
Dans le septentrion, le ciment est en train de devenir un produit de luxe. Trois mois après la rencontre entre le gouverneur des Savanes, Atcha Dédji, et les commerçants du secteur, la flambée des prix est de retour. Et, de plus belle. Les consommateurs se retrouvent pris au piège d’un marché devenu incontrôlable. Spéculation grandissante, circuits de distribution opaques : le ciment se négocie ces derniers temps jusqu’à 100 000 F la tonne alors que le prix officiel est de 81000 F.
Fin novembre 2025, la fermeté affichée par le gouverneur Atcha Dédji avait suscité un certain espoir. Devant les détaillants de ciment réunis lors d’une rencontre d’échanges, l’autorité régionale avait été catégorique : « Jusqu’à nouvel ordre, le ciment est vendu à 81000 F, suivi d’un reçu. Si on voit quelqu’un qui vend le ciment au-delà de 81000 F, il aura des problèmes ».
Le message semblait clair. L’autorité promettait de veiller au strict respect du prix officiel. Les revendeurs eux-mêmes semblaient rassurés à l’issue de la rencontre.
Prenant la parole, El Hadj Issa Bouraima, président des détaillants, déclarait alors : « Nous avons posé nos doléances au gouverneur, il a promis de remonter l’information. Comme officiellement le prix fixé est de 81000 F la tonne, désormais ce prix sera respecté ».
Trois mois plus tard, ces promesses résonnent comme un simple effet d’annonce. Sur le terrain, la réalité est tout autre. Dans plusieurs points de vente de la région, la tonne de ciment se vend entre 90 000 et 100 000 F CFA. Cette hausse se fait au vu et au su de tous, sans la moindre crainte apparente des commerçants. Ni contrôle visible, ni sanctions annoncées.
Pourtant, la direction régionale du commerce est censée être la première vigie en matière de régulation des prix. Mais face à cette flambée, le silence administratif est assourdissant.
Les consommateurs, eux, n’ont pas le luxe du silence. Dans une région économiquement asphyxiée par trois années d’état d’urgence sécuritaire, cette hausse du prix du ciment vient alourdir davantage le coût de la vie.
Le gouverneur avait pourtant promis de remonter la chaîne jusqu’aux usines afin d’identifier les causes de cette flambée et d’y mettre un terme. Aujourd’hui, aucune communication officielle ne permet de savoir si cette démarche a réellement été entreprise.
Les revendeurs expliquent la hausse des prix par la longue chaîne d’intermédiaires créée par le système d’approvisionnement. Plusieurs commerçants soulignent que l’approvisionnement direct à l’usine est devenu la chasse gardée d’une poignée d’opérateurs économiques disposant de moyens logistiques et financiers importants. Ces derniers revendent ensuite aux détaillants en y ajoutant leur marge. À chaque étape de la revente, le prix grimpe un peu plus, jusqu’à devenir insupportable pour le consommateur final.
La région des Savanes semble ainsi s’installer dans une inquiétante spirale de pénuries. Carburant difficile à trouver par moments, manque d’eau dans plusieurs localités, et désormais ciment devenu hors de prix : pour de nombreuses populations, l’accès à des produits essentiels devient chaque jour un peu plus compliqué.
À ce rythme, la région risque de se transformer peu à peu en territoire de toutes les raretés, où les promesses de régulation peinent à résister à la réalité du marché.
François Bangane
Source: Lalternative.info























