L’Afrique de l’Ouest est débarrassée de la fièvre hémorragique Ebola. Il n’existe plus aucun cas d’Ebola dans cette région de l’Afrique pour la première fois depuis le début de l’épidémie en 2013, a annoncé l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Le dernier patient à avoir contracté le virus Ebola en Guinée a été traité avec succès par Médecins sans frontières.  Photo :  Cellou Binani
Le dernier patient à avoir contracté le virus Ebola en Guinée a été traité avec succès par Médecins sans frontières. Photo : Cellou Binani

« Toutes les chaînes connues de transmission ont été arrêtées en Afrique de l’Ouest », a déclaré l’OMS dans un communiqué, tout en invitant les autorités à demeurer vigilantes.

Dernier pays touché, le Liberia n’a pas connu de cas depuis 42 jours – soit deux fois la période d’incubation du virus – date à laquelle le test du dernier patient est revenu négatif. La Guinée a été déclarée libérée du virus le 29 décembre dernier. De son côté, la Sierra Leone en est débarrassée depuis le 7 novembre dernier.

L’OMS prévient toutefois qu’il est trop tôt pour crier victoire puisque des résurgences du virus sont probables. « Le travail n’est pas terminé » et d’autres « flambées sont attendues », a prévenu l’OMS en rappelant que le Liberia avait connu deux résurgences après avoir été déclaré débarrassé du virus. « Nous devons rester mobilisés », a dit le directeur de l’OMS responsable d’Ebola, Peter Graaff, en conférence de presse.

« Nous sommes maintenant dans une phase critique de l’épidémie d’Ebola, car nous passons de la gestion des cas et des patients à la gestion du risque résiduel de nouvelles infections », a déclaré le représentant spécial de l’OMS chargé de la réponse à Ebola, Bruce Aylward. « Nous anticipons toujours de nouvelles poussées et devons nous y préparer. »

L’épidémie a vu le jour dans les forêts de l’est de la Guinée en décembre 2013 avant de s’étendre à la Sierra Leone et au Liberia. Le virus – qui s’est répandu dans sept autres pays, dont le Nigeria, les États-Unis et l’Espagne – a atteint un sommet en octobre 2014. La plupart des victimes ont toutefois été recensées dans les trois premiers pays d’Afrique de l’Ouest. Cette épidémie d’Ebola, qui a tué 11 300 des 28 600 personnes touchées par le virus, est la pire enregistrée depuis la découverte du virus il y a 40 ans.

Retour à la vie des orphelins

