Le Togo
Situé en Afrique occidentale avec une superficie de 56666 km² pour une population de 7,500,000 habitants, ce pays est composé de durs travailleurs espérant une vie meilleurs pour leurs enfants au prix de leur propre vie. Le Togo a été considéré dans les années 70 comme la Suisse de l’Afrique grâce, entre autres, à ses Nanas Benz qui mobilisaient le commerce des pagnes à travers toute l’Afrique. En 1990, la compagnie de télévision CNN des États-Unis avait fait un reportage sur ces fameuses femmes et parlait de leur dynamique d’entrepreneuriat. Et pourtant, elles n’avaient pas fréquenté de grandes universités comme Harvard Yale, Sorbonne Stamford, etc… L’augmentation du prix du phosphate avait entraîné de grands travaux de l’état Togolais dont 15% présente un intérêt économique pour le pays. Les 85% de ces travaux sont quant à eux considérés comme des investissements négatifs dont on a commencé à voir les retombées quand survinrent la chute du court de phosphate. Avec ces investissements et les intérêts qui en découlent, le pays se retrouve à plat très vite et entre dans une phase de récession volontaire. Et pourtant cela pourrait être prévu mais ce qui faisait défaut est la gestion des ressources de l’état.
L’industrie textile de Datcha (ITT) au Togo
Selon le géographe Yves MARGUERATH en 1961, le gouvernement Togolais sollicita un groupe industriel allemand pour construire un complexe textile. Ce projet visait aussi bien la décentralisation que l’aménagement du territoire et l’industrialisation. L’investissement a été donc fait hors de la capitale. La Région des Plateaux, principale zone productrice de coton du pays a été choisie, bien que la route principale qui relie Lomé au nord du pays n’était pas goudronnée, mais elle longeait la principale voie ferrée du pays.
L’industrie textile de Datcha (ITT) est construite en 1964, et commença à fonctionner en 1966 avec un investissement de l’ordre de 3 milliard de FCFA en 1975. Cette usine maintenait des chiffres d’affaire avoisinant 3 à 4 milliard. Certains des produits étaient exportés vers l’Europe tandis que le reste circule dans toute l’Afrique de l’ouest et l’Afrique centrale. L’effectif de cette usine atteignait 1500 personnes avec 30 cadres dont une moitié est allemande et l’autre togolaise. L’usine était florissante, c’était une belle réalisation qui tournait honorablement entre 70 à 80% de sa capacité de production.
Toujours selon le géographe de l’ORSTOM Mr Yves MARGUERATH, l’usine devait renouveler certains équipements et acheter certains produits. L’entreprise qui faisait 3 à 4 milliard de chiffre d’affaires était incapable de renouveler ses équipements de travail en 1980 et cessa d’être compétitive. Les dettes s’accumulèrent jusqu’à 7 milliard de FCFA. L’usine a tout simplement mis les clés sous la porte. Les cadres européens se retirèrent (pour ne pas dire s’enfuirent, fin 1980) et la dissolution de la société ITT SA fut proclamée en juin 1981.
Après le retrait et le départ des partenaires, l’usine fonctionnait toujours avec ses ouvriers et ses cadres togolais, sans aucun statut juridique. Le personnel abandonnait peu à peu. En 1982, il restait encore 920 ouvriers, 7 cadres togolais et un technicien français (indispensable), qui continuaient à faire tourner l’usine, avec les moyens de bord et d’énormes dettes.
La chute de cette industrie est due à un moment où le régime faisait le culte de personnalité. Dans toutes les préfectures du pays, des mouvements de soutien s’organisaient pour danser, chanter et faire des louanges. Le gouvernement habillait les danseurs de la tête aux pieds. Le Togo avait alors une population de 3 millions d’habitants et comptait à peu près 100,000 danseurs qui ne travaillaient plus pour la plupart et qui sont mis à disposition pour faire des louanges au gouvernement. L’habillement de ces 100,000, danseurs, liseurs de motions de soutiens est la principale cause de faillite de l’industrie textile de Datcha (ITT) qui faisait pourtant un chiffre d’affaires de 3 à 4 milliard FCFA. Comment a-t-elle sombré dans le déficit de 7 milliard FCFA malgré les diverses tentatives pour faire fonctionner l’entreprise. Malheureusement, ce système de gestion continue toujours et rend l’avenir de plus en plus incertain.
