Au Togo, le grand banditisme semble bénéficier de la protection des autorités et les vrais auteurs d’actes criminels ne sont jamais inquiétés. L’affaire des incendies, le braquage de l’aéroport de Lomé et d’autres actes répréhensibles n’ont jamais livré leurs secrets et révélé les vrais auteurs. Selon Me Zeus Ajavon, son maintien sous inculpation dans le dossier des incendies est le prix payé pour son intervention dans l’affaire du braquage de l’aéroport.

Lors de la conférence de presse animée par Me Zeus Ajavon et le président national de l’Alliance nationale pour le changement, Jean-Pierre Fabre, sur leur maintien sous inculpation, les deux hommes sont revenus sur les projets du pouvoir dans l’affaire des incendies des marchés de Kara et de Lomé.
Me Zeus Ajavon s’est réjoui du fait qu’ils demeurent toujours inculpés dans cette affaire qui a révélé, tout au long du processus, son soubassement politique. Pourquoi sont-ils toujours inculpés alors que celui qui les a cités comme étant commanditaires de ce crime s’est rétracté ? Telle est la question qui suscite débat. Pour l’avocat, les raisons de son inculpation sont ailleurs et le régime RPT/UNIR chercherait à avoir sa peau, puisqu’aucun élément n’est versé au dossier de l’accusation. « Je ne peux pas vous révéler le fond du dossier, mais ce que je peux vous dire, c’est qu’il y a des tas d’éléments ramassés sur le terrain, mais qui n’ont pas été soumis au juge d’instructions », a-t-il révélé.
A l’en croire, le dossier n’est pas opaque, mais plutôt vide. La preuve ? Selon Me Zeus Ajavon, le rapport de l’enquête préliminaire regorge de beaucoup trop de faiblesses et d’incongruités au point qu’il est arrivé à conclure qu’« apparemment, on cherche à couvrir les vrais auteurs du crime ». « Si le CST a planifié et financé les incendies, pourquoi suis-je le seul du Collectif à être toujours inculpé ? Le CST avait un bureau et tous les autres membres sont disculpés, donc je reste le seul à avoir planifié les incendies. Ensuite on dit que c’est l’ANC qui a planifié les incendies », s’est-il indigné.
Comme on le sait et on le vit souvent au Togo, les enquêtes dont les résultats n’arrangent pas le pouvoir ne sont jamais terminées, et si elles le sont, les éléments versés au dossier n’ont de valeur que celui qui les a fournis. Au lendemain du braquage de l’aéroport de Lomé, le 28 septembre 2014, quatre personnes de nationalité nigériane ont été arrêtées par la Police et placées en détention. Elles se sont fait représenter par Me Zeus Ajavon qui est parvenu à les faire libérer. « J’ai démontré par A+B que ces gens n’ont rien à avoir avec le braquage de l’aéroport. Les coupables sont ailleurs », a-t-il dit.
Mais comme dans le cas des incendies, Me Zeus Ajavon a estimé que les vrais auteurs sont protégés par le régime. Et pour cause, l’aéroport est un endroit stratégique et l’un des plus protégés du pays. « A l’aéroport de Lomé, il y a des tas de corps armés (la base aérienne, la sûreté aéroportuaire, plus de trois commissariats de polices à moins de dix minutes des lieux, et une compagnie de Gendarmerie sans compter les unités chargées de la surveillance), mais les gens ont tiré pendant des minutes voire des heures, mais rien ne s’est passé. Pas d’intervention ni de réaction », a affirmé l’avocat.
L’autre fait révélateur de la protection dont bénéficient les auteurs du braquage est que les images des caméras de surveillance n’ont jamais été exploitées par la Police. « Deuxième chose suspecte, il y a des tas de caméras de surveillance installées à l’aéroport. Les malfrats ont opéré à visages découverts. Ils ont emprunté le boulevard du Haho et ont tiré encore au carrefour de Hédzranawoé devant trois banques qui avaient aussi des caméras de surveillance. Mais les vidéos n’ont pas été versées au dossier », s’est désolé Me Zeus Ajavon. Outre ces éléments, « on a retrouvé les motos qui ont servi de moyens de locomotion aux braqueurs qui n’ont pas utilisé des gants de protection. La maison à partir de laquelle ils ont planifié le crime a été retrouvée et il doit y avoir des milliers d’empreintes digitales ».
Tous ces éléments ont évidemment contribué à la libération des Nigérians arbitrairement arrêtés et détenus avant d’être élargis et placés sous contrôle judiciaire. Une démonstration qui vaudrait aujourd’hui à Me Zeus Ajavon son maintien sous inculpation puisque ces Nigérians auraient été présentés comme les auteurs du braquage et condamnés dans un simulacre de procès.
Source : G.A., Liberté























