Un marché de Dapaong en avril 2024
Un marché de Dapaong en avril 2024 | Photo: Robert Kanssouguibe Douti

La région des Savanes fait face à un afflux de déplacés, aussi bien internes qu’externes, fuyant l’insécurité. Alors que le gouvernement, les familles hôtes et les déplacés eux-mêmes espéraient un retour rapide à la sécurité pour permettre un retour chez eux, la situation perdure. Face à cette crise prolongée, l’aide humanitaire ne suffit plus. Au-delà des soutiens en vivres, il devient urgent de penser à des solutions durables.

Majoritairement venus du Burkina Faso et des préfectures de Kpendjal et Kpendjal-Ouest, ils sont estimés à plus de 45 000, selon le rapport statistique du recensement des déplacés au Togo, publié en mars 2024. Ces populations, ayant fui les violences des groupes armés, sont pour la plupart hébergées dans des familles d’accueil déjà confrontées à la précarité.

Si l’aide humanitaire, fournie par les ONG et l’État togolais, permet de répondre aux besoins urgents, la question de leur réintégration socio-économique devient un impératif. Pendant que les déplacés sont en quête de stabilité, les familles hôtes peinent à joindre les deux bouts à mesure que l’accueil s’éternise.

À Dapaong, Cinkassé, Mandouri, tout comme dans plusieurs villages frontaliers, la cohabitation entre populations locales et déplacés est marquée par un élan de solidarité. Toutefois, cette hospitalité a un coût. Partager les maigres ressources et parfois même les terres avec les populations sœurs devient une équation difficile à gérer.

La situation devient d’autant plus préoccupante que les déplacés, en majorité agriculteurs, privés de leurs terres, dépendent entièrement de l’aide humanitaire, une aide souvent irrégulière et insuffisante.

Si certaines ONG tentent d’offrir des formations aux femmes pour les aider à générer des revenus, ces initiatives restent limitées. Une grande partie des déplacés, surtout les hommes, sont livrés à eux-mêmes, baignant dans une précarité indescriptible.

Pour éviter d’accentuer la paupérisation aussi bien des déplacés que des familles d’accueil et préserver la stabilité de la région, le gouvernement, les ONG et les organisations humanitaires se doivent de changer de fusil d’épaule.

Désormais, il urge de passer d’une approche humanitaire à une approche de développement. Malheureusement, le Programme d’Urgence pour la Résilience dans la région des Savanes, qui peine à relever les défis de la région, s’est étendu depuis novembre 2023 aux régions de la Kara et de la Centrale.

Sans un réel programme d’insertion socio-professionnelle permettant un accès facile des déplacés au marché du travail, et sans l’instauration d’un cadre réglementaire facilitant l’accès aux terres agricoles pour les déplacés, la stabilité de la région restera un leurre.

Tant que les jeunes resteront plongés dans la précarité, beaucoup finiront par répondre aux chants des sirènes des groupes armés.

François Bangane

Source: lalternative.info