« Entre la honte et l’honneur, il n’y a de différent que la dernière syllabe… » (Henri Jeanson)
Dans l’espace CEDEAO, un seul Etat présente l’image négative de cette communauté: le Togo régenté par la seule famille Gnassingbé, le père et le fils depuis un demi-siècle. Il est suivi par un autre pays atypique, la Gambie dont l’ubuesque satrape « Son Excellence Cheikh Professeur Alhaji Dr. Yahya AJJ Jammeh Babili Mansa » qui dit à qui veut l’entendre qu’il restera chef d’Etat pendant un milliard d’années si Allah le veut. Après avoir mis le bistouri dans la constitution supprimant la limite du nombre de mandat présidentiel.

Comble d’ironie, ce sont ces deux pays qui s’étaient catégoriquement opposés l’année dernière, lors du sommet de la CEDEAO à Accra, à la volonté de la Commission de cette institution d’imposer l’alternance démocratique dans les quinze (15) pays membres. La propension de Faure Gnassingbé et de Yahya Jammeh à s’éterniser au pouvoir, contre vents et marées, a eu raison du fameux projet communautaire.
Le cas qui nous préoccupe est celui de Faure Gnassingbé. Tient-il aussi à rester au pouvoir pendant un « milliard d’années » comme son pote gambien ? Il souffle sur l’espace communautaire un vent de démocratie où les chefs d’Etat s’engagent à quitter le pouvoir au terme de deux mandats. Boni Yayi avait déclaré à maintes reprises qu’il ne se représentera pas après ses deux mandats. Il a mis un point d’honneur à sa parole. Plusieurs prétendants sont en lice pour lui succéder au scrutin présidentiel de février prochain au Bénin. Le pays connaîtra sa quatrième alternance politique depuis la Conférence nationale de février 1990 qui a consacré la fin du parti unique et le retour du Bénin à la démocratie.
En Côte d’Ivoire, Alassane Dramane Ouattara a aussi promis qu’il ne sera pas candidat après son second mandat en 2020. Si John Dramani Mahama est élu en novembre prochain, il fera son second et dernier mandat au Ghana. Au Sénégal Macky Sall a décidé de réduire la durée du mandat présidentiel. Elu pour un septennat, il veut écourter de deux ans son mandat pour le ramener à un quinquennat. Idem pour Ellen Johnson-Sirleaf du Liberia qui plaide, elle aussi, pour une réduction du mandat présidentiel de 6 ans à 4 ans et renouvelable une seule fois. La première femme chef d’Etat sur le continent veut ainsi construire un modèle démocratique transparent dans son pays.
Pendant ce temps, Faure Gnassingbé, lui, se donne les moyens de rester au pouvoir jusqu’à son dernier souffle, comme son géniteur. Il a l’intention même de rallonger le mandat présidentiel de 5 ans à 7 ans au moment où d’autres réduisent les leurs. C’est la mission qui aurait été assignée à la Commission Awa Nana.
Le propre de la présidence à vie est que la vie doit s’achever, pour que finisse le calvaire de ceux qui la subissent. Que font les dirigeants de la CEDEAO pour amener Faure Gnassingbé à la raison ? Il se fait que ce sont Alassane Dramane Ouattara et John Dramani Mahama qui se sont engagés à respecter le mandat constitutionnel dans leur pays qui ont curieusement soutenu Faure Gnassingbé dans le braquage électoral pour son 3è mandat au Togo, un pays où la seule famille Gnassingbé est au pouvoir depuis 50 ans mais n’envisage pas une seule seconde quitter le trône.
Faure Gnassingbé n’éprouve-t-il aucune gêne, aucune honte que tout autour ses pairs viennent au pouvoir et quittent alors que lui, il s’y accroche comme une sangsue ?
Source : Médard Amétépé, Liberté























