
Traumatisé voire torturé psychologiquement pendant plus de 10 ans, à la suite d’une expropriation dont certains citoyens ont été victimes, feu Guy Vianou Adjanor a rendu l’âme, le 18 octobre 1982. Et pourtant, la monarchie des Gnassingbé continue à violer les droits fonciers des citoyens, malgré l’une des recommandations liées à la réparation dans le domaine foncier faite par la Commission Vérité Justice Réconciliation (CVJR).
Aujourd’hui, le cas de violations qui marque d’une façon indélébile le règne des Gnassingbé est l’expropriation des terrains acquis par les pauvres citoyens à Lomé II. En effet, Eyadema Gnassingbé a exproprié beaucoup de Togolais dont l’obsession d’acquérir un terrain, histoire d’avoir un « chez » est l’une des priorités.
C’est ainsi que Feu Guy Vianou Adjanor, comme bien d’autres citoyens, a acquis dans les années 70 un terrain évalué à douze (12) ares deux (02) centiares correspondant à deux (02) lots, portant les numéros n°34-38 d’un lotissement de terrain appartenant à Monsieur Dola Dovi, demeurant et domicilié à Lomé Tokoin Tamé, qui l’a acquis de la collectivité Sadji, sis à Lomé Tokoin lieu dit Klévé.
Plus tard, la zone où se situaient les terrains est déclarée suite au décret n°77-03 du 29 mars 1977, d’utilité Publique. Ces terrains dont celui du feu Adjanor Vianou Guy seront par la suite recensés par le Bureau d’Etudes Société Immobilière du Bénin (S.I.B.) dont le Directeur Général Kossi Midodji Gomez, sous le numéro d’ordre 295 et celui d’expertise A-794. Rappelons que le terrain a été levé et dressé par le Géomètre-Dessinateur Kwami Afomale, le 08 juillet 1977.
Dans ce dossier, il en ressort que les collectivités et acquéreurs de ces parcelles ont été violés dans leur droit de propriété, puisque, pendant la Conférence Nationale Souveraine, dans les années 90, il a été reconnu que des Togolais qui ont acquis de parcelles dans cette zone, ont été victimes d’expropriation de la part du régime en place.
C’est pourquoi, d’ailleurs, peu après la remise des recommandations de la conférence au gouvernement de Transition, le pouvoir Eyadema Gnassingbé a été sommé de réparer ce tort. Ainsi, une tentative de réparation de cette expropriation a fait l’objet de conflit.
En effet, feu Eyadema a demandé à certains expropriés dont feu Guy Vianou Adjanor d’occuper des parcelles à eux attribués à Agoènyivé, à titre de réparation de cette injustice. Or, les terrains que le pouvoir a tenté d’octroyer aux expropriés de Lomé II, étaient expropriés d’une autre collectivité d’Agoènyivé.
Bref, pour dire que le régime en place a plutôt voulu régler ce problème qui continue de provoquer des morts, par une autre expropriation.
Conséquence: les propriétaires des parcelles d’Agoényivé ont chassé des expropriés de Lomé II à coup de manchettes et de fusils artisanaux. Une situation confuse qui a finalement contraint le pouvoir de feu Eyadema à mettre fin à cette opération arbitraire.
On en était là quand Faure Gnassingbé a demandé à une commission pilotée par l’ancien Ministre Adodo de plancher sur le problème des expropriés de Lomé II. Cette commission a pris fonction à la veille de la présidentielle de 2015. Plusieurs expropriés ont déjà déposé leur dossier à la CVJR. Un autre était déposé au Secrétariat des Finances. D’ailleurs, les enfants du feu Adjanor Vianou Guy qui triment aujourd’hui avant manger, l’ont fait au Ministère des Finances et de l’Economie le 23 décembre 2013.
Depuis lors, le dossier piétine. D’après les enfants de feu Adjanor Vianou, l’une des victimes de l’expropriation de Lomé II, la mort de leur père a créé une grande douleur dont leur mère a souffert jusqu’à la fin de sa vie, le 16 octobre 2012, puisque, peu après la disparition de son mari, il a piqué une crise. La preuve, elle a traîné l’accident vasculo-cardiaque (AVC) jusqu’à sa mort.
Il est triste que des pauvres citoyens meurent à cause de l’injustice dont ils sont victimes de la part de leurs dirigeants. Le pouvoir des Gnassingbé veut-il que toute une famille soit décimée avant de réparer ses torts ou de permettre aux victimes dont les enfants de feu Adjanor Vianou Guy de rentrer dans leurs droits? Entre temps, certaines collectivités regroupées en associations de victimes d’expropriation de Lomé II ont tenté de hausser leurs voix, afin de rentrer dans leurs droits.
Des sources indiquent que plusieurs réunions ont été organisées au Centre Communautaire de Bè, à l’insu de plusieurs expropriés qui ont acquis auprès des collectivités Bè. Ces sources ajoutent que ceux qui étaient présents à ces réunions, cotisaient de l’argent. On parle même de cinq (05) mille francs chacun collecté, pour dit-on, payer les honoraires d’un avocat commis pour la défense du dossier. La question que bon nombre se posent est de savoir la destination de ces fonds, d’autant plus que le pouvoir reconnait avoir exproprié ces pauvres citoyens qui n’ont cherché qu’à avoir leur propre maison, en acquérant des parcelles dans cette zone.
De toutes les façons, les victimes attendent que les réparations soient traduites dans les faits comme le prévoient les recommandations de la CVJR. A quand, au juste, le Haut-Commissariat à la Réconciliation et au Renforcement de l’Unité Nationale (HCRRUN) mettra t-il en œuvre les recommandations liées aux réparations dues aux violations des droits de l’Homme en général et celle des droits fonciers, particulier. N’oublions pas que l’expropriation des terrains de Lomé II tue les victimes et leurs familles.
Aujourd’hui, comme les descendants d’autres, deux enfants de feu Vianou Guy Adjanor, dont l’un supporte difficilement les effets d’un accident vasculeux-cérébral (AVC), souffrent d’hémiplégie. Le seul espoir, selon un membre proche de cette famille malheureuse, c’est les réparations prévues dans le cadre de la justice transitionnelle. Comment pourrait-il en être autrement, lorsqu’on sait que les Togolais manquent cruellement de moyens financiers pour s’acheter de produits pharmaceutiques afin de guérir leur mal ?
Il urge que toutes les victimes soient rétablies dans leurs droits. C’est ainsi qu’un pas vers la réconciliation sera franchi. A l’instar du feu Guy Vianou Adjanor, d’autres victimes en meurent. En tout état de cause, la médiatrice de la République et Présidente du HCRRUN, Mme Awa Nana n’a-t-elle pas un devoir moral, celui de faire en sorte que toutes les victimes de l’expropriation soient soulagées à travers les réparations, si elle ne veut pas que, lorsque l’histoire togolaise s’écrira un jour, son nom soit consigné sur la page sombre des complices d’assassinats des expropriés de Lomé II ?
Source : [11/04/2016] Angelo G., Corps Diplomatic Togo























