Les attaques terroristes de la fin de semaine dernière au Burkina Faso avec leurs cortèges de pertes en vies humaines et de dégâts matériels remettent encore au-devant de la scène les angoisses au sujet des menaces terroristes en Afrique de l’Ouest. Quelques semaines seulement après avoir frappé à Bamako, les terroristes ont pu frapper au coeur de Ouagadougou, avec une relative facilité, et aussi en dehors de la ville. Et pourraient encore frapper ailleurs.

La menace terroriste n’est plus très loin des frontières togolaises. Elle semble même avancer vers le Togo, presque sans entraves. Et la légitime question qui se pose est la voici : est-on en sécurité au Togo ? At-on pris des dispositions pour mettre le pays à l’abri d’éventuelles attaques ? Comment met-on par exemple la population à contribution pour la collecte de renseignements sur d’éventuels mouvements suspects ? Autant de questions que devront se poser les autoritaires sécuritaires de notre pays et auxquelles elles devraient même déjà se proposer de répondre devant les élus.
Une chose est aujourd’hui sûre, des cellules dormantes de ces groupes terroristes existent dans plusieurs pays de la sous-région. Et il n’est pas exclu qu’elles soient présentes aussi au Togo. L’ancien patron des renseignements togolais et ancien ministre de l’Intérieur, avait même ouvertement admis lors d’une manifestation publique qu’ils ont des informations faisant état de la présence de signaux de Boko Haram dans plusieurs villes du Togo. En présence de l’actuel ministre de la Sécurité, il invitait les prédicateurs des mosquées du Togo à prendre leurs distances par rapport à ces groupes.
Récemment encore, lors d’une conférence en marge de la COP21 de Paris, l’ancien ministre de la Prospective de Faure Gnassingbé, Kako Nubukpo, révélait que Boko Haram recrute jusque sur la côte, dont dans une capitale comme Lomé. Et si Boko Haram, jusqu’ici inarrêtable dans ses folies meurtrières au Nigeria, au Tchad, au Niger et au Cameroun dispose de cellules au Togo, ce n’est pas exclu que d’autres groupes extrémistes aussi en disposent, soit à l’intérieur du pays dans certaines localités reculées où les populations sont plus vulnérables à certaines formes de manipulations. On se rappelle que le chef d’un de ces groupes jihadistes annonçait, il y a quelques mois, qu’ils disposent de cellules dormantes dans plusieurs capitales ouest-africaines.
Dans le cas où aucun de ces groupes n’est encore présent dans nos murs, avec des frontières aussi poreuses que ce que nous avons, on peut quitter le Mali, le Burkina et le Niger et se retrouver en quelques heures sur le territoire togolais pour une « opération ». Loin de vouloir provoquer une panique au sein de la population, il s’agit juste de commencer par voir la réalité pour savoir prendre, à temps, des dispositions qui s’imposent.
Lors d’une conférence sur la police de proximité l’année dernière, l’actuel ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Yark Damehame avouait clairement qu’il y a une fracture entre les populations et les forces de police et que les appels à témoin sont souvent sans suite, ce qui est révélateur du malaise profond entre les Togolais et ceux qui sont supposés les protéger et qui naturellement, rend pratiquement impossible la mise en place d’un dispositif d’alerte populations-force de sécurité et de défense pour la collecte des renseignements sur ces genres de mouvements.
L’impression très largement répandue au sein de l’opinion est que nos forces de sécurité et de défense ne sont rodées qu’en matière de répression sur des civiles, de rackets et d’autres activités peu légales. Plusieurs fois, elles ont répondu absentes à des rendez-vous auxquelles les attendait la population. La relative impuissance de nos policiers, gendarmes et militaires face à la série de braquages du diplomate, suivi de celui du magasin Fontana et de celui des commerçants à l’aéroport avec des armes lourdes et les phénomènes d’insécurité en général, laisse les Togolais peu confiants.
Et parlant de l’insécurité, il y a un phénomène d’enlèvement qui prend progressivement de l’ampleur dans notre pays et récemment révélé dans la presse par notre confrère «Le rendez-Vous». A ce jour, malgré la gravité de ce phénomène qui rappelle des pratiques des réseaux mafieux et terroristes, aucune réaction officielle n’est encore enregistrée, ne serait-ce que pour rassurer les populations. Et pourtant, plusieurs personnes ont déjà évoqué le sujet sur les radios, sans que cela ne suscite, à ce jour, des réactions des services de sécurité. Toutes choses qui ne sont pas de nature à rassurer les Togolais de l’efficacité du système sécuritaire public. Et il est grand temps que les Togolais se sentent protégés. La menace n’est plus loin.
Source : [19/01/2016] Mensah K., L’ALTERNATIVE – N°490























