Le Togo, encore le Togo, toujours le Togo. Amnesty International vient encore d’épingler le pouvoir de Lomé, dans un rapport accablant rendu public ce vendredi 6 mai sur la situation des droits de l’Homme dans notre pays. Ce rapport n’est que le nième qui confirme une triste réputation colportée par le pouvoir RPT/UNIR et dont il a du mal à se départir, celle d’un régime résolument violateur des droits de l’Homme. Ce qui fait dire à AI que le respect des droits de l’Homme a encore « un long chemin à parcourir au Togo.

Les grands traits synoptiques du rapport
Le respect des droits de l’Homme n’est pas le point fort du pouvoir RPT/UNIR, et c’est un secret de Polichinelle ; mais le pouvoir ne fait visiblement rien pour soigner cette triste réputation qui semble devenir son signe distinctif. C’est un tableau plus que sombre des droits de l’Homme au Togo que dépeint AI dans ce rapport.
L’ONG de défense des droits de l’Homme déplore un recours excessif à la force au Togo de Faure Gnassingbé contre les manifestants, évoquant à l’appui les violences subies par les populations de Mango en novembre 2015 dans le cadre de la résurrection du projet de la faune qui auront coûté la mort à sept (07) personnes dont une à la tête écrasée par un char et entrainé la blessure de près de 120 autres, celles réservées en mars 2015 par les militaires et les gendarmes aux populations de Gléi qui se sont vu tirer dessus à balles réelles.
AI dénonce les violations de la liberté de réunion avec les interdictions fantaisistes de manifestations dont celle organisée en août 2015 par la Coalition contre la vie chère pour exiger la baisse des prix des produits pétroliers, mais aussi les restrictions à la liberté de presse et d’expression. Ici l’ONG fustige, entre autres, les tribulations faites au Directeur de Publication de Liberté, Zeus Aziadouvo pour la réalisation du documentaire sur les conditions exécrables de détention à la prison civile de Lomé et à Luc Abaki, le Directeur de La Chaine du Futur (LCF) Luc pour l’avoir diffusé.
Amnesty International râle contre les arrestations et détentions arbitraires et les illustre par le sort subi par l’ancien ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et des Collectivités locales, Pascal Bodjona, et aussi la situation des inculpés dans l’affaire Kpatcha Gnassingbé. AI déplore que le député et certains de ses camarades d’infortune soient encore gardés en prison malgré l’avis du Groupe de Travail de l’ONU sur la détention arbitraire en novembre 2014 demandant leur libération immédiate.
L’ONG fustige l’impunité garantie par le pouvoir Faure Gnassingbé aux auteurs bien identifiés des violations des droits de l’Homme et l’illustre par le fait que les bourreaux du millier de Togolais en 2005 ne soient toujours pas identifiés et qu’aucune des 72 plaintes déposées auprès des tribunaux d’Atakpamé, d’Amlamé et de Lomé par les familles des victimes par le biais du Collectif des associations contre l’impunité au Togo (Cacit) n’aient connu aucune suite.

