Débuté depuis lundi, l’atelier dit de réflexion et d’échanges sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles du Haut commissariat à la réconciliation et au renforcement de l’unité nationale (HCRRUN) poursuit son bonhomme de chemin. Encore aujourd’hui et demain, et la rencontre refermera ses portes.

Déjà, il ne s’était pas donné la peine d’aller ouvrir solennellement la rencontre, préférant se rendre à Niamey pour le sommet du ressuscité Conseil de l’Entente ; et revenu au pays depuis ce lundi, Faure Gnassingbé n’a pas cru devoir « faire un saut » au Radisson Blu Hôtel pour, ne serait-ce qu’encourager les participants, préférant là aussi suivre les Evala dans la Kozah. Comment comprendre que celui qu’on dit incarner les réformes, fasse preuve d’une telle indifférence ?
Faure Gnassingbé se tient à l’écart de l’atelier
Cet atelier organisé par Mme Awa Nana-Daboya et son HCRRUN était brandi comme la rencontre du siècle au Togo. Au regard du nombre des invités, il prenait des allures d’une conférence nationale bis. Son avènement a fait couler beaucoup d’encre et de salive. Les JMP (journalistes en mission pour le pouvoir) n’avaient pas fait de quartier au chef de file de l’opposition, Jean-Pierre Fabre, pour avoir décidé de boycotter cet atelier qu’il voit comme une diversion de plus pour amuser la galerie. Comme si les annonces par les médias ne suffisaient pas, la présidente du HCRRUN s’est même donné la peine d’organiser une conférence de presse de lancement le jeudi 7 juillet. C’est tout un boucan médiatique qui était fait autour de cette rencontre, et ce n’est pas de trop.
Les réformes constitutionnelles et institutionnelles, c’est un sujet d’importance nationale engageant la paix et la stabilité tant vantées par les officiels. Même si ces idéaux sont encore relatifs, ce sont les seules choses que le Togo pourrait en effet vendre sur le plan politique sur le continent, lorsque les autres se signalent par des élections démocratiques et transparentes, l’alternance au pouvoir, l’indépendance de la justice, le bon fonctionnement des institutions de la République. De l’effectivité de ces réformes dépend donc le sort du Togo. Le règlement de cette problématique aura le mérite de calmer un tant soit peu ceux qui lorgnent le pouvoir, même si l’application est une autre paire de manches, car la confiscation du pouvoir et le non avènement de l’alternance ont été identifiés lors des pourparlers togolo-togolais de 2006 comme des facteurs à l’origine de la crise politique pluri décennale connue par le pays et les parties prenantes ont recommandé d’engager des réformes. Sous d’autres cieux, au regard de l’enjeu, aucun sacrifice ne serait trop grand pour le chef de l’Etat lorsqu’il s’agirait d’assister à un pareil atelier. Il devrait reléguer toute autre activité au second plan, même si c’est le Messie en personne qu’il devrait aller accueillir à l’aéroport.
Avec toute la surenchère faite autour de cet atelier, on pouvait croire qu’il tenait vraiment à cœur au sommet de l’Etat et que Faure Gnassingbé, pour rien au monde, ne le raterait. Mais les Togolais n’ont eu que leurs yeux pour pleurer. Il n’était pas à l’ouverture de la rencontre pour lui donner un cachet spécial. C’est le Premier ministre Komi Sélom Klassou qui représentait l’exécutif et a ouvert solennellement les travaux, en présence de quelques membres du gouvernement, des partenaires en développement, entre autres. Faure Gnassingbé a préféré se rendre au sommet du ressuscité Conseil de l’Entente à Niamey au Niger où il sera élu président pour deux ans, au terme des travaux. Même revenu au pays, il n’a pas cru devoir passer au Radisson Blu Hôtel, ne serait-ce que pour saluer ou encourager les participants à continuer les réflexions. Il a préféré rallier la Kozah pour assister aux Evala. Certains de ses admirateurs, pour le dédouaner, arguent que comme le sujet le concerne aussi, sa présence pourrait être interprétée comme « une pression indirecte sur les participants et le HCRRUN » afin qu’ils fassent plancher la balance de son côté. Soit. Mais quid des autres acteurs politiques invités ?
