Une trentaine d’agents des douanes et des impôts ont été appréhendés en début de semaine dernière et 11 sont déposés à la prison civile de Lomé dans la soirée du vendredi 4 mars dernier pour avoir produit de faux diplômes. Malheureusement, cette pêche n’est que la face visible de l’iceberg, car au Togo, les diplômes se confectionnent au gré des possibilités d’embauche et selon l’importance des postes à pourvoir.

Lorsqu’on parle de faux diplômes, beaucoup penseraient à des agents nouvellement engagés qui seraient mis en cause. Mais aux services des douanes et des impôts, la situation est plus délicate et la permissivité du système de contrôle, plus grande. La semaine dernière, une série d’arrestations ont eu lieu au sein du personnel des douanes et des impôts. Appréhendés par le Service de Recherche et d’investigation (SRI), 11 agents dont deux femmes ont été déférés à la prison civile de Lomé vendredi dernier. Il leur est reproché d’avoir fait faux et usages de faux puisque les diplômes présentés par ces agents dans le cadre de leur recrutement seraient des faux. Ils sont renvoyés d’office.
Cette vague d’arrestations d’agents des douanes et des impôts n’est pas une première. On se rappelle qu’à la création de l’Office togolais des recettes (OTR), certains agents avaient présenté de faux documents pour se voir maintenus à leurs postes, mais avaient été rattrapés dans le cadre de la vérification des diplômes.
Certains cumulent plus de vingt ans de service, d’autres quinze, d’autres encore sept ans. Autrement dit, les diplômes qui ont permis à tous ceux-là d’exercer jusqu’à présent leur métier, ne datent pas d’hier. Mais il a suffi d’un contrôle pour que tant de rêves se brisent. Les sanctions sont : la vente de leurs biens pour payer l’Etat qu’ils ont triché pendant leurs années de service, l’emprisonnement et autres amendes. Quand on se rappelle qu’au Togo, lorsqu’on a un proche parent qui travaille à la douane ou aux impôts, c’est comme si tous les problèmes de la famille ainsi que les collatéraux, sont fini à jamais, on peut deviner l’étendue de la désolation qui doit s’abattre dans bien des familles en ce moment.
Mais si ceux qui ont découvert le pot aux roses doivent être conséquents envers eux-mêmes et envers la justice, tous les responsables qui ont connu les dossiers de ces agents ainsi que leurs directeurs des ressources humaines doivent aussi répondre du fait de n’avoir pas découvert et dénoncé cet état de chose à leurs passages dans ces deux structures. Si des diplômes datant de plus de deux décennies se révèlent comme des faux, il doit être assez aisé de remonter le temps pour lister tous ceux qui, de façon active ou passive, ont aidé à l’installation de ce système. Et ce n’est pas fini.
Au Togo, lorsqu’on visite l’administration publique, les attitudes et autres dialectes qu’on y parle donnent une idée des critères qui ont conduit à l’embauche de beaucoup d’entre les employés. Et dans ce cadre, les centres hospitaliers détiennent la palme d’or. Il nous revient aussi que ceux qui sont entrés dans la vie active par le truchement du diplôme de Capacitaire, s’arrangent pour se faire délivrer des Brevets de techniciens supérieurs, histoire de revaloriser leurs salaires. La Compagnie énergie électrique du Togo (CEET), Togo Cellulaire et toutes les institutions et ministères seront les prochaines cibles, promet une source proche du SRI.
Pour revenir aux douanes et impôts, ce sont trois vagues ayant passé par l’Ecole nationale d’administration qui, par décision du ministre de l’Economie et des Finances, Adji Otèth Ayassor, sont nantis de diplômes, mais ne peuvent pas exercer le métier pour lequel ils sont formés. C’est ainsi qu’on les voit dans d’autres ministères, affectés à d’autres tâches. Ces deux services vont-ils lancer un autre concours pour recruter de nouveaux agents pendant que ceux qui ont été formés aux frais de l’Etat végètent ? Avec le ministre Adji Otèth Ayassor, c’est comme dans un voyage dénommé « tout est possible ».
Source : [07/03/2016] Abbé Faria, Liberté