Tout en se félicitant de quelques avancées institutionnelles, AI déplore les manquements du Code pénal adopté en novembre 2015 dont la pénalisation à nouveau du délit de presse, la criminalisation insuffisante de la torture, le maintien de dispositions criminalisant les relations homosexuelles, entre autres.
Le débat sur l’homosexualité
Dans ce rapport, le Togo de Faure Gnassingbé est une fois de plus présenté comme un très mauvais élève en matière de respect des droits de l’Homme. Mais l’un des points importants du présent rapport est ce reproche fait au Togo concernant l’homosexualité.
Amnesty International reproche donc au pouvoir Faure Gnassingbé de criminaliser et réprimer l’homosexualité. François Patuel a même relevé sur les ondes de RFI, que des homosexuels sont arrêtés dans notre pays. Mais voilà, nombre de Togolais n’appréhendent pas ces dispositions homophobes alléguées comme une violation des droits de l’Homme, comme le conçoit AI. Pour l’une des rares fois, ils sont d’accord avec le pouvoir Faure Gnassingbé. Sur ce point, voici quelques réactions concoctées sur la toile.
« (…) Le seul point sur lequel le régime totalitaire de Faure Gnassingbé a mon soutien le plus complet et entier, c’est la pénalisation de l’homosexualité. Amnesty International peut qualifier cela de « dispositions homophobes », on s’en fout ! Ils n’ont qu’à continuer à mener leurs vies dépravées et perverties en Occident, mais pas au Togo ! » ; « Des dépravés, de la puanterie, de l’immoralité…sur ce point, je dis bravo à Faure Gnassingbé pour ça. Ils peuvent nous étiqueter d’homophobes, on s’en tape éperdument » ; « (…) De toutes façons, la saleté d’homosexualité ne viendra pas au Togo par la grâce de Dieu. Je compte sur nos autorités pour ne pas permettre à ces sataniques de venir pervertir nos peuples. Vous brûlerez en enfer si vous n’abandonnez pas vos pratiques immorales. Des abominations que nous Togolais ne permettrons jamais. Pas de ça dans mon pays ».
Mais n’est-on pas en face de l’habituelle hypocrisie africaine ? En effet, l’homosexualité n’est pas une pratique exclusivement occidentale. Il y avait des pratiques homosexuelles au Togo et en Afrique avant l’arrivée des Européens. Même jusqu’à ce jour, l’homosexualité est une réalité dans nombre de couvents vodou. « La pratique de l’homosexualité est aussi vieille que le monde. Elle est inhérente à toute société humaine, y compris les sociétés africaines qui, depuis la nuit des temps, ont organisé des mécanismes susceptibles de contenir le phénomène qui, du coup, est devenu marginal et caché. Beaucoup de pratiques ésotériques et beaucoup de couvents connaissent jusqu’à nos jours des pratiques homosexuelles lors des rites initiatiques des néophytes », avait expliqué en octobre 2013 le Pasteur Godson Lawson-Kpavuvu à notre confrère « L’Alternative ».

Simple confirmation des violations
Ce rapport d’Amnesty International ne va pas manquer de susciter le courroux du pouvoir en place. On ne serait étonné que ses porte-voix et autres griots dans la presse soient déversés sur les médias en ce début de semaine pour passer à la moulinette François Patuel, chercheur sur l’Afrique de l’ouest à Amnesty International et un des coauteurs du rapport. On va rebattre les oreilles des Togolais avec des arguties du genre le Togo ne fait pas pire que la Chine ou la Corée du Nord, la liberté de presse est garantie…Mais ce rapport n’est qu’un miroir de la situation des droits de l’Homme dans notre pays, et ce tableau sombre suscite légitimement le pessimisme chez Amnesty International et lui fait dire que le respect des droits de l’Homme a encore « un long chemin à parcourir au Togo». C’est presqu’un cri d’alarme que l’organisation lance, relevant qu’il est important que la communauté internationale fasse preuve de vigilance.
A l’exception notable des récriminations sur les supposées dispositions homophobes, cette sortie devrait être partagée par les citoyens qui vivent au quotidien la situation. Ce rapport n’est qu’une confirmation des violations systématiques des droits de l’Homme au Togo et de l’impunité garantie à leurs auteurs. Si le pouvoir Faure Gnassingbé peut se vanter d’avoir entrepris des réformes (ou plutôt peut en chanter) sur le plan économique à l’instar de l’assainissement claironné du climat des affaires et des refrains sur la gestion transparente, toutes choses qui restent d’ailleurs discutables, il aura du mal à se peindre en blanc sur le terrain du respect des droits humains. Les violations sont comme son signe particulier, lui pendent aux pieds et il les traine comme un boulet.
Faut-il le rappeler, de récents rapports avaient relevé les mêmes manquements. Dans un précédent rendu public en décembre dernier sur les événements de Mango, Amnesty International dénonçait déjà le réflexe à l’usage excessif de la force au Togo et requérait une enquête impartiale pour situer les responsabilités et éventuellement faire répondre les auteurs de leurs actes. « Il faut qu’il y ait une enquête impartiale qui soit menée, à la fois pour la mort du commissaire qui est un acte impardonnable, mais c’est également que l’on ait la même enquête pour les victimes qui ont été tuées par les forces de sécurité à Mango,les 6, 7 et 27 novembre », déclarait François Patuel. Quelques semaines après, c’est le Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme (HCDH) qui épinglait à son tour le Togo, toujours sur les droits de l’Homme et l’administration de la justice. On peut remonter plus loin le temps et évoquer d’autres rapports accablants pour le pouvoir RPT/UNIR en matière de respect des droits de l’Homme. « Les violations des droits de l’Homme constituent l’ADN même du pouvoir », a glosé un concitoyen. Les rapports s’enchainent, les recommandations suivent, mais les gouvernants n’en ont cure.
Source : [02/05/2016] Tino Kossi, Liberté
Mise à jour : 10/05/2016 à 02H34 TU