La Côte d’Ivoire
Ce fut la grande économie francophone de l’Afrique de l’ouest qui éblouit les autres pays de la sous région par son développement économique et par son efficacité de système de santé qui était au dessus de celui des autres pays. Les hôpitaux de la sous région recommandaient à leurs patients si les cas les dépassaient d’aller se faire soigner en côte d’Ivoire. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas parler de la Côte d’Ivoire avec fierté, sérénité et espoir sans être politicien ou faire du « griotisme politique ».
La Côte d’Ivoire, comme d’autres pays a commis des erreurs. Bien que celles-ci soient graves, on pouvait se ressaisir et les corriger et espérer des résultats positifs malgré quelque délais et des retomber économiques. Le gouvernement ivoirien avait détaillé le programme ambitieux qui ferait du pays le numéro un de l’Afrique actuelle. Ce programme devait permettre l’expansion de son développement accouplé du dynamisme de son système de santé efficace, de la création d’emplois, de la cohésion sociale, etc. En 2015, le gouvernement déclare un taux de croissance de 8% minimum par an et espère mieux en 2016. Le Plan National de développement 2012 à 2015 a été prolongé de 2016 à 2020, ce qui équivalait à 45 milliard d’Euro dans le but « d’accélérer la transformation structurelle de l’économie ivoirienne ».
Selon le journal hebdomadaire Jeune Afrique de Mai 2016, la Côte d’Ivoire est sur le chemin de l’émergence, de la hausse des investissements de la maîtrise de l’inflation, du déficit budgétaire et de l’endettement,… Bref, le pays fait des progrès spectaculaires. Vivement que ces progrès bénéficient à tous. Pendant que la Grande Chine perd ses étoiles dans les analyses des agences de notation, toujours selon l’hebdomadaire, « la Côte d’Ivoire améliore mois après mois sa position aux yeux de ces gardiens du risque-crédit. Car presque tous es signaux y sont dans le vert. ». Elle est estimée très heureuse dans un monde où la croissance est ralentie partout en Afrique. Le gouvernement ivoirien juge avoir dépassé le taux croissance de 10% en 2015 quand le FMI l’estime plutôt à 8,6% avec 10,7% en 2012, 9,2% en 2013 et 8,5% en 2014.
Le gouvernement ivoirien a mentionné aussi dans le journal Jeune Afrique que la société Fitch maintient la notation B à la Côte d’Ivoire en plus de l’inflation jugulée à un taux moyen de 1,2%, le déficit des échanges courants contenu à 1,7% du PIB. Le déficit budgétaire est limité à moins de 3% du PIB, ce qui est mieux que celui de la France ! L’endettement est maîtrisé à 41% du PIB, quand la moyenne de l’UEMOA est de 74%. Les investissements sont multipliés par 3,2 depuis 2011. Le salaire minimum a augmenté de 64%. Les rémunérations des fonctionnaires sont revalorisées de 12% en 2014, après vingt-sept années de stagnation. Plus de 2 millions d’emplois ont été créés et le revenu par habitant a été amélioré de 20%. Toutes les aides versées aux agriculteurs (cacao, café, anacarde, manioc…) sont en hausse. Le président, Alassane OUATARA, n’en est pas peu fier et insiste : « Nous avons réduit de moitié la pauvreté en quatre ans. ».
Si elle a réalisé ces progrès grâce à l’investissement public, largement financé par l’aide extérieure, la Côte d’Ivoire entend accélérer la cadence jusqu’à l’émergence grâce à l’entreprise privée. Elle figure donc parmi les dix pays qui ont le plus amélioré leur climat des affaires dans le monde. Selon le classement « Doing Business » de la Banque mondiale, et selon le Centre de promotion des investissements (Cepici), 40 entreprises y naîtraient chaque jour. L’agence de notation ivoirienne Bloomfield Investment a beau souligner que le service de la dette a fortement progressé au point de dévorer 30% des ressources propres de l’État, son vice-président et chef économiste, Youssouf CARIUS, ne peut que reconnaître que cela affectera peu la trajectoire du pays.
Après avoir présenté les beaux programmes qui feraient de la Côte d’Ivoire, la perle de l’Afrique et la rendraient très prospère, comparons-les avec les réalités du terrain. Sur le plan économique, politique et social, les gouvernements qui se sont succédé ont fait des efforts pour améliorer la situation des ivoiriens mais les résultats économiques, sociales et politiques constantes ne permettent pas d’espérer l’émergence politique, économique et sociale que le ou les gouvernements successifs avaient prôné.
