La CEDEAO et l’Union européenne veulent baser leur partenariat sur un nouvel outil, l’Accord de partenariat économique (APE), et le 16 octobre prochain devrait être la date butoir donnée aux Etats africains pour la signature.

Marcel Alain de Souza , Président de la Commission de la CEDEAO | Infog : 27avril.com
Marcel Alain de Souza , Président de la Commission de la CEDEAO | Infog : 27avril.com

Mais si des regroupements semblent se préoccuper de la question, l’Afrique de l’ouest à travers la CEDEAO semble demeurer dans une hibernation affligeante. En atteste la dernière visite du président de la Commission de la CEDEAO à Lomé mercredi dernier. Plutôt que de dire la position du Togo et de la région sur la question, ce sont d’autres questions qui auraient été abordées.

16 octobre 2016, c’est le délai accordé aux pays africains pour la ratification des Accords de partenariat économique (APE). Ailleurs en Afrique, on semble se préoccuper de la question. A en croire l’agence Ecofin dans un article du 1er août, des concertations sous-régionales se multiplient en Afrique au sujet de l’adoption des APE avec l’Union Européenne. Dans la Communauté Economique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC), les chefs d’Etats des pays membres ont abordé le sujet lors d’une réunion extraordinaire organisée le 30 juillet dernier. Cette rencontre s’est tenue alors que le Cameroun, première économie de cette région, connaîtra l’entrée en vigueur le 4 août 2016 de l’accord d’étape (depuis hier donc), qui singularisera ses relations avec l’UE et introduira des complexités dans l’union douanière qu’elle partage avec les autres pays de la région. A Malabo, où se déroulait la réunion extraordinaire, les présidents Ali Bongo du Gabon et Teodoro Obiang Nguema de Guinée Equatoriale ont plaidé pour la signature d’un « accord de partenariat économique (APE) complet, juste et équilibré » avec l’UE, au nom de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (Cemac).

En Afrique de l’Est, poursuit l’agence, c’est le Kenya, première économie de la région, qui mène les discussions. Le président Uhuru Kenyatta pousse ses homologues de Tanzanie, de l’Ouganda, du Rwanda et du Soudan du sud, à adhérer aux APE. Le Kenya a indiqué le 17 juillet dernier qu’il n’excluait pas de poursuivre les négociations pour un accord individuel. Une réponse notamment à la Tanzanie qui, après 10 ans de négociations, a fait savoir qu’elle se retiendrait de signer les APE en raison du Brexit.

Toujours selon Ecofin, le Kenya, tout comme le Cameroun, ne peut se permettre d’attendre. Dans le cas où un accord n’est pas trouvé, le pays se verra appliquer, dès octobre 2016, des barrières tarifaires sur ses exportations vers le marché européen, soit environ 30% du volume total. Une situation que le Kenya ne peut se permettre de laisser perdurer, dans le contexte actuel de volatilité de sa monnaie.

Dans les cas du Cameroun et du Kenya, l’heure serait à la dictature des urgences, au vu de l’accord intérimaire du premier, et du taux des exportations du second. Seulement, ces deux régions ne se limitent pas aux deux pays et les autres Etats ne sauraient prendre argument sur des situations particulières pour engager l’avenir d’une partie du continent dans une aventure dont personne ne peut prévoir les conséquences, heureuses ou malheureuses. Ne dit-on pas que chat échaudé craint l’eau froide ? Si au moins des garanties de retour à la situation d’avant leur étaient données, on pourrait encore comprendre.

En Afrique, l’heure est encore à la politique de l’autruche. Le nouveau président de la Commission de la CEDEAO, Marcel de Souza se résoudra-t-il à poser le problème aux Etats et à recueillir les avis, ou passera-t-il son temps entre deux avions ?

