L’information a fuité dans le N°735 du 24 août de « La Lettre du Continent ». La Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) se propose de s’approvisionner en or afin de prémunir la zone contre des chocs extérieurs, voire une prochaine dévaluation. Les économies des Etats de la zone résisteront-elles à une autre dépréciation du franc CFA ? Avec la poussée des pays de l’UEMOA à signer les Accords de partenariat économique (APE), les difficultés des Etats africains n’iront-elles pas crescendo ?

En 1994, les Etats de la zone franc ont subi une dévaluation dont certains ne se sont pas relevés à ce jour, parce que n’ayant pas été accompagnée de mesures. Mais si on n’y prend garde, la zone risque d’être encore secouée par une autre onde de choc.
« Le gouverneur de la BCEAO, Tiémoko Meyliet Koné, vient d’approuver une ambitieuse opération d’achat d’or auprès des compagnies minières des huit pays de l’espace de l’Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA). Cette décision doit permettre à la BCEAO de renforcer ses réserves d’or monétaire et d’augmenter ses avoirs extérieurs détenus à la Banque de France afin de prémunir la zone de chocs extérieurs voire d’une nouvelle dévaluation du F CFA. Tiémoko Meyliet Koné a missionné son bras-droit Armand Badiel, DG des opérations et des activités fiduciaires de la BCEAO pour piloter ce programme via les ministres des mines des Etats membres de l’UEMOA. Ce dernier s’efforcera ces prochaines semaines de persuader les compagnies minières de vendre une partie de leur production. Parmi ses priorités figurent les cinq compagnies minières ivoiriennes. Les sociétés minières maliennes, burkinabè et sénégalaises seront également approchées. Un prochain conseil des ministres de l’UEMOA doit approuver plusieurs directives pour faciliter les transactions », écrit « La Lettre du Continent ». Lorsqu’on connaît la percée de ce journal électronique dans les palais présidentiels et autres structures, on ne peut que prendre au sérieux cette information.
Le gouverneur de la BCEAO n’a pas de pouvoir de pression et son opération de renforcement des réserves en or de la banque est une preuve que la décision de la dévaluation de la monnaie des Etats de la zone n’est pas de son ressort. Mais ne dit-on pas qu’au pays des aveugles les borgnes sont rois ? La prochaine réunion des ministres de l’UEMOA ne sera qu’une formalité quant à la facilitation des transactions. Mais alors se posera la question de la compétitivité des produits de la zone avec la marche vers les APE.
En effet, la situation est telle que sans la banque de France, le franc CFA n’est rien, une sous-monnaie à la rigueur, puisque c’est la France qui garantit sa convertibilité. Et si le gouverneur Tiémoko Meyliet prend des dispositions, c’est parce que la menace est très sérieuse. Peut-être même qu’il en sait beaucoup plus sur ce qui va arriver qu’il n’en donne l’air.
Si la situation avec la signature des APE ne change pas d’ici là, il est probable que les barrières douanières de certains pays soient abolies par rapport aux produits européens et vice versa. Que se passera-t-il en cas de dévaluation brutale, parce que les populations sont toujours surprises par la décision ? Les prix des produits exportés vers l’Europe se maintiendront-ils ou connaitront-ils une baisse de moitié au cas où la dévaluation atteignait 50% ? En 1994, ceux qui avaient tiré profit de la chute du franc CFA étaient ceux qui disposaient de devises. Seulement avec l’information de « La Lettre du Continent », bien malin qui pourra deviner le moment des chocs auxquels fait allusion len gouverneur de la BCEAO. Parce que dans ce cas, il suffirait d’échanger ses ressources contre des devises et de les reconvertir en monnaie locale juste après la dévaluation. Dans tous les cas, cette information repose le débat de la souveraineté monétaire.
En 1994, la dévaluation du franc Cfa avait au final réduit le pouvoir d’achat des consommateurs, sans rétablir comme initialement prévue la compétitivité externe des économies concernées et le redressement de leurs balances commerciales, ce qui était préalablement prévu.
Il y a quelque temps, l’économiste sénégalais Sanou Mbaye, ancien cadre à la Banque africaine de développement a quant à lui récemment estimé lors d’un entretien accordé à RFI que les pays de la zone Cfa devraient en finir avec le spectre de la dévaluation en arrimant leur monnaie commune à « un panier de devises étrangères », tout en pensant à l’importance des échanges avec certains pays émergents comme l’Afrique du Sud et la Chine.
Selon, Sanou Mbaye, le « Fcfa ne profite pas aux économies africaines ni aux populations locales ». Il estime que c’est « la France qui tire bénéfice du Fcfa ». Observant même que « chaque fois qu’elle est en difficulté, notamment en période de crise économique, elle tente de tirer au maximum profit du Fcfa ». Selon lui, l’enjeu du dossier est bien là : « dévaluer le Fcfa permettrait ainsi à la France de mieux résister à la crise ».
Pour lui, les conséquences d’une dévaluation seraient catastrophiques, de telles mesures étant même susceptibles de créer « une implosion », tant « les conditions de vies des populations se détérioreraient ». Il estime par ailleurs que les pays de la zone franc ne pourraient pas faire face à une nouvelle dévaluation le cas échéant, ne disposant de rien d’autres à exporter – en grande partie vers la l’Europe et la France – que des matières premières, sans être en mesure de réduire leurs importations.
De sérieux avantages pour la France, mais un véritable danger économique et social pour l’Afrique. L’économiste considère enfin que le taux de change élevé du Fcfa permet aux entreprises françaises tels que Bouygues, Société générale, BNP Paribas, Bolloré, d’éviter toute dépréciation de leur gain.
Le Professeur Kako Nubukpo fait partie de ceux qui préconisent l’arrimage du franc CFA à un panier de devises afin de se prémunir contre des chocs du genre que craint le gouverneur de la BCEAO et pour conférer une souveraineté monétaire effective à l’espace UEMOA.
Pour combien de temps encore les Africains confieront leur destinée monétaire à la France qui ne s’embarrassera jamais d’en tirer des dividendes ?
Source : Abbé Faria, Liberté