Sur le plan politique
La réconciliation semble toujours au point mort. Rien ne bouge et les gagnants de la guerre n’arrivent pas à transformer cette victoire pour créer la cohésion sociale. Le gouvernement pense qu’imposer son diktat peut forcer l’adhésion du peuple. La cohésion politique qui fait partie du gouvernement est plutôt assimilée à la politique de suivie. Ceux qui ont combattu l’ancien gouvernement espérant une politique meilleure se retrouvent dans l’impasse. Qu’est-il arrivé pour que la majorité ne puisse pas discuter avec la minorité sur les enjeux du pays ? Il est clair maintenant que la division née de l’élection de 2010 continue à créer des problèmes qui ont des conséquences économiques et sociales jusqu’en 2016. Le 05 octobre 2016, le président du pays a prononcé un discours sur un référendum sur la constitution qui se tiendra à la fin de ce même mois d’octobre. Ce qui est difficile, c’est que la population est à peine informée du contenu de ce référendum qu’elle discute d’ailleurs et déjà, il fallait voter. La première des choses à faire est la réconciliation. A partir de là, les points de vue pourraient être échangés comme la réconciliation faite en Afrique du Sud. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est divisée. Le mot consensus semble ne pas exister pour ce pays et cela a des conséquences sur son développement.
Sur le plan économique
Malgré les efforts des gouvernements qui se sont succédé, on ne voit pas ou ne sent pas la reprise. On dirait que l’économie peine à décoller. La vie est devenue très chère et dure et la débrouillardise qui existait est devenue une sortie sans secours. On voit les statistiques du gouvernement annoncer la création de millions d’emplois. Sur le terrain, on peut lire sur les visages, le désespoir, la tristesse, la peur. Si les gouvernements avaient réellement créé ces millions d’emplois, cela devrait relancer l’économie. Quel est donc le nombre réel de personnes sans emploi ? Le gouvernement avait annoncé un taux de croissance minimum de 10% en 2012. Cela serait un très bon signe si ces chiffres s’avéraient. D’après le gouvernement, le salaire minimum a cru de 64% et après 27 années de stagnations les salaires ont été valorisés de12% en 2014 et le revenu de 20%. Comment le gouvernement a pu arriver à donner des chiffres qui sont différents de la réalité économique du pays. Les taux de croissance que le gouvernement annonce est donc basé sur la vente des matières premières, ce qui explique qu’il n’y ait pas eu de retombée économique comme on aurait du le constater.
Sur le plan social
Le plan social est en pleine ébullition. La paix sociale semble précaire dans le pays et le taux de chômage réel est très élevé, surtout pour les jeunes de moins de 25 ans. Le présent est soumis à des confrontations sociales, le futur très pessimiste et sombre. Le dialogue social, quant à lui, n’existe pas et on se demande si l’émergence prônée par le gouvernement est sérieuse.
Nous pouvons nous demander dans quels secteur ou industries les milliards du Plan National de développement de 2012 ont été investis ? Le gouvernement en prévoit un autre de 2016 à 2020 avec un montant de 45 milliard d’Euro. Mais si le premier n’a pas eu de résultat positif, comment le peuple peut-il croire aux actions du gouvernement ? Comment le peuple peut-il croire au second PND avec ses milliards qui sont sensés rembourser les dettes contractées par le gouvernement ivoirien ? On impose au peuple de rembourser des prêts dont il n’a pas bénéficié. L’émergence ne se décrète pas.
L’Afrique souffre de problèmes d’identité propre à elle. Tant que les africains confondent leurs identités à celles des autres créant la confusion en disant que parce qu’ils sont colonisés par tel pays, ils sont pareils, la question de l’émergence ne sera que de l’utopie. L’Asie et l’Inde ont pu décoller, rivaliser, dépasser l’occident et ravir la place de première puissance économique en se basant sur leurs propres identités, ressources et leurs valeurs culturelles. En Afrique, le peuple a tant sacrifié et il continue à se chercher.
Dr. Mehenou Amouzou

Dr. Mehenou Amouzou a obtenu son « Master in Business » à l’« European Advanced Institute of Management » ainsi qu’un Certificat en finance et investissement à Paris, France. Il a complété ses études dans les Relations Internationales et les Stratégies Politiques et de Défense et a obtenu son Doctorat de Philosophie en Finance.
Contribution : Fundacion Paraiso Sin Fronteras ; Nkrumah Amouzou Production ; Loic Mbaiagom Dingamyo & Kokou Paul Amouzou.























