
Insécurité : les populations des Savanes paient le prix de l’échec de Faure Gnassingbé
Présenté comme une réponse d’urgence à la crise sécuritaire et sociale, le Programme d’urgence pour la région des Savanes (PURS) devait marquer un tournant historique. Plus de 200 milliards de francs CFA annoncés, des dizaines déjà engagés, des promesses d’infrastructures et de services sociaux renforcés. Quatre ans plus tard, ce programme n’a pourtant pas inversé la trajectoire économique et sociale de la région. Entre des discours officiels se voulant « lucides » et des réalités locales implacables, la jeunesse paie le prix de l’échec de l’État.
Lancé en 2022 dans un contexte de crise sécuritaire aiguë, le PURS se voulait une réponse globale : infrastructures, accès à l’eau potable, pistes rurales, santé et éducation. Sur le papier, l’ambition est louable. Sur le terrain, le bilan reste contrasté.
Certes, des avancées sont visibles par endroits, notamment dans les secteurs de l’hydraulique villageoise et des pistes rurales, en particulier dans les préfectures de Kpendjal, Kpendjal-Ouest et Cinkassé. Mais ces progrès demeurent fragiles : des chantiers abandonnés, des pistes dégradées à peine réceptionnées, des ouvrages qui peinent à résister dans le temps.
Dans les secteurs sociaux, les efforts consentis sont dilués par des décennies de retard accumulé. Construire ou réhabiliter quelques infrastructures là où tout manquait ne suffit pas à produire un choc de développement perceptible par les populations.
L’emploi des jeunes, le grand angle mort
Le 31 décembre 2021, dans son message de vœux à la Nation, le président Faure Gnassingbé posait pourtant un diagnostic sans ambiguïté : « Le terrorisme prend sa source là où les liens sociaux sont distendus par la pauvreté et l’absence de perspectives. »
Malgré cette lucidité affichée, le gouvernement a ignoré l’essentiel : la création d’emplois, qui constitue la principale faiblesse du PURS. Dans la région des Savanes, la pauvreté et le chômage ne sont pas seulement des problèmes sociaux ; ils peuvent se muer en facteurs directs d’insécurité.
Aucun programme structurant d’insertion professionnelle, aucune politique ambitieuse pour absorber la main-d’œuvre juvénile, aucun accompagnement sérieux des secteurs porteurs. Pire encore, certaines activités économiques vitales — comme la vente informelle de carburant ou le commerce transfrontalier des céréales — ont été étouffées au nom de la sécurité.
La jeunesse n’a pas seulement été oubliée : elle a été asphyxiée.
Dans une région où l’agriculture demeure le principal moyen de subsistance, l’absence d’accompagnement du maraîchage et des filières agricoles est incompréhensible. Les paysans restent à la merci du climat, des intrants coûteux et d’un marché défavorable.
- Les chiffres sont éloquents :
- 110 FCFA le kilo de maïs,
- 175 FCFA pour le soja,
- 100 FCFA pour le riz,
- 400 FCFA pour le sésame.
Globalement, ces produits agricoles ont perdu près de la moitié de leur valeur depuis la décision du gouverneur de la région des Savanes, Affoh Atcha Dedji, d’interdire l’exportation des céréales de grande consommation.
C’est dans ce contexte de précarité généralisée qu’il déclarait, le 7 janvier dernier, à l’occasion de la cérémonie de présentation des vœux : « L’avenir, c’est ici, chez nous. »
Des propos qui sonnent comme une provocation pour une jeunesse confrontée au chômage, à la précarité et à l’absence de perspectives. De quel avenir parle-t-on lorsque les conditions minimales pour vivre et travailler dignement ne sont pas réunies ?
Pendant ce temps, des pays voisins mobilisent des centaines de milliards de francs CFA pour développer des filières porteuses — riz, maïs, blé, pomme de terre — à travers l’aménagement de bassins agricoles, la construction et la réhabilitation de retenues d’eau.
Pendant que les jeunes des Savanes meurent ensevelis dans des puits de fortune, dans les jardins maraîchers ou loin de chez eux sous les décombres des mines d’orpaillage, le président du Conseil, Faure Gnassingbé, reconnaît que « l’on ne protège pas un pays seulement avec les armes ; on le protège en donnant à chacun une vie digne, en donnant une place à sa jeunesse ».
Mais au-delà de ce discours, la réalité s’impose sans ambiguïté : une grande partie de la jeunesse togolaise, et celle des Savanes en particulier, gagne sa vie dans la poussière, la boue et l’insécurité, au prix de sa santé et parfois de sa dignité.
Face à l’absence de perspectives et d’opportunités locales, les jeunes ont fait un choix contraint : partir. Vers les plantations, vers les mines, loin des discours officiels et des promesses non tenues.
La ruée massive vers l’orpaillage et la déperdition scolaire qui l’accompagne constituent un indicateur implacable de l’échec des politiques publiques dans la région des Savanes.
Faure Gnassingbé et son gouvernement instaurent le chaos dans les filières soja, cajou et karité
La gestion catastrophique et sans perspective sérieuse du Togo par Faure Gnassingbé et ses gouvernements successifs anéantit progressivement tous les domaines essentiels de l’économie du pays, y compris les filières agricoles notamment celles du soja, du cajou et du Karité. Pour ajouter au chaos structurel et institutionnel gangrénant déjà ces filières, la loi de finance 2026 vient d’instaurer une taxe à l’exportation sur ces trois filières stratégiques. A quelles fins ? Les acteurs s’inquiètent.
Lorsqu’on porte un regard analytique sur les filières agricoles du Togo, spécifiquement les filières du soja, du cajou et du karité, on se rend compte qu’en réalité ces dernières sont victimes d’un sabotage structurel et institutionnel savamment orchestré par les autorités togolaises. C’est un secret de polichinelle qu’au Togo quand le gouvernement s’intéresse à des filières autonomes, cela est rarement dans les intérêts des acteurs dudit domaine.
