A défaut d’un admirateur sincère, le prince joue, danse et s’admire à la fois

C’est ainsi que dans un discours, il se félicite de ce qu’il a appelé «progrès» du pays avec les efforts de lutte contre la précarité. Il parle d’un Togo où il est possible que les plus démunis se sentent de plus en plus soutenus et épaulés dans leur quête légitime d’une existence plus décente et d’un meilleur avenir. Au même moment, les Togolais n’ont plus d’argent pour enterrer leurs morts et certaines familles sont forcées de laisser ce dernier hommage à leur parent aux soins de l’Etat. Tout récemment, on parlait de 100 corps qui n’ont pas trouvé preneurs à la morgue de Lomé à causes que légères dépenses funèbres et la préfecture est obligée de les enterrer.
Oui, le prince qui confond la vitesse et la précipitation, a de quoi se féliciter quand il n’a jamais payer une facture d’électricité ou d’eau, il n’a jamais connue une coupure d’électricité faute de n’avoir pu payer sa facture, ni lui-même moins encore un de ses enfants n’ont jamais été renvoyé de l’école faute d’écolage, il n’est jamais revenu de l’école un midi et se contenter de quelques poignets du »gari » comme déjeuner, il ne s’est jamais réveillé un matin avec 1000 FCFA en poche pendant qu’un enfant est soufrant et la femme à terme qui peut accoucher à tout moment. Beaucoup de Togolais ont grandit dans cette atmosphère, mais Faure lui, il est né de Crésus, fourchette à la main depuis le berceau. Un tel monsieur ne peut pas savoir que dans ses nombreux projets bidon qu’il considère comme viviers de la promotion sociale, ses hommes et femmes qui l’entourent se gardent la plus grande partie du budget. Il ne sait pas que les projets sociaux au Togo, s’invitent souvent dans le bas peuple sans étude d’impacts. S’ils ont la chance de commencer, soit, ils s’arrêtent à mis chemin ou ils n’atteignent pas souvent leur cible. Du coup, les résultats de ces projets tant ventés sont en deçà des attentes.
Donc la crise au Togo, elle n’est pas seulement politique, elle est aussi sociale. Pire, quand au-delà de l’échec des projets sociaux, l’une des politiques du régime est d’affaiblir financièrement tous les potentiels adversaires afin de les garder sous contrôle, l’addition est salée. C’est ainsi que si tu n’es pas, par exemple, un avocat aligné tu n’as pas de chance dans ta carrière, à quelques exceptions près. Un avocat de renom a déclaré n’avoir jamais gagné un procès pour cause de son engagement politique. Il y a seulement un an, on se rappelle un témoignage poignant d’un autre avocat de la place. Il déclarait, lors de la première sortie médiatique du PNP, Parti National Panafricain, à l’hôtel Eda Oba, qu’il lui arrive de garder sa carte d’identité à une station service le matin afin de se faire servir le carburant pour les courses dans la journée. Histoire d’avoir quelque chose et revenir payer le soir avant de récupérer la carte.
Dans tous les corps de métiers, si vous êtes un non-aligné, vous devez faire preuve de la plus grande neutralité possible, un petit engagement contre les dérives du régime suffit pour que votre carrière soit hypothéquée, votre vie et celle de votre famille avec. C’est ça le bien-vivre en démocratie, monsieur le président ? Et cette politique d’ « appauvrir pour régner » vous l’encourager sous prétexte que vous n’allez pas donner les outils de combat à l’adversaire. C’est vrai, bien réfléchit, sauf que il n y a que les poltrons et les lâches qui désarment l’adversaire avant de l’accepter sur le ring.
Aujourd’hui, Monsieur Faure parle de l’action politique comme une formule qui a échoué car les hommes politiques sont en même temps acteurs des crises et alors, il faut privilégier le débat intellectuel : « Mon souhait en tant qu’Africain, c’est que ce débat soit mené par nos intellectuels, les universitaires qui puissent nous donner des pistes de réflexion (…) Ce qui est dangereux, c’est d’instrumentaliser cette question d’une manière ou d’une autre, mais le débat ne peut pas être fait par nous les politiques parce que quelque part, nous sommes des acteurs. L’Afrique regorge aujourd’hui d’intellectuels, d’universitaires et de sociétés civiles assez dynamiques qui peuvent mener ce débat ».
Et pourtant on se rappelle, l’Accord politique global (APG) signé en 2006, c’était le fruit d’un dialogue entre politiques et non entre intellectuels ou chercheurs. La seule chose qui fait échouer ces engagements n’est pas la présence des politiques mais la propension de Faure à remettre toujours à demain les engagements afin de végéter au pouvoir, la mauvaise foi politique.
