Des fédérations syndicales se sont jointes à cette mobilisation organisée par la Nouvelle Union populaire écologique et sociale, une coalition de partis de la gauche française | Photo : Reuters

Des milliers de personnes ont défilé dimanche à Paris à l’initiative de l’opposition de gauche, qui espère contribuer à « la construction d’un nouveau Front populaire en France », sur fond de pénurie de carburant provoquée par une grève.

Cette « marche contre la vie chère et l’inaction climatique », soutenue par des associations et des fédérations syndicales, a rassemblé 140 000 participants selon les organisateurs, 30 000 selon les services de police.

« C’est la grande conjonction, c’est nous qui la commençons avec cette marche qui est un immense succès », s’est félicité le leader du parti d’opposition La France insoumise (LFI), Jean-Luc Mélenchon, depuis un camion au milieu de la foule en annonçant « la construction d’un nouveau Front populaire qui exercera le pouvoir dans le pays le moment venu ».

Il a défendu l’idée d’une « grève générale » mardi, relayant des appels lancés en ce sens, notamment dans les transports et dans la fonction publique.

« La puissance de notre marche est un appui à la mobilisation des salariés, notamment celle qui va avoir lieu mardi », et « il faut penser tout ça comme un tout, qui s’entre-épaule, qui s’entraide », a fait valoir Jean-Luc Mélenchon dimanche.

Dans le cortège, des représentants de tous les partis de gauche, ainsi que la Prix Nobel de littérature Annie Ernaux, avaient fait le déplacement.

« Le message est simple : nous voulons un meilleur partage des richesses », a pour sa part lancé le numéro un du Parti socialiste, Olivier Faure.

Pour Christopher Savidan, 47 ans, au chômage depuis cinq ans et militant LFI

, « il est temps de se réveiller. Les gens en haut sont hors sol. On paie des impôts, on sait pas pourquoi, tout part à vau-l’eau. La logique veut que toutes les luttes s’agglomèrent ».

De nombreux « gilets jaunes » ainsi qu’un grand nombre de retraités étaient également visibles dans un défilé coloré avec quelques bonnets phrygiens et ponctué par des chants, y compris par la musique de Star Wars.

Des vitrines brisées et quelques échauffourées ont éclaté en marge du défilé, a constaté un journaliste de l’AFP
. Les forces de l’ordre ont procédé à plusieurs charges et ont utilisé des gaz lacrymogènes après des jets de projectiles dans leur direction. Une agence bancaire a été saccagée par des hommes vêtus de noir et masqués.

Avant une prise de parole attendue dans la soirée de la première ministre Élisabeth Borne, le ministre des Comptes publics Gabriel Attal a fustigé « une marche des partisans du blocage du pays » en référence à une grève pour les salaires dans les raffineries et les dépôts de TotalEnergies.

Entamée depuis bientôt trois semaines, cette grève entraîne une pénurie de carburant qui affecte de nombreux secteurs d’activité.

Près d’une station-service sur trois (27,3 %) manquait d’au moins un produit samedi, selon le gouvernement. Dans la région parisienne, la situation était plus tendue avec 39,9 % de stations-service en difficulté.

Outre les automobilistes et tout particulièrement les professionnels de santé, qui continuaient ce week-end leur quête de carburant un peu partout en France, de nombreux agriculteurs redoutent de ne pas être en mesure de réaliser leurs semis de céréales d’hiver à temps, faute de carburant, surtout dans le nord du pays.
« Le droit de grève a ses limites  »

Malgré un accord salarial avec deux syndicats majoritaires, la grève a été reconduite par le syndicat CGT jusqu’à mardi pour la raffinerie de Normandie située près du Havre, la plus importante de France, et jusqu’à mercredi pour celle de Donges.

Gabriel Attal a jugé dimanche « inacceptable qu’il y ait la poursuite de blocages alors même que des accords majoritaires ont été trouvés pour revaloriser les salaires dans les entreprises ».

« Ce n’est pas une grève normale, le droit de grève a des limites », a tempêté de son côté le président de la fédération patronale MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, disant estimer que « les 150 personnes des raffineries prennent les Français en otages » et qu’il faut « passer aux réquisitions » chez TotalEnergies.

La CGT compte donc tenir jusqu’à mardi, journée de « mobilisation et de grève » interprofessionnelle à laquelle ont aussi appelé d’autres syndicats (FO, Solidaires et la FSU).

Pour Jacques Montal, un manifestant cheminot retraité, les réquisitions des raffineries qui ont eu lieu chez Esso-ExxonMobil, « ça va très loin ». « Aujourd’hui est une première étape. Mardi, je pense qu’il y aura un mouvement fort. Et c’est fort possible que ça se poursuive après mardi. »

Source : AFP + Euronews