Les interprofessions sont en réalité des structures qui réunissent l’ensemble des maillons d’une filière notamment producteurs, collecteurs, transformateurs, exportateurs et constituent l’organe central d’organisation, de régulation et de dialogue de la filière, en lien direct avec l’État à travers le ministère de tutelle.
Dans un État normalement organisé, ce sont des interprofessions fortes, représentatives et opérationnelles qui structurent les filières, orientent les décisions publiques et accompagnent les réformes.
Cependant au Togo, les interprofessions de ces filières agricoles ne sont dotées d’aucune disposition normative spécifique et efficace. Elles sont encadrées au même titre que de simples associations par la fameuse loi de « 1901 ». Au surplus, ce sont des arrêtés ministériels ou interministériels pris au gré de l’autorité gouvernementale qui régissent ces filières. Cela constitue un scandale pour ces secteurs stratégiques de l’économie nationale laissés sans cadre juridique solide, sans vision à long terme.
Comme relevé précédemment, cette défaillance est voulue et entretenue pour servir des intérêts personnels. Cette situation permet à Faure Gnassingbé et son cercle de créer et multiplier des interprofessions fantoches. Par exemple, 17 interprofessions ont été mises en place en une seule journée à Kara, sans processus inclusif, sans maturation, ni structuration réelle des acteurs.
Ainsi pour de nombreuses filières, ce sont les mêmes personnes qui demeurent aux commandes des interprofessions durant plusieurs années. Cela de connivence avec la minorité au pouvoir dont elles servent les intérêts. Il n’y a véritablement pas de démocratie, ni de texte pour une gestion sérieuse des interprofessions.
Selon les acteurs de ces filières, le schéma d’organisation mis en place par le gouvernement togolais est simple et identique : D’abord, un arrêté définit le fonctionnement de l’interprofession. Ensuite, un autre arrêté institue un comité de coordination. Enfin, un troisième arrêté met en place le captage, c’est-à-dire le prélèvement obligatoire sur la filière.
C’est d’ailleurs ce dernier flanc, le captage, qui intéresse le pouvoir togolais lequel s’est arrangé pour convoyer tous les fonds collectés vers le trésor public et priver les interprofessions (les véritables acteurs) de toute ressource financière.
Dans ce schéma à la limite prévaricateur, une interprofession ne peut accéder à sa propre quote-part qu’après soumission d’un Plan de Travail et Budget Annuel (PTBA), lequel doit être validé par le comité de coordination. Autrement dit, l’interprofession est financièrement dépendante d’un organe administratif qu’elle ne maîtrise pas.
Pire, ce comité de coordination constitué des ministres en charge de l’Agriculture et du Commerce, ainsi que deux ou trois personnels administratifs issus de ces deux ministères, se taille une part léonine sur les fonds générés par les filières au titre de son fonctionnement.
En résumé, les filières agricoles travaillent. Des ministres et agents publics déjà rémunérés par des salaires mensuels, s’en mettent plein les poches !
Sur ce qui est devenu « une vache à lait » pour des ministres et leurs protégés, l’octroi d’agréments et d’autorisations à des opérateurs étrangers en contrepartie d’enveloppes garnies est désormais une pratique courante avec à la clé des trafics d’influences.
Voilà comment, depuis des années, Faure et son gouvernement gèrent les filières agricoles.
Comme si ce chaos ne suffisait pas, on retrouve dans la loi de finance 2026, des dispositions laconiques qui instituent une taxe identique à l’exportation du soja, du cajou et du karité (voir articles 21, 22 et 23 de ladite loi).

Quand bien même, l’instauration d’une taxe à l’exportation de ces denrées peut apparaître comme une mesure incitative à une transformation locale (par conséquent à la création d’emplois locaux), les acteurs de ces filières ne sont pas rassurés des réelles intentions du gouvernement togolais.
Pour cause, ils n’ont pas été associés à des discussions préalables pour l’étude et la mise en place d’une telle taxe. Au-delà de ce chemin cavalier mené par les autorités togolaises, les acteurs des filières précisent que la production du soja, du cajou et du karité ne relève pas d’un processus identique.
Alors que le soja est une filière agricole annuelle à part entière, le cajou par contre est une filière agricole pérenne, fondée sur des vergers, des investissements de long terme et une production qui engage les producteurs sur plusieurs décennies.
Quant au karité, il ne s’agit pas d’une filière agricole mais d’une filière de cueillette forestière, basée sur l’exploitation d’arbres sauvages, sans plantation, sans cycle cultural et sans production agricole organisée.
Appliquer une politique fiscale identique à ces trois filières est totalement absurde, contreproductive ! Cela démontre une méconnaissance grave !
Cette gestion approximative du pays, caractéristique du régime de Faure Gnassingbé, qui déploie ses tentacules dans ces trois filières fait des victimes et la situation s’empirera si rien n’est fait. Il faudra faire les bons choix et laisser de côté les intérêts individuels.
Ces intérêts individuels ont déjà fortement sinistré la filière soja. La rédaction reviendra ultérieurement sur ces dégâts et les intérêts qui ont dicté les mesures catastrophiques prises depuis des années. La filière cajou n’est pas épargnée.
Quant à la filière karité, il est incongru de s’obstiner à l’associer aux précédentes quand on sait qu’il s’agit d’une cueillette forestière. C’est une politique de protection de ces arbres qu’il faut mener. Cela revient à cette mission au du ministère de l’environnement.
François Bangane & Kossi Lamba
Source: lalternative.info























