
Au Togo, la représentation nationale a donné son quitus au gouvernement pour une nouvelle prorogation de l’état d’urgence sécuritaire dans la région des Savanes. Réunis en session extraordinaire cette semaine, les députés togolais ont répondu favorablement à la sollicitation de l’exécutif.
En vigueur depuis trois ans dans la région des Savanes, en proie à l’insécurité djihadiste, l’état d’urgence sécuritaire a des conséquences profondes sur la vie des populations, tant en matière de libertés que d’activités économiques.
Les populations de la région des Savanes, qui espéraient, pour certains, la levée prochaine de l’état d’urgence sécuritaire, devront encore patienter. Le gouvernement, soutenu par l’Assemblée nationale, a décidé, le 6 mars 2025, de prolonger l’état d’urgence sécuritaire pour une année supplémentaire.
Quelques jours plus tôt, le 26 février 2025, le gouverneur Atcha-Dédji rappelait, par voie de communiqué, aux préfets et aux maires la nécessité d’appliquer strictement les mesures sécuritaires en vigueur. Cette situation suscite des inquiétudes parmi les opérateurs économiques, notamment les tenanciers de débits de boissons et les acteurs culturels.
En conséquence, des événements culturels prévus pour le week-end du 28 février ont dû être annulés, obligeant les organisateurs à rembourser l’argent à ceux qui avaient déjà acheté leurs tickets. Pour certains promoteurs culturels, la décision du gouverneur, aussi légitime soit-elle, reste surprenante.
« En fin d’année, nous avons assisté à des concerts financés par le chef de l’État qui se sont déroulés jusqu’à tard dans la nuit. Le dernier en date avait eu lieu le 19 janvier 2025, sur l’esplanade du gouvernorat, avec au premier rang des autorités politiques et administratives, alors que l’état d’urgence était toujours en vigueur », se rappelle l’un d’eux, ayant requis l’anonymat.
Si la décision de proroger l’état d’urgence sécuritaire afin de mieux lutter contre l’hydre djihadiste qui sévit dans la région des Savanes est perçue comme salvatrice pour la majorité des Togolais, les restrictions des libertés qui en découlent inquiètent plus d’un.
Le renforcement des contrôles dans une région où une grande partie des habitants ne dispose pas de pièces d’identité, surtout en milieu rural, la multiplication des checkpoints qui restreignent les déplacements, les rackets de la part de certains éléments des forces de l’ordre, etc., constituent une contrainte majeure pour les commerçants, les agriculteurs et les éleveurs, qui dépendent des marchés locaux.
Par ailleurs, l’acheminement des produits étant rendu plus difficile par les contrôles de sécurité, les prix des produits de première nécessité ont grimpé. La région vit dans un climat de peur et de suspicion généralisées, avec un risque élevé d’arrestations arbitraires sous prétexte de lutte contre le terrorisme.
L’état d’urgence prolongé impacte sérieusement la situation économique régionale. Cependant, les actions de l’État pour soutenir la résilience des populations se font attendre. Dans cette région déjà suffisamment pauvre, où la population lutte au quotidien contre la faim et la soif, l’absence de mesures sociales et économiques risque de provoquer l’effet inverse de celui recherché par le gouvernement.
Une population affamée et économiquement asphyxiée devient une proie facile pour les groupes armés. Autant la sécurité est une priorité, autant elle ne saurait être durable sans un minimum de justice sociale et d’opportunités économiques.
François Bangane
Source: lalternative.info























