La deuxième journée de la grève des étudiants de l’Université de Lomé a dégénéré, avec la dispersion des étudiants par la Police et la Gendarmerie qui ont tiré des grenades lacrymogènes jusque dans les amphis. Les échauffourées ont occasionné plusieurs blessés ainsi que des arrestations. Un véhicule de la Police a été incendié.

Mercredi, les étudiants de l’Université de Lomé, à l’appel du Mouvement pour l’émancipation de l’étudiant togolais (Meet) ont organisé une assemblée générale d’information et de restitution. Et d’après les étudiants, le gouvernement ainsi que les autorités universitaires font fi de leurs revendications. Ils ont alors décidé, du fait du silence des autorités, de durcir le ton en lançant une grève de 48 heures qui devrait couvrir les journées de mercredi et de jeudi.
Contrairement à la première journée où les étudiants grévistes ont parcouru tout le campus pour appeler leurs camarades à la solidarité, ce deuxième jour aurait commencé de manière pacifique. « Nous sommes venus ce matin, mais contrairement à la première journée, nous n’avions pas cherché à faire participer les autres collègues au mouvement. Ceux qui veulent faire la grève pouvaient nous rejoindre sans contrainte. Nous étions au niveau de l’amphi 600 quand les forces de l’ordre et de sécurité sont arrivées pour nous disperser. Elles ont alors tiré des grenades lacrymogènes et nous ont poursuivis, et c’est dans cette course poursuite que tout a dégénéré », raconte un étudiant.
Aux tirs de grenades lacrymogènes, les étudiants ont répondu par des jets de pierres. Ces échauffourées ont duré quelques minutes au bout desquelles « les étudiants se sont montrés plus habiles que les policiers et gendarmes ». Les versions de la suite des événements divergent ; mais d’après plusieurs sources, les policiers se sont fait prendre à leur propre piège en vidant leurs munitions en peu de temps. « Les policiers ont poursuivi les étudiants jusqu’à la DAAS (Direction des affaires académiques et de la scolarité). Mais à ce niveau, nous avons remarqué qu’ils n’avaient plus de grenades lacrymogènes dans leurs caisses et ils ont commencé à se retirer. A la vue des étudiants, ceux qui étaient dans la voiture ont détalé comme des lapins, laissant leur collègue chauffeur seul dans le véhicule », explique un témoin. Selon certaines sources, un pneu du véhicule de la Police aurait crevé lors des manœuvres. Ce qui aurait empêché les agents de se retirer. « On a entendu un pneu exploser et comme les autres policiers ont fui, les étudiants sont arrivés et ont extirpé le policier-chauffeur du véhicule. Il s’en est sorti avec une blessure à la tête avant d’être relâché », poursuit notre interlocuteur.
C’est après cela que les étudiants auraient saisi la moto d’un passant pour en sortir l’essence qui servira à enflammer le véhicule. Comme c’est souvent le cas, les sapeurs-pompiers alertés ne sont arrivés qu’après que le feu ait complètement consumé le véhicule dont la carcasse est devenue un objet d’attraction pour les curieux que la Police dispersait à coup de grenades lacrymogènes.
On dénombre plusieurs arrestations dans les rangs des étudiants à l’issue de cette journée d’affrontements. Plusieurs blessés dont une fille tombée en syncope après avoir inhalé du gaz lacrymogène sont aussi signalés. Le calme est revenu sur le campus vers 16 heures avec une forte présence policière.
Faut-il le rappeler, les conditions d’études deviennent de plus en plus difficiles dans les universités publiques du pays. Plusieurs doléances ont été présentées au gouvernement et aux autorités universitaires, mais sont restées sans réponses. Les étudiants réclament l’électrification des salles de cours, les bus pour le transport, la reprogrammation des Unités d’enseignement fondamentales, les allocations, etc.
Reçu à la mi-journée sur la radio Kanal Fm, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Octave Nicoué Broohm a estimé que les revendications du Meet sont des prétextes. Des propos vivement condamnés par les étudiants.
Source : [22/01/2016] G.A, Liberté, vidéo : Togovisions























