Peut-on en même temps s’offrir de nouveaux parts de marchés dans la région ouest-africaine et procéder à des compressions ? Le magnat nigérian Aliko Dangote connaît la recette. Celui dont les produits cimentiers ont commencé à inonder cette partie du continent vient de procéder à des licenciements qui ne sont pas près de s’arrêter. Motif invoqué, des pertes de change de la monnaie locale, le naira.

Aliko Dangote | Archives
Aliko Dangote | Archives

L’information est tombée lundi et relayée par l’agence Ecofin. Selon cette agence de presse, le groupe Dangote a décidé de rompre le contrat avec certains de ses cadres afin de réduire ses coûts d’exploitation, notamment en devises étrangères. Et Aliko Dangote se justifie : « Nous avons débuté avec un processus de réduction du personnel, car il est impératif de revoir le déploiement de notre capital humain à travers des compressions inévitables qui permettront d’assurer l’efficacité et d’éliminer les redondances dans l’allocation des ressources humaines. Cette année a été très difficile pour notre entreprise. L’indisponibilité des devises, conjuguée à une hausse sans précédent du taux de change, a entraîné une augmentation des coûts opérationnels. Cela a demandé un examen et un ajustement de nos coûts de manière appropriée, afin d’assurer l’efficacité et l’efficience nécessaires dans le déploiement de nos processus de production ».

Ainsi, 36 des 48 employés licenciés dans le cadre de la première partie de ce processus sont des étrangers et, selon des médias nigérians, le nombre d’expatriés remerciés devrait continuer de s’accroître. Il paraît que Dangote Group qui compte parmi ses filiales le géant boursier Dangote Cement, ne parviendrait plus, comme de nombreuses entreprises du secteur industriel nigérian, à suivre le rythme des pertes de change.

Mais s’il est vrai que la valeur actuelle du naira occasionne des pertes de change, il faut surtout noter que le groupe Dangote n’est pas n’importe quelle entreprise. En effet, les résultats publiés en 2015 font apparaître un chiffre d’affaires de 492 milliards de nairas (environ 2,24 milliards d’euros), soit une hausse de 25,6 % en un an, dont 389,2 milliards de nairas tirés des ventes au Nigeria. Son bénéfice a atteint 181,3 milliards de nairas (+13,7 %). Au premier trimestre 2016, Dangote Cement a enregistré un chiffre d’affaires de 140,5 milliards de nairas (+23 %), pour un bénéfice en recul à 52,8 milliards de nairas (-29 %), en raison notamment d’une hausse de ses coûts d’exploitation.

Le groupe nigérian, dont le portefeuille de projets comprend des terminaux d’importation de ciment au Ghana, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire et au Liberia, veut également installer, à terme, des unités de production dans ces deux derniers pays, ainsi qu’au Mali, au Niger, au Congo-Brazzaville, au Kenya et au Zimbabwe, d’ici 2019, constatait déjà le magazine Jeune Afrique en avril dernier. Et ça, sans compter le Togo qui vient de rentrer dans l’escarcelle du groupe.

Effectivement, depuis peu, le ciment Dangote a commencé à concurrencer la production locale au Togo, ce qui ne fait qu’accroître ses capacités. N’est-ce pas pour ça que l’homme était aux petits soins de Faure Gnassingbé lors de la visite de celui-ci le 2 août dernier au Nigeria ? Et quand on se rappelle que depuis 2011, il est membre du Togo Presidential Investment Advisory Council (TPIAC), rien d’étonnant que le marché togolais lui soit ouvert, tel une femme offerte. Qu’a-t-il fait miroiter au chef de l’Etat togolais en contrepartie ? Jeune Afrique indique que « pendant la visite, le Nigérian a confié à ses interlocuteurs togolais sa volonté de bâtir « prochainement » une cimenterie dans l’une des régions riches en clinker de leur pays – sans préciser de calendrier ». L’organe rappelle qu’Aliko Dangote avait aussi annoncé en décembre 2013 son souhait d’investir dans une centrale de 200 mégawatts au Togo, mais sa construction n’a toujours pas commencé.

Si les entreprises nigérianes subissent les effets du change, le groupe Dangote a l’avantage de continuer à conquérir des parts de marchés dans le même temps. Et avec ses implantations dans divers pays, c’est le chiffre d’affaires qui en bénéficie. Mais lorsque des coûts opérationnels en croissance doivent être dommageables en premier aux étrangers travaillant dans cette entreprise, on peut se demander la position du groupe par rapport à la pérennité de l’emploi et à la protection sociale. Car derrière cette liste non exhaustive de 36 étrangers licenciés qui sont remerciés, ce sont des familles entières à nourrir qui sont déversées dans l’univers du chômage. On est tenté de poser la question : « quel devrait être le chiffre d’affaires du groupe pour que Dangote ne soit pas obligé de licencier tout ce monde ? ». Ceux qui attendent l’installation d’une centrale électrique ou d’une cimenterie sont prévenus. L’homme ne fait pas de sentiment. Il a réussi à s’implanter au Togo et à concurrencer le ciment du terroir. Et même par rapport à certains, le prix qu’il pratique est assimilé au dumping. A chacun de chercher à comprendre pourquoi Faure Gnassingbé lui a donné cette largesse.

Source : Abbé Faria, Liberté