En première ligne depuis des mois pour réprimer les contestations antigouvernementales, l’armée vénézuélienne commence à trahir des signes de fatigue et à remettre en doute la fidélité qu’elle porte au président Nicolas Maduro.

L’impopularité des soldats vénézuéliens pèse sur leur moral | Photo : Reuters

L’opposition espère rallier dans son camp les forces armées afin de l’aider à maintenir en place la constitution actuelle, menacée par les projets de Maduro, et d’organiser une élection présidentielle anticipée.

Le président Maduro a récemment réussi à faire passer son projet d’Assemblée constituante, dénoncé comme antidémocratique par l’opposition.

Malgré tout, près d’un quart de la population s’est prononcé en faveur d’une intervention de l’armée pour défendre la constitution et l’Assemblée nationale actuelle, où l’opposition est majoritaire depuis décembre 2015, lors d’un référendum officieux.

Fatigue dans les rangs

Au milieu de cette confusion, les troupes vénézuéliennes commencent à trahir des signes d’épuisement et de division. Depuis des semaines, elles sont la cible des manifestants, qui n’hésitent pas à riposter à coups de cocktails Molotov, de projectiles divers, voire d’excréments humains.

Et leur impopularité pèse sur le moral des soldats.

« Si l’on ne défend pas le régime, nous sommes des traîtres et nos carrières sont ruinées. Si l’on défend le gouvernement, nous devenons les ennemis du peuple » – Un sergent-major de San Cristobal

À l’instar de tous les Vénézuéliens, les membres des forces armées ne sont pas à l’abri des pénuries des biens de consommation et de l’inflation qui monte en flèche. Leur salaire peine à couvrir l’achat de nourriture pour une semaine.

Depuis le début du mouvement de contestation en avril, 123 membres des forces armées, dont des officiers supérieurs, ont été placés en détention, accusés de trahison, de rébellion, de vol ou de désertion.

Mais en public, les dirigeants militaires maintiennent l’image d’un fort soutien au président Maduro, apparaissant à ses côtés lors d’événements politiques ou de défilés militaires.

Depuis 1999, plusieurs postes ministériels ont été pourvus par d’ex-militaires, nommés par l’ancien président Hugo Chavez. Il reste toutefois difficile de mesurer la loyauté de ces derniers envers Maduro. Les précédentes prédictions de coups d’État au pays ne se sont jamais concrétisées.

Incohérence dans le décompte

Selon des données de la commission électorale examinées par Reuters, seulement 3,7 millions de Vénézuéliens avaient voté vers 17 h 30 aux élections de dimanche dernier, bien loin du bilan de 8,1 millions d’électeurs revendiqué par le président Maduro.

« Bien qu’une poussée tardive soit possible à la fin de la journée, et le Parti socialiste a essayé d’obtenir cela dans le passé, doubler un vote dans la dernière heure et demie serait sans précédent », estimait la politologue américaine Jennifer McCoy, de la Fondation Carter.

Malgré la prolongation de l’ouverture des bureaux de vote, la procureure en chef Luisa Ortega remet en doute les chiffres avancés par le gouvernement, qui estime la participation à plus de 40 %.

Du côté de l’opposition, qui dénonce l’illégitimité de l’élection constituante et les ambitions dictatoriales de Maduro, la participation aurait plutôt été de 12 %.

L’opposition avait réussi à rassembler 7,2 millions d’électeurs lors d’un référendum officieux visant à augmenter la pression sur le gouvernement. Or, les deux camps continuent de contester mutuellement les chiffres que chacun avance.

Depuis le début de la crise, plus de 120 personnes ont été tuées dans des combats opposant les manifestants aux forces de l’ordre. La communauté internationale a condamné de toutes parts le recours à la violence de l’armée.


Sources : Radio-Canada + Reuters + EuroNews