Deux personnes ont été tuées lundi au Venezuela, a annoncé le parquet au terme d’une nouvelle journée de mobilisation hostile au président socialiste Nicolas Maduro, portant à 23 le nombre de victimes en trois semaines de manifestations.

«Nous avons vérifié et je confirme la mort de deux hommes dans des manifestations à Barinas et Mérida», deux villes situées dans l’ouest du pays, a indiqué à l’AFP une source du parquet, qui avait annoncé plus tôt la mort de trois personnes.
Les victimes sont deux hommes de 42 et 54 ans, selon le parquet qui dénombre aussi sept blessés.
Le Défenseur du peuple (autorité veillant au respect des droits de l’homme), Tarek Saab, a identifié la victime de Mérida comme un «pro-gouvernement» qui «était en train de manifester pacifiquement et aurait reçu un tir», ajoutant: «Il y a aussi cinq jeunes (blessés) qui sont entre la vie et la mort».
L’opposition a elle affirmé qu’il y avait deux victimes à Barinas, des anti-Maduro qui manifestaient et ont été la cible de «paramilitaires du PSUV», le Parti socialiste au pouvoir.
L’annonce de ces décès contraste avec le calme constaté lors de la mobilisation de lundi, quand des milliers d’opposants ont bloqué les route du pays pour réclamer des élections générales anticipées.
Seuls quelques heurts ont été observés, quand la police a dispersé avec du gaz lacrymogène des manifestants qui lui jetaient des pierres sur une autoroute de la capitale.
«Cela a été une manifestation pacifique en faveur d’élections générales. Fini la répression pour le peuple qui veut un changement», a lancé le député d’opposition Luis Florido.
Assis ou debout sur la chaussée, sous un soleil intense, les manifestants, pour la plupart vêtus de blanc, entonnaient de temps à autre l’hymne vénézuélien ou clamaient des mots d’ordre comme «liberté».
Installés sur l’autoroute Francisco Fajardo, voie d’accès à Caracas, ils étaient aussi déployés sur les axes stratégiques du pays, sans générer toutefois d’embouteillages importants, les habitants ayant emprunté les routes secondaires ou renoncé à se déplacer en prévision de la mobilisation.
«Nous bloquons (les routes) pour que Maduro comprenne qu’il doit partir. Avec lui, nous avons faim. Je ne trouve pas de lait pour mon bébé de 16 mois», expliquait à l’AFP Amalia Duran, une femme au foyer de 41 ans.
Dans ce pays pétrolier dont l’économie s’est effondrée avec la chute des cours du brut, la majorité des aliments et médicaments sont introuvables. Lassés, sept Vénézuéliens sur dix souhaitent le départ de Nicolas Maduro, selon un sondage Venebarometro.
«Je suis venu parce que je suis fatigué», témoignait ainsi Yorwin Ruiz, manifestant de 26 ans, avant de raconter son calvaire: «J’ai fait le tour de plus de 20 pharmacies pour acheter un simple antibiotique. J’espère qu’au moins nous obtiendrons des élections».
«Nicolas ne part pas»
Après trois semaines de manifestations, les antichavistes (du nom du défunt président Hugo Chavez, 1999-2013) maintiennent la pression en faveur d’élections générales anticipées, avant la fin du mandat de M. Maduro en décembre 2018.
Le leader de l’opposition Henrique Capriles a promis d’annoncer «de nouvelles actions» lundi soir.
Depuis le 1er avril, la vague de manifestations a fait 24 morts, les rassemblements étant marqués par des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre.
Gouvernement et opposition s’accusent mutuellement de ces violences au cours desquelles plus de 600 personnes ont été arrêtées, selon l’ONG Foro Penal.
«Le Venezuela se lève contre la dictature (…) malgré la répression. Nous n’allons pas nous rendre», a promis Freddy Guevara, vice-président du Parlement, seule institution contrôlée par l’opposition.
«Des élections oui, je veux des élections maintenant», a lancé dimanche à la télévision M. Maduro mais en se référant aux scrutins régionaux – qui devaient se tenir en décembre dernier mais ont été reportés sine die – et municipaux prévus cette année.
L’un des hauts dirigeants du chavisme, Diosdado Cabello, a d’ailleurs précisé lundi qu’«il n’y aura pas d’élections générales, en aucun cas (…). Nicolas ne va partir».
M. Maduro a invité l’opposition à reprendre le dialogue gelé depuis décembre, appelant le pape François à «accompagner» ces discussions. Une précédente médiation sous l’égide du Saint-Siège avait échoué l’an dernier.
Onze pays latino-américains ainsi que les États-Unis plaident pour des élections.
La crise politique, née de la victoire de l’opposition de centre droit aux législatives de fin 2015, s’est enflammée début avril: la Cour suprême, réputée proche de Maduro, s’est arrogée les pouvoirs du Parlement, déclenchant un tollé diplomatique qui l’a poussée à renoncer 48 heures après. L’opposition dénonce un «coup d’État».
Une précédente vague de manifestations en 2014 avait fait officiellement 43 morts.
Source : AFP























