La holding d’Etat, Togo Invest Corporation (TIC), vient de se signaler par le rachat de la totalité des actions de Shell au Togo. L’opération s’est-elle déroulée dans la légalité et la transparence ? La société serait mise devant le fait accompli et pour qui connaît les « méthodes à la togolaise» des autorités du pays, rien d’étonnant. Mais une fois cette information consommée, vient l’heure de la répartition des actions rachetées. Parce qu’une holding qui a pour ambition de nouer des partenariats publics-privés (PPP) ne peut pas s’arroger le droit de faire mains basses sur une telle société –pétrolière- sans communiquer sur l’ouverture prochaine de l’actionnariat, susceptible d’intégrer des privés. A quel jeu joue-t-on au sein de cette holding ?

Kodjo Essozimna Faure Gnassingbé Éyadéma | Archives : Happuc

Criera-t-on haro sur le baudet ? Peut-être pour ceux qui ne comprennent pas encore ce qu’est un peuple et ce que veut dire être président de la République dans un Etat qui se veut démocratique. C’est à la majorité que le peuple togolais a voté pour la constitution de 1992 qui stipule en son article 4 : « La souveraineté appartient au peuple, il l’exerce par ses représentants et par voie de référendum. Aucune section du peuple, aucun corps de l’Etat ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice… ». En d’autres termes, même la présidence ne peut pas s’arroger la souveraineté d’un peuple. Et si le président de la République a été élu au suffrage universel, c’est pour qu’il se mette au service de ce peuple. Dans ce cas alors, aucune raison ne peut et ne doit justifier le pied de nez que Faure Gnassingbé fait aux représentants du peuple, l’Assemblée nationale.

En effet, l’article 74 fait obligation à Faure Gnassingbé de s’adresser une fois par an au parlement sur l’État de la nation ! Si l’exercice était si ardu, point de doute qu’un nouveau président élu n’ayant pas encore fait un an d’exercice du pouvoir utiliserait des subterfuges pour se débiner de ses responsabilités. Mais heureusement que le dernier président démocratiquement élu n’ayant pas encore fait un an de mandature, s’est aussi sacrifié à la tradition constitutionnelle. Et avec brio ! « Ce que les peuples et leur président doivent comprendre, est qu’autant les candidats à la présidentielle sont prompts à aller vers le peuple et lui faire des promesses de campagne, autant celui qui est finalement élu doit nécessairement repartir chaque année devant les représentants de ce peuple pour faire l’état de la nation. Ceci permet aux populations de savoir si l’homme est en train de tenir ses promesses de campagne ou non », pense un ancien directeur à la retraite.

Il y a trop d’incongruités qui annihilent l’action gouvernementale et empêchent d’inspirer respect de la part des citoyens. Au Togo, tout a l’air comme si la loi n’existe que pour le bas peuple et non pour tout le monde. Car, si le président de la République est un employé de l’État togolais, et que tout employé de l’État togolais doit s’acquitter de ses impôts et taxes, il n’y a pas de raison que Faure Gnassingbé et les membres du gouvernement ne fassent pas pareil. Aujourd’hui, les recettes sont exsangues et Gaperi and Company ne savent pas où mettre de la tête pour engranger des recettes supplémentaires. Et pourtant, lui et sa suite constituée par Kodjo Adédjé, Adoyi Essowavana et le reste des agents de l’Office togolais des recettes savent en leur « faure » intérieur que les nantis doivent être imposés et pas seulement le secteur informel et la classe moyenne. Malheureusement, personne au sein du gouvernement n’a assez de couille pour dire à haute et intelligible voix que Faure Gnassingbé est un employé de l’Etat et qu’à ce titre, il doit se soumettre à la loi fondamentale, au risque de se ridiculiser à l’international par des « je ne vois pas le rapport ». L’employé Sassou Nguesso a, lui,assumé les mêmes questions avec un flegme tout à fait congolais.

A titre de comparaison, si le président américain Donald Trump était au-dessus de la Constitution américaine, aucun juge n’oserait s’attaquer aux décrets qu’il prend selon ses humeurs. C’est dire que dans un pays qui se veut démocratique, ce n’est point la voix du président qui est prépondérante, mais bien celle du peuple. Le président de la République n’est qu’un employé dans le rouage. Il n’y a que sous les tropiques aux « démocratures » qu’on assiste encore à des hérésies.

Mais pendant qu’on y est, pourquoi la minorité au parlement, ne jouerait-elle pas sur cette fibre citoyenne pour contraindre Faure Gnassingbé à se présenter devant les élus du peuple avant le vote du budget 2018 ? L’opération aura le mérite de montrer à la face du monde la mauvaise foi d’un président de la République. Ainsi, les médias qui accourent au Palais des Congrès relayeront l’absence collective des députés de l’opposition lors de la prochaine session consacrée à l’étude et au vote du budget, non pas par crainte de dire leur avis, mais pour dénoncer le mépris d’un employé de l’Etat qui refuse de s’exécuter. Et dans ce sens, un président d’une Assemblée nationale véritable devra adresser un courrier au président de la République pour lui faire part de l’attente du peuple à travers ses représentants.

Source : Abbe Faria, Liberté No. 2371 du 07 février 2017