Les réformes, le cadet des soucis de Faure
Il ne manque pas d’occasion pour simuler un intérêt incomparable aux réformes, notamment dans ses discours et autres interventions médiatiques. La dernière illustration en date, c’est son interview accordée au confrère Deutsche Welle lors de sa visite en Allemagne en juin dernier dans laquelle il faisait de l’esprit autour des problématiques de la limitation du mandat présidentiel et de l’alternance en Afrique et annonçait son idée de confier la réflexion sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles de l’Accord politique global (APG) aux universitaires et intellectuels plus malléables que les politiques. Mais en réalité, les réformes sont le dernier des soucis de Faure Gnassingbé, et c’est loin d’être une révélation pour les Togolais avisés.
Il a été rapporté dans nos colonnes des indiscrétions faisant état de ce que le Prince aurait exprimé dans certains couloirs son opacité absolue aux réformes, notamment la limitation du mandat présidentiel et le mode de scrutin à deux tours. Tout le reste n’est que diversion. « Cet atelier n’est qu’un marché de dupes qui rassemble des gens de tous horizons pour donner l’impression que le pouvoir en place est favorable aux réformes. Rien de sérieux n’en sortira », croit dur comme fer un acteur de la société civile qui regrette que les partenaires en développement acceptent de financer ces initiatives vouées d’avance à l’échec. « (…) Parfois je ne comprends pas les partenaires. Ils financent toute initiative du gouvernement, même s’ils savent que cela ne portera aucun fruit. Tout le monde sait que cet atelier n’est qu’une diversion pour perdre du temps et qui n’apportera rien. Voyez-vous, déjà on nous dit que les conclusions de cet atelier seront versées à l’autre Commission d’intellectuels. Pour faire quoi ? Et après cette Commission, ne viendra-t-on pas parler d’une autre ? (…) Parfois je me demande si ces gens aussi ne font pas des affaires avec ces genres d’initiatives, s’il n’y a pas des ristournes ou rétro commissions par hasard, parce que je trouve curieux que les partenaires qui insistent souvent sur la bonne gouvernance acceptent financer des choses qui ne donneront rien. Vous imaginez un peu la facture de cet atelier organisé au Radisson Blu Hôtel et combien de forages on peut construire, combien de vie on peut sauver, avec ces sous… ? ».
La norme aurait voulu que le Prince soit en esprit avec les participants à cet atelier et prouve qu’il tient aux réformes. Mais ce n’est pas le cas. Pendant que les participants cogitaient, Faure Gnassingbé n’a pensé qu’à ses pairs et son élection à la présidence du ressuscité Conseil de l’Entente. « Je remercie mes pairs pour la confiance accordée au Togo, et à ma modeste personne… C’est avec humilité et sens du devoir que je prends, ce jour, les rênes du Conseil de l’Entente », a-t-il écrit sur son compte Twitter. Pas un mot pour l’atelier du HCRRUN et les réformes ! Il est évident que cette rencontre ne vaut pas un pet de lapin, n’a pas d’importance à ses yeux, si ce n’est de simuler une certaine disponibilité à mettre en œuvre les réformes pour flouer la communauté internationale. C’est un signe de plus de mépris pour ce qui fait la préoccupation des Togolais.
Cet atelier a l’air d’une kermesse pour amuser la galerie. Déjà que les conclusions sont censées être versées à la Commission d’universitaires et d’intellectuels qui va aussi plancher là-dessus et rendre ses conclusions plus tard, c’est dire que la mise en œuvre effective des réformes n’est pas pour demain. Et puis, il y a un écueil qui risque de s’inviter et reléguer au second plan cette question des réformes, c’est la préparation des élections législatives de 2018. « Après qu’il aura fait trainer ce processus des réformes durant plusieurs mois, le pouvoir viendrait évoquer la préparation des législatives à l’approche de 2018 et privilégier ce chantier, abandonnant ainsi celui des réformes. Et lorsque cet argument sera avancé, toute la classe politique va céder (…) Ce que je regrette parfois, c’est que nos leaders de l’opposition se font facilement avoir. Le pouvoir a déjà fait des calculs et échafaudé des plans. Alors que l’opposition dort sur ses lauriers, dans les officines du pouvoir, on est déjà dans la prospective et réfléchit aux plans obscurs. La nouvelle piste explorée, c’est d’arriver à arracher 74 sièges de députés aux prochaines législatives pour avoir la majorité des 4/5e et opérer les réformes sans devoir souffrir des caprices d’une certaine minorité de blocage venant de l’opposition », nous révèle une source. A bon entendeur…
Source : [14/07/2017] Tino Kossi, Liberté