Après sa nomination à la tête de la Commission, l’homme était chez Faure Gnassingbé le 28 avril pour « contribuer à la redynamisation des échanges commerciaux entre les 15 Etats membres », selon le site du gouvernement. Il paraît aussi que le président de la Commission « entend proposer de nouvelles stratégies pour faire de l’organisation une communauté des peuples ». Le 23 juin, il était encore au Togo pour assister « à la réunion du comité d’orientation stratégique Afrique de l’Ouest-Union européenne ». Fin juillet, Marcel de Souza était en Israël au motif que « les pays de la Cédéao ont besoin d’innovation et d’idées dans leur combat contre la pauvreté et la coopération avec Israël peut être largement bénéfique ». Mais la lutte contre le terrorisme est-elle aussi un moyen de lutter contre la pauvreté ? Parce que le site du gouvernement a renseigné que le patron de l’organisation régionale ouest-africaine a souligné que l’expertise militaire israélienne pouvait être précieuse pour combattre le terrorisme au cours de sa visite.

Et mercredi dernier encore, revoilà Marcel de Souza chez Faure Gnassingbé. « L’organisation régionale va organiser prochainement à Lomé une rencontre de partenaires et d’investisseurs internationaux souhaitant s’implanter sur un marché de 320 millions de consommateurs ». « J’ai  reçu du Chef de l’Etat les instructions et recommandations pour  une bonne organisation de cette rencontre », aurait indiqué le président de cette Commission. Les discussions auraient également porté sur le nécessaire renforcement de l’intégration régionale. Deux critères seraient essentiels selon le site du gouvernement, la libre circulation des biens et des personnes et une meilleure compétitivité des économies des 15 Etats membres.

Lorsque la mission pour laquelle peine à se matérialiser, on est tenté de s’intéresser aux raisons qui peuvent l’expliquer. Marcel de Souza est nommé pour travailler pour la CEDEAO, mais ses actes semblent indiquer qu’il est au service de Faure Gnassingbé. L’homme n’a pas encore abordé la question des APE dont la date butoir avance à grands pas, mais est plutôt intéressé par l’organisation d’une rencontre à Lomé pour des investisseurs internationaux. Et lorsqu’il dit avoir reçu des instructions et recommandations pour une bonne organisation de cette rencontre, on se demande s’il est au service exclusif de Faure Gnassingbé ou de toute la communauté. Cette serviabilité à l’égard du Togo n’est pas le fruit du hasard.

En effet, pour ceux qui l’ignorent, bien que Marcel de Souza soit Béninois de pur sang, il est très lié au Togo en général et à Faure Gnassingbé en particulier. L’homme a convolé en justes noces avec une « princesse » togolaise, ce qui expliquerait sa présence quasi permanente sur le sol togolais et sa promptitude à être au garde-à-vous à côte de son beau-frère. Au point de reléguer les priorités de la CEDEAO au second plan. Ainsi, pendant que les autres regroupements méditent sur l’attitude à adopter face à ce que certains penseurs comparent au « baiser de la mort », au sein de la CEDEAO, personne n’ose crever l’abcès, surtout pas Faure Gnassingbé, lui qui, pour le sommet sur la sécurité maritime, est prêt à tout laisser de côté.

Le taux d’industrialisation du Togo n’atteint pas 2%. Le pays est tributaire des importations. Les services douaniers ne sont que l’ombre d’eux-mêmes et peinent à comprendre même la notion d’élargissement de l’assiette fiscale. La traversée des frontières n’est pas encore libre tant pour les personnes que les biens. Mais on pense à l’APE. Que proposera le Togo comme produits d’exportation en direction de l’Union européenne ? Parce qu’il s’agit justement de cela. Du moment que les frontières seront grandement ouvertes, les marchés ouest africains seront inondés de produits européens alors que l’inverse sera quasi impossible à réaliser. Et donc recommencera un autre cycle de domination de l’Europe et de « servitude volontaire » de l’Afrique.

Source : Abbé Faria, Liberté