l’annulation d’une cinquantaine de vols vendredi.

Face aux tensions, la Fédération espagnole de soccer a décidé de reporter, pour des raisons de sécurité, le match du 26 octobre entre Barcelone et Madrid, deux grands rivaux du sport espagnol.

« Nous utilisons Barcelone comme un mégaphone: aucun touriste ne peut ignorer que nous nous mobilisons massivement et on espère que tout ça touchera un peu l’Europe, même si elle nous a assez déçus jusqu’à présent », lance Ramon, un étudiant venu manifester..

Les manifestants dénoncent la condamnation, lundi, de neuf dirigeants indépendantistes catalans à des peines de prison allant de neuf à treize ans pour leur implication dans le référendum d’autodétermination d’octobre 2017 et la déclaration unilatérale d’indépendance qui a suivi.

Réfugié en Belgique, l’un des dirigeants visés par la justice espagnole, Carles Puigdemont, a rencontré les autorités belges qui lui ont signifié le nouveau mandat d’arrêt qui pèse contre lui. Il fait l’objet d’une demande d’extradition de la part de la justice espagnole, mais invoque notamment l’immunité parlementaire pour s’y soustraire.

Il s’agit désormais pour la justice belge de « vérifier si le fait qui est à la base du mandat d’arrêt européen constitue une infraction au regard du droit belge », selon le parquet de Bruxelles. Une première audience est prévue pour le 29 octobre.

Le verdict du Tribunal suprême a donné lieu à des manifestations parfois violentes. Selon la mairie de Barcelone, 400 poubelles ont été incendiées mercredi et les dégâts occasionnés en deux jours s’élèvent à plus d’un million d’euros.

Selon les autorités régionales, environ 110 personnes ont été interpellées depuis le début de la semaine, dont 11 jeudi soir. En tout, 42 personnes ont été blessées à travers la région jeudi, dont 36 à Barcelone, selon les services de secours.

« Au sein de la population, il y a ce sentiment que toutes ces manifestations pacifiques n’ont pas servi à grand-chose et qu’à l’image des gilets jaunes et de Hong Kong, il faut aller plus loin », a expliqué le journaliste français Henry de Laguérie à l’émission Tout un matin.

Selon M. Laguérie, le statu quo politico-judiciaire « crée une forme d’impasse qui peut aussi expliquer que la situation dégénère ». En effet, même si le président Sanchez répète qu’il ne souhaite pas suspendre l’autonomie de la Catalogne, il ne peut pas remettre en question le processus judiciaire ayant mené à la condamnation des dirigeants catalans.

Les contrecoups des manifestations commencent aussi à se faire sentir sur l’économie locale. Jeudi, le groupe Volkswagen a annoncé avoir stoppé, jusqu’à samedi, la production à son usine de Martorell, près de Barcelone, qui compte 6500 employés.

De son côté, le grossiste Mercabarna rapportait que les ventes de poissons et de fleurs avaient diminué de 85 % à 90 % par rapport à la semaine précédente.

Source : Reuters, AFP, Radio Canada + Euronews