Interrogée sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles, il répondait il y a quelques années : « pour le débat sur les réformes constitutionnelles et institutionnelles dans mon pays le Togo, je voudrais rappeler qu’il y a un principe qui ne varie pas, c’est celui du respect des dispositions constitutionnelles qui sont aujourd’hui en vigueur ». Il parlait de la constitution qui l’arrange, c’était le fruit des acteurs politiques acquis à son père, dont lui-même.
« L’intellectuel togolais, c’est celui-là qui n’a pas le courage de mettre son intellect au service du peuple, pour l’éveil des consciences, comme dans d’autres pays. Il se fout éperdument de comment se porte son pays, de son devoir d’éclaireur. Il préfère se taire, par peur de perdre son gagne-pain ou de subir les châtiments du pouvoir » pour reprendre les colonnes d’un confrère. Mieux, c’est une constance, la plupart des intellectuels qui se sont ralliés au pouvoir sont au service de la mauvaise cause. L’APG est clair, et la Commission Vérité, Justice et Réconciliation (CVJR) est venue insister là-dessus, il faut retourner aux fondamentaux de la Constitution de 1992, et Faure Gnassingbé n’a nullement besoin de formalités pour y aller. C’est simplement la volonté qui manque. Les réformes politiques et la volonté de garder le plus longtemps possible un pouvoir public, devenu un héritage familial, ne font pas bon ménage.
La volonté politique ne peut que manquer quand le pays est aux mains d’un engoulevent
Oiseau des savanes herbeuses et des clairières, au repos, il a d’abords un regard maladif. Dans sa somnolence attentionnée, il est le premier à sentir le danger et à prendre l’envol et quel envol. Quand il prend les airs, le chasseur ne vend pas cher sa peau. Il zigzag comme s’il tombait à deux mètres près. Mais, non, il tient sa route et se pose, un peu plus devant. Quand le chasseur approche, il reprend l’envol, ainsi de suite. Au sol, les chasseurs lui attribuent les qualités de bon coureur. Mais devant l’ennemi, l’oiseau ne court pas, il fait le malade, il s’envole, retombe ici et là, de quoi faire croire à l’ennemi qu’il est un oiseau fatigué qu’on peut prendre avec facilité, faux. Le temps de se rendre compte, l’ennemi est déjà perdu dans la forêt et ne sait plus par où retourner au bercail. C’est un peu ça l’opposition togolaise derrière Faure Gnassingbé. Celui qu’on disait malade, incapable d’aller loin, susceptible de tomber au premier tournant, est en train de narguer toute la classe politique voire ses collègues chefs d’Etat. La fin n’est pas pour demain à moins que l’opposition décide et se donne enfin les moyens d’opposer à la ruse, une thérapie des chocs.
A moins d’un changement de stratégie, le monsieur est devenu un problème aussi bien pour les adversaires politiques que pour sa famille politique. Il se nourrit des plaintes de sa classe et des jérémiades de l’adversaire. Comme un fétiche dans un coin d’une concession, tout le monde a peur de lui dans sa famille politique. Il est suffisamment habillé de mythes qui ne tombent pas. Sa volonté est loi, quand il passe, tout le monde se prosterne, quand il a maille à partie avec quelqu’un, celui-ci devient le sorcier de la maison, une paria, un infréquentable qu’on évite avec la dernière énergie pour ne pas réveiller la colère du fétiche, « l’ennemi de mon ami est mon ennemi » dit-on souvent. Comme un fétiche éclaireur, protecteur, pourvoyeur, même quand il a tort, c’est le point de vue de monsieur Faure qui a le dessus. C’est ainsi qu’il frustre tout le monde aussi bien dans toutes les classes politiques que dans le peuple. La crise politique s’envenime aussi bien dans son camp qu’avec l’adversaire.
La crise sociale cohabite avec la crise politique, l’atmosphère est lourde. Mais les prêtres du couvent font croire au fétiche qu’il y a pas ‘’drap’’, l’avenir est certain, ce n’est pas l’occasion de faire des concessions, moins encore de lâcher prises face au pouvoir. Le prince continue par être un esprit adulé jusqu’au jour où, lui qui souffle le vent contre qui il veut, soit emporter par un vent plus fort. Les fins nées des longs règnes et des frustrations ne sont souvent pas aisées.
Source : [22/07/2016] Abi-Alfa, Le Rendez-Vous N° 284























