Le gouvernement israélien n’a toujours pas décidé ce qu’il adviendra des quelque 40 000 Africains qui demandent le statut de réfugié.

Ce sont en majorité des Soudanais et des Érythréens, arrivés sur le territoire israélien depuis le début des années 2000. Depuis avril dernier, la déportation de ces migrants vers un tiers pays sans leur consentement est interdite.
Selon plusieurs sources, des négociations ont repris avec l’Organisation des Nations unies (ONU) pour que des milliers d’entre eux soient envoyés vers l’Europe et le Canada. Mais au Canada, on se borne à dire pour le moment que les demandes sont à l’étude.
Le Sami Barber Shop donne sur la rue piétonnière Neve Sha’annan, dans le sud de Tel-Aviv. Cette rue un peu glauque se trouve dans un quartier défavorisé qui a mauvaise réputation parce qu’il serait le repaire des trafiquants de drogue et des prostituées.
Sur la devanture du salon, la raison sociale est inscrite en anglais et en tigrigna, la langue parlée en Érythrée.
Sami et ses clients sont des demandeurs d’asile érythréens. Après avoir traversé le Soudan, la Libye et le Sinaï, plusieurs sont installés en Israël depuis 9 ou 10 ans et ne détiennent toujours pas de cartes de séjour.
Ils ont des visas renouvelables tous les mois qui leur donnent le droit de travailler. On leur impose parfois des conditions, comme de vivre hors des sept grandes villes israéliennes.
Leurs salaires sont amputés de 20 %, disent-ils, et s’ils gagnent plus que le salaire minimum, 10 % d’impôts sont aussi prélevés.
Des rabbins à la défense des migrants
Des rabbins israéliens de toutes tendances se sont réunis dans un mouvement qui s’appelle Miklat Israel (ou Refuge Israel) et qui s’est donné pour but de disperser les demandeurs d’asile dans tout le pays.
À l’origine du mouvement, la femme rabbin Nava Hefetz explique qu’elle travaille dans le domaine des droits de la personne à partir de la tradition juive.
Elle condamne l’attitude du gouvernement israélien : « Israël n’est pas à risque avec 40 000 demandeurs d’asile. Donc ce n’est pas un danger pour Israël. »
« En tant que Juifs, en tant que rabbins, en tant que peuple, on ne peut pas renvoyer les demandeurs, parce que c’est exactement ce qui est arrivé au peuple juif pendant 2000 ans.» – Nava Hefetz
Nava Hefetz croit que la solution, c’est de disperser les migrants dans tout le pays, parce que leur concentration dans le sud de Tel-Aviv attise la haine.
« On a soulevé la population contre eux. Ce n’est pas que ces gens (du sud de Tel-Aviv) étaient à l’origine racistes ou anti-Noirs, mais on a créé cette atmosphère. Quand le ministre de la Culture dit que les Soudanais sont un cancer dans l’âme du peuple, c’est immédiatement mettre une étiquette et laisser entendre que ces gens-là vont nous détruire. »
D’ailleurs, en Israël, on ne les nomme pas « réfugiés » ou « demandeurs d’asile », mais plutôt « infiltrés ». La perception est qu’ils sont une menace pour le marché de l’emploi. Pourtant, le taux de chômage est autour de 4 %.
Venir au Canada
Plus d’un millier de ces migrants ont fait des demandes pour être accueillis au Canada. Au bureau du ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen, on indique que le Canada travaille à la réinstallation de 1000 personnes venant d’Israël à titre de réfugiés parrainés par le secteur privé en 2018.
Le processus est souvent lent, le statut de réfugié devant être déterminé par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés avant qu’un parrainage canadien puisse avoir lieu. Mais un porte-parole du ministre Hussen indique qu’entre-temps, une entente a été conclue avec les autorités israéliennes pour qu’aucun des demandeurs qui ont un dossier à l’étude au Canada ne soit déporté ou détenu.
Manon Globensky
Source : Radio Canada























