«Mentir pour son avantage à soi-même est imposture, mentir pour l’avantage d’autrui est fraude, mentir pour nuire est calomnie ; c’est la pire espèce de mensonge. Mentir sans profit ni préjudice de soi ni d’autrui n’est pas mentir : ce n’est pas mensonge, c’est fiction » (Jean-Jacques Rousseau)

Le ministre togolais de « In »- sécurité et de la « non » Protection civile, le Taliban Colonel Yark Damehane | Photo / Archives : @Lomé
Le ministre togolais de « In »- sécurité et de la « non » Protection civile, le Taliban Colonel Yark Damehane | Photo / Archives : @Lomé

Le 18 février 2018, Dr Antoine Randolph, un opposant de la diaspora, a été arrêté à la frontière Togo-Bénin. Ou pour être juste, il a été enlevé, kidnappé comme savent si bien le faire les barbouzes togolais. C’est cinq jours plus tard, le 22 février, à la suite d’une perquisition à son domicile que son arrestation-kidnapping a été révélée au grand jour. A en croire le ministre de la Sécurité Yark Damehame, Dr Antoine Randolph a été « arrêté » à la frontière à Sanvee-Condji par la Direction centrale des renseignements intérieurs (DCRI). «Il est interpellé pour des problèmes de sécurité qui n’ont rien à avoir avec son opinion politique. S’il a été interpellé c’est parce qu’il y a une nécessité de l’interpeller », a-t-il ajouté. Le ministre n’en dira pas plus.

On saura plus tard que Dr Randolph est plutôt accusé de « tentative d’atteinte à la sûreté de l’Etat » togolais. On lui prête l’intention d’avoir tenté de recruter des jeunes ex-rebelles ivoiriens et d’acheter des armes depuis la Côte d’Ivoire aux fins d’une attaque contre le Togo. En attendant que des preuves irrécusables soient apportées contre Dr Randolph, quel crédit accorder aux allégations de Yark Damehame ? En tout cas, le ministre a suffisamment donné des raisons aux Togolais de ne pas le croire.

Il nous souvient, à la suite de la répression sanglante des manifestations de Mango début novembre 2015, le ministre de la Sécurité a soutenu goguenard et sans aucune gêne que ce sont des balles tirées en l’air qui sont venues atterrir sur l’abdomen, la tête et les jambes des manifestants. «Je rappelle qu’une balle, quand elle est tirée en l’air, ne meurt pas en l’air. Elle retombe et je crois que c’est en retombant que la balle a touché la victime à la tête », avait soutenu mordicus Yark Damehame.

Le 15 avril 2013, le jeune élève de 12 ans, Anselme Sinandaré a été froidement abattu à Dapaong alors qu’il manifestait aux côtés de ses camarades pour exiger le droit à l’éducation. Les forces de l’ordre ne se sont pas empêchées de vider une décharge de plomb sur le pauvre et innocent enfant. Mais le ministre de la Sécurité évoquera des tirs de sommation pour justifier ce crime abominable. C’est également l’argument des « tirs de sommation » et des « balles tirées en l’air » qui a été avancé par le ministre de la Sécurité pour expliquer toutes les bavures commises sur les jeunes vendeurs de carburant de contrebande.

Le plus ubuesque de tout, c’est la manière mystico-métaphysico-occultiste dont Yark Damehame a justifié l’incendie criminel du grand marché de Lomé, un acte odieux qui a causé d’importants dégâts matériels et semé la désolation parmi les commerçants et leurs proches. Yark Damehame dit disposer de solides preuves pour accuser les militants de l’Alliance Nationale du Changement (ANC) d’avoir mis le feu au bâtiment central du grand marché de Lomé. Une boite d’allumette, un bidon bleu de 5 litres d’essence, des clous rouillés, tel est le corps du délit présenté par Yark.

D’après lui, la veille de l’incendie, les militants de l’ANC ont tenu une réunion nuitamment au siège du parti et se sont ensuite rendus au cimetière de Bè Kamalado, et après une « préparation mystique », se sont introduits de manière invisible dans le bâtiment où ils ont mis le feu. Que peut encore dire Yark Demahame et qui vaille ?

Source : [01/03/2016] Médard Amétépé, Liberté