Impossible présidence à vie, impossible miracle, chaque monnaie a son revers, celle de la machine RPT-UNIR a largement affiché sa seconde face. Nous ne le dirons jamais assez, le pouvoir en place ne tient plus par sa toute puissance, mais par la faiblesse de l’opposition et la résignation du peuple.

Plus qu’une simple gestion lacunaire à vite remonter, c’est d’une gestion catastrophique qu’il est question. Toutes les dispositions, officielles qu’officieuses, cyniquement inventées pour étouffer le reste des Togolais et ouvrir le boulevard à une présidence à vie pour une race de dirigeants, sont en train, l’une après l’autre, de devenir un problème pour la survie politique du régime. C’est le piège qui se referme.
La fibre ethnique ! Elle a atteint ses limites. Tous les Togolais sont désormais conscients de ce que, surtout avec l’avènement du fils, les premières martyres de la violation éhontée des droits humains se comptent dans l’ethnie dirigeante, si tant est qu’on peut parler d’une ethnie qui dirige. Il faut juste se rendre dans les emblématiques fiefs, dit fiefs du pouvoir, pour se rendre compte qu’il vaut mieux n’avoir rien essayé que de récidiver dans l’échec sur 50 ans.
Puisque l’argent c’est le nerf de toute guerre, la guerre politique, ils l’ont remportée en asphyxiant financièrement, aussi bien les opposants politiques que la population. Il n’est plus permis à un Togolais de rêver. Loin de nous des intentions xénophobes, l’économie et ses atouts sont ouverts aux étrangers, ils peuvent s’enrichir. Mais jamais les Togolais, car quand l’argent finit d’offrir tous les privilèges, la dernière cerise sur le gâteau qu’un citoyen lorgne, dans la plupart des cas, c’est le pouvoir. Alors, il faut plonger les fils du pays dans la dèche en sorte qu’ils passent tout leur temps derrière une économie de survie et non une économie politique. Oui, là aussi la formule marche, il est devenu anormal d’être un riche homme d’affaire togolais indépendamment du pouvoir en place. Pire, même ceux qui sont reconnus comme assujettis au pouvoir doivent savoir limiter leurs projets et ambitions économiques au risque de se voir prêter des intentions. L’économie est aux mains des non-Togolais, les fils du pays ne peuvent être que des intermédiaires ou des facilitateurs pour installer les venus d’ailleurs contre une commission symbolique. Même l’opinion publique est formatée à l’idée que tout ce qui brille ne convient qu’à la minorité dirigeante et aux hommes d’affaires expatriés. Même quand vous vous offrez une voiture de luxe ou une villa de grand standing par le fruit de votre sueur, vous êtes assimilez aux braqueurs des biens publics. Vous devez vous attendre à toutes les invectives : « c’est toujours », et pourtant.
Nous vous publions il y a peu, un dossier dans lequel nous parlions de 230 hommes d’affaires milliardaires au Bénin. Ils sont ainsi reconnus depuis 2013 par la Chambre du Commerce et de l’Industrie. Ce n’est pas pour autant dire que le Togolais est pauvre, non. Il existe une race qui s’est vachement enrichis, ce sont ces messieurs et dames qui se sont aventurés dans la gestion de la chose publique. Partout où ils sont passés, l’Etat tombe en faillite, l’impunité ferme la parenthèse, les sociétés d’Etat s’effondrent l’une derrière l’autre. Nous pouvons donner des exemples d’entreprises étrangères pourvoyeurs d’emplois si ce n’est de métayage, mais les entreprises Togolaises, nous cherchions encore. La race qui s’est enrichie en endettant la République garde avec méchanceté, les biens mal acquis qui ne profitent à personne. Présentement, les plus lucides parmi eux commencent à souhaiter une fin de règne pour pouvoir jouir de ce qu’on peut appeler butin de guerre.
Quelle est ce pays où tout est vendu aux expatriés ?
Les ressources minières, les atouts naturels comme le port, tout est privatisé. Les hôpitaux sont en voie de privatisation, car la corruption a envahi le Togolais jusqu’à son lit de mort. Après les centres de santé, peut-être les universités suivront, les dirigeants ne sentent leurs projets en sécurité qu’aux mains des étrangers. Même sur le plan militaire, le fait de confier la gestion d’une certaine sécurité à certaines puissances relève-t-il simplement de motifs matériels ou de confiance aux hommes ? Difficile de répondre. Toute honte bue, ils avouent avoir échoué à former un modèle de Togolais sincère envers la République. Quand on nomme quelqu’un à un poste, c’est l’occasion de faire la fête car il y est pour s’enrichir. Le paradoxe est que l’Etat s’appauvrit là où les individus s’enrichissent, et les populations triment. Au prix des vies humaines et de l’effondrement de l’économie nationale, le RPT-UNIR a eu le privilège, pour ainsi dire, de garder un pouvoir pour cinquante années. L’on nous dira qu’un pouvoir politique, ça s’arrache. Oui, et puisque vous l’avez arraché et gardé pendant tout ce temps, qu’en avez-vous fait ? Si au moins vous étiez parvenus à former une génération de citoyens imbus d’un certain civisme, on aurait pu dire que, même si l’eau se renverse, il y a encore la jarre. Dans ce cas La république peut encore compter sur le capital humain et moral pour rebondir. Mais l’échec a aussi détruit le tissus social et la citoyenneté à tel point que pour gérer les secteurs névralgiques, vous êtes dans la tristes et hideuse obligation de faire appel à des experts blancs, à des experts issus des pays africains qui ont réussi là où vous avez échoué.
Êtes-vous nés avant ou après la honte ?
