Un jeudi noir hier au Port Autonome de Lomé. Les déclarants en douane non agréés ont été chassés à coups de gaz lacrymogène par les forces de l’ordre. Encore une solution extrême pour imposer une décision.
Pour la simple question de port de badges par les transitaires, le gouvernement opte pour le bâton. Les mécontentements des jeunes déclarants en douane se heurtent aujourd’hui au refus catégorique des autorités douanières. Au lieu de discuter avec ces déclarants en douane qui risquent de se retrouver sur le carreau, si jamais le gouvernement ne prend pas d’ores et déjà des mesures d’accompagnement pour juguler la crise qui prend de l’enjambée en ce début d’année au Port Autonome de Lomé reconnu comme le poumon de l’économie togolaise. Une situation qui peut porter préjudice aux opérateurs économiques.
Il est vrai que toute réforme crée habituellement des mécontents. Et dans ce cas d’espèce, les transitaires communément appelés les ambulants ont raison d’exprimer quelque part leur désapprobation à l’endroit des autorités douanières concernant l’établissement des badges dont le port devenu désormais obligatoire avant toute passation de déclaration. Le fait que des discussions approfondies ne soient menées au niveau des concernés, il est fort probable que des malentendus surgissent.
Cependant, le Togo a besoin de ces réformes fiscales et douanières pour assainir les finances de l’Etat. Car un pays comme le Togo ne peut pas connaitre un vrai développement, si jamais les 80% de ses recettes fiscales et douanières ne contribuent pas au PIB du pays. C’est fort de cette prise de conscience, que le gouvernement « essaie d’assainir » les régies financières.
Et l’Office Togolais des Recettes ( OTR ) qui est une fusion de la Direction des douanes et de celle des Impôts s’inscrit dans cette voie de réformes avec pour conséquence l’installation d’un guichet unique. Une initiative qui découragerait ou diminuerait des cas de fraudes et de corruptions (sic) connus de par le passé. Des retentions fiscales dont bénéficiaient certains opérateurs économiques à cause de leurs relations privilégiées avec certaines autorités militaires et politiques du régime étaient des manques à gagner pour l’Etat.
C’est justement pour cette raison que beaucoup d’expert économiques ont loué ces genres de réformes qui s’opèrent au niveau des régies financières. Les premières victimes de ces réformes étaient évidemment les douaniers et inspecteurs de douanes qui se sont enrichis frauduleusement dans l’exercice de leur fonction, car à l’époque, il suffisait que des transitaires véreux négocient avec eux et le tour était joué. Aujourd’hui, avec le système informatique sydonia et l’installation d’un guichet unique, ces agents de douanes et leurs homologues déclarants en douane ne peuvent plus toucher des pots de vin ou se soustraire au contrôle.
Toutes ces réformes à l’instar du Rwanda, du Ghana d’Île Maurice, des pays considérés par les institutions de Breton Wood comme étant des pays à forte croissance économique, sont souhaitables si l’on reconnait l’état d’avancement d’une corruption généralisée qui portait atteinte à l’économie du Togo.
Seulement, ce qui pose problème c’est la manière avec laquelle doivent s’opérer ces réformes, si l’on sait que le chômage a atteint son paroxysme. Et il serait regrettable que ces réformes créent des frustrations qui risquent de pousser des victimes à des solutions extrêmes, au regard du contexte dans lequel se trouve la sous-région avec la question de Boko Haram et de celle liée au terrorisme dans le monde. Nul ne peut se méprendre sur les terreaux qui enrichissent ce fléau dont l’un demeure le chômage ou la pauvreté. Surtout que l’argent pour obtenir l’agrément de l’OTR dépasse la bourse d’un simple transitaire.
L’Etat togolais a intérêt à revoir ce montant. S’il faut aider certains de la corporation à se reconvertir dans d’autres domaines, c’est aussi une solution alternative ou un palliatif pour apaiser la tension. Comme toujours, le malheur des uns fait le bonheur des autres. Ainsi, les transitaires agréés dans cette situation s’en frottent les mains. D’ailleurs, ces derniers soutiennent becs et ongles cette décision qui fait craindre le pire.
Il urge que dans ces genres de réformes, chacun trouve son compte et qu’effectivement ces réformes atteignent leurs objectifs, ceux de renflouer les caisses de l’Etat. Il ne faut pas que ces recettes fiscales et douanières issues de ces réformes rentrent au trésor comme cela se doit, mais sortent par un circuit illégal bien organisé. Dans ce cas, ce serait des réformes destinées uniquement à empêcher des petits poissons à voler au profit des grands. Si telle est la situation, les grognes des transitaires ambulants paraissent légitimes.
Source : [08/01/2013] Angelo G., Corps Diplomatique. Vidéo : Daniel Badagbon-Zogbe























