Source: ACGFiP / FB

Le gouvernement togolais ne retient par la leçon et excelle dans la manipulation du Peuple togolais.

Alors que nous avions pointé du doigt ses difficultés à lever des fonds depuis le 6 juin dernier sur le marché régional UMOA-Titres, dans un contexte de crise socio-politico-économique, le ministre de l’économie et des finances n’a rien trouvé de mieux que d’aller aggraver encore la dette publique sur la tête des togolais, ce lundi 11 août 2025.

Il a en effet procédé à un emprunt de 30 Milliards de Fcfa auprès d’investisseurs privés sur une période de 3 mois (91 jours) à un taux de près de 6% en vendant des bons assimilables du Trésor (BAT).

Théoriquement, selon le ministre, cette opération « vise à mobiliser l’épargne des personnes physiques et morales en vue d’assurer la couverture des besoins de financement du budget de l’État du Togo ».

Sur les 30 milliards empruntés, 22 milliards de Fcfa proviennent d’investisseurs installés au Togo! Il y a donc de l’épargne disponible dans les banques togolaises! Mais à qui appartient cette épargne? (On y reviendra dans un autre post).

D’entrée, nous voulons indiquer aux togolais que ce nouvel emprunt ne signifie pas que la situation du pays s’est améliorée. Au contraire, cela vient corroborer notre analyse et nous allons le démontrer.

En premier lieu, sachez que le gouvernement dispose de 2 instruments pour lever des fonds sur ce marché financier, les obligations assimilables du Trèsor (OAT) et les bons assimilables du Trèsor (BAT) souvent émis au même moment.

Il est important de comprendre la différence entre ces 2 titres afin de démonter la manœuvre dolosive mise en œuvre.

1) Les OAT sont des titres publics émis à moyen ou long terme (souvent 3, 5, 7, 10 ans, voire plus) en contrepartie d’argent liquide disponible immédiatement pour l’État. Ce sont des instruments conçus pour s’endetter à moyen ou long terme. Ces dettes ainsi contractées sur de nombreuses années permettent de financer des projets d’investissement ou de couvrir des besoins budgétaires de longue durée.

On parle de titres à maturité longue, qui attirent surtout les investisseurs institutionnels (grands fonds d’investissement). Pour convaincre ces derniers, il faut avoir entre autres, une vision et une stratégie à long terme, un plan, une gestion budgétaire saine, de solides fondements macroéconomiques, une sécurité juridique digne de ce nom, un climat des affaires, politique et social sain. Sans ces pré-requis, la confiance des investisseurs institutionnels dans la signature du pays s’effrite et s’amenuise. Par conséquent, pour acquérir les OAT d’un pays qui ne satisfait pas à tous ces pré-requis, les investisseurs vont exiger de fortes primes de risque c’est-à-dire de forts taux de rémunération c’est-à-dire des taux d’intérêts élevés.

Actuellement, le gouvernement togolais englué dans une gestion budgétaire catastrophique depuis plusieurs années, est entrain de connaître cette dure réalité et c’est ce que nous avions pointé du doigt. Avec un déficit budgétaire de 6,6% du PIB en 2024, un taux d’endettement de 71,9% du PIB, un ratio Dette publique/recettes fiscales de 410%, et des soulèvements populaires contre le pouvoir en place, le profil risque du Togo est largement entamé et dissuade les gros investisseurs. Le Togo est aujourd’hui un pays surendetté et sa dette publique est classée insoutenable.

Le gouvernement n’inspire plus confiance sur les marchés financiers et est obligé de se rabattre sur les emprunts à court terme (les BAT donc) et les emprunts concessionnels dispensés par le FMI et la BM contre des conditions très austères pour le Peuple togolais.

2) Les BAT ou Bons Assimilables du Trésor sont des titres publics émis à court terme (souvent 3, 6, 12 mois) en contrepartie là aussi d’argent frais. Ce sont des instruments utilisés pour gérer la trésorerie à court terme (ex. couvrir un déficit temporaire de caisse, payer les fonctionnaires etc…).
C’est ce qu’on appelle les titres à maturité courte qui intéressent moins les grands investisseurs et beaucoup plus les petits épargnants avides de rendements rapides.
Il faut savoir que la levée de fonds via les BAT est moins restrictive que pour les OAT parce que :

– les investisseurs exigent moins de prime de risque justement à cause de la maturité courte (c’est-à-dire de la courte période de remboursement),

– et surtout parce que l’État peut placer un BAT même si la confiance long terme (OAT) est entachée, tant que la solvabilité à court terme semble assurée. Et pour assurer cette semblante de « solvabilité à court terme », l’État va recourir à la technique de refinancement ou ce que nous appelons la cavalerie financière. Cette technique consiste à contracter de nouveaux prêts pour rembourser les anciens. On parle alors de « risque de roulement ».

Eh bien, c’est ce qui se réalise aujourd’hui au sein du ministère de l’économie et des finances du Togo.

Le refinancement fréquent est devenu un véritable fléau qui affecte la gestion des finances publiques du pays comme le relèvent le rapport 2024 de l’ OECD, plusieurs revues de l’International Monetary Fund, et plusieurs rapports PEFA de la Banque mondiale sur le Togo.

Là où réside la manipulation c’est que la levée de fonds via les BAT est une technique de gangstérisme économique aux mains du ministre de l’économie et des finances pour donner l’illusion au peuple togolais que le pays peut encore emprunter sur les marchés financiers. Or, en réalité, il ne fait qu’abuser des refinancements qui constituent un véritable poids mort pour nos finances publiques.

En l’espèce, ce lundi 11 août 2025, après plusieurs échecs à émettre des OAT depuis le mois de juin, l’État togolais n’a pu recourir qu’aux BAT, à contre-courant de ses levées de fonds précédentes composées principalement d’OAT. C’est révélateur d’une difficulté profonde qu’on essaie de dissimuler au Peuple togolais.

Dans le contexte actuel de crise socio-politico-économique, recourir exclusivement aux BAT est un aveu d’échec du gouvernement togolais dans sa gestion économique du pays et dans sa capacité à convaincre les investisseurs long terme. Cqfd.

Alors que le FMI est sur le territoire dans le cadre d’une évaluation de la gestion des finances publiques, M. Barcola aurait pu s’épargner cette opération (teintée d’orgueil mal placé) qui vient dégrader encore plus le profil risque du Togo. Cette tentative maladroite de répondre à notre publication est suicidaire pour la Nation.

Nous sommes dirigés par des inconscients et des incompétents.

Il est grand temps qu’un changement s’opère à la tête du pays et que des patriotes compétents prennent le contrôle.

Faure must go.

Analyse citoyenne de la gestion des finances publiques du Togo / ACGFiP