Est-ce que vous trouvez normal que cinquante ans après, vous n’arriviez pas à faire confiance à votre propre population que vous avez éduqué de vos idéologies ? Oui il ne peut en être autrement si on sait que la seul doctrine qui a moulé votre vision est la purge économique pour empêcher l’adversaire de prospérer, politique en achetant tout ce qui rame à contre-vague de votre gouvernail, même vous avez aussi fait la purge sociale. Le vice a pris la place de la vertu, un autre citoyen est né. Un gestionnaire qui n’arrive pas à être un ‘’Ali-Baba’’ pour son entourage est devenu une curiosité publique. Après avoir tout bradé aux multinationales, derrière lesquelles les mêmes personnes ont des parts dans l’actionnariat. Partout où passe l’argent, le système, si ce n’est quelques individus, ont installé des gouttières qui collectionnent tout vers une antichambre, quelqu’un de dire que vous passez avec l’aspirateur pour tout aspirer. A l’allure où les secteurs clés font face aux difficultés de gestion, les plus pessimistes parleront de la politique des terres brûlées. Le régime veut bien s’assurer qu’il est le seul maître à bord. Oui, il est vraiment le seul maître. Il est possible que la misère collective unisse un peuple, ce temps est-il loin ? Il n’est pas exclu qu’un bourreau devienne une proie, tout dépend de comment on se prend. Nous avons espoir que le régime entendra le peuple dans ses aspirations profondes pour limiter les dégâts. Mais que vaut un lion édenté, que vaut un éléphant qui boîte ? A vouloir trop être le seul maître à bord, on finit par avoir tout le monde contre soi. Désormais vous êtes seule contre tous. Autant personne n’échappe aux effets pervers de votre gouvernance, autant vous n’échappez au mécontentement de personne. Autant l’enseignant est obligé de faire feu de tout bois, autant le médecin est obligé de trouver un second bureau pour se tirer d’affaire, autant il n’est pas rare de voir des hommes en treillis raquetteurs professionnels, ou au pire, trainer une moto dans l’incertitude de rencontrer un cœur sensible capable de dépanner avec un litre d’essence. Ouf ! La vie chère, elle fait son chemin. La dernière majoration des prix de produits pétroliers le 28 février 2017 a soulevé les populations, notamment à Lomé la capitale. Véhicules incendiés, répression à balle réelle avec mort d’homme et des blessés. Sans oublié ce jeune homme, Ben L. qui a perdu le doigt et cet autre qui traine jusqu’ici un mal d’épaule. Les arrestations de jeunes conduiront certains à prendre le maquis le temps de l’accalmi. A chaque fois que les dirigeants décident pour le peuple, un mécontentement populaire s’affiche. Nous ne voudrions pas revenir sur les événements de Mango avec son lot.
Jusqu’où comptez-vous étouffer les mécontentements dans les gaz lacrymogènes et la répression militaire?
Comme un jus enfermé dans un bocal, tous les jours qui passent, la situation se fermente, le couvercle tient la porte, les espaces de liberté s’usent de l’intérieur, le contenant est au bord de la résistance. Jusqu’où comptez-vous tenir, quand les réseaux se forment et qu’entre vous, ce n’est d’ailleurs pas la grande paix. Réconciliation dit-vous ? Les Togolais vous en veulent parce qu’ils ont faim, ceux qui n’ont pas faim ont peur d’aider leurs semblables à ne pas avoir faim, ils vous en veulent parce que vous avez brisé leur rêve, ils vous en veulent parce que vous aurez tout gérer pour eux sans eux contre eux. Quand vous bougez les populations sont tenues au respect le plus loin possible pendant que vous avanciez à la vitesse du son. Mais dans les pays voisins, vous avez la latitude de circuler posément, de vous offrir une promenade comme à votre habitude. Quel bilan faites-vous, du haut de votre gestion sans partage quand vous comparez votre cher Togo aux autres pays ? Les cartouches à votre actif se révèlent des pétards mouillés.
Le handicape du régime c’est le nom « Gnassingbé ». Mais non, c’est plutôt le temps. Gnassingbé est un nom tout comme les autres. C’est la durée, l’usure du temps, on ne peut rien changer à cela, c’est la loi de la nature, d’où ce régime ne pourra aucun miracle. Oui, il est déplacé de répéter « lui, c’est lui, moi, c’est moi ». Lui il a fait 38 ans, vous faite déjà 13, où êtes-vous présentement ? La dette intérieure et extérieure au double du budget, les infrastructures bâclées ou inachevées, les poumons de l’économie essoufflés. Pour construire, ah oui, quel formule, la construction du pays, les infrastructures. La formule est toute trouvée par votre laboratoire politique pour détourner en faisant applaudir le peuple. Mais pour construire, vous êtes endettés avec tous les partenaires en développement sans exceptions. On peut alors se demander où vont au juste les recettes intérieures. C’est sous vous que les banques, surtout nationales, ont appris à tomber en faillite sans que cela ne rentre dans une quelconque crise financière mondiale ou boursière. Mais si entre temps Eyadema se vantait de ce que son pays était la Suisse d’Afrique, ce n’était pas seulement pour une certaine paix ambiante, mais les mêmes banques aujourd’hui en faillite étaient des refuges sûrs pour la finance sous régionale. Aujourd’hui, n’importe quel quidam peut se faire accorder un prêt sans garantie dans une banque, les meilleurs prêts ne sont plus pour lancer les PME mais pour la même race, tout est sens dessus dessous. Jusqu’où compter vous tenir ? Ailleurs, quand un scandale s’éclate, c’est pour corriger les mœurs, ici, le régime se nourrit de scandales, décidément !
Abi-Alfa
Source : Le Rendez-vous 313 du jeudi 20 juillet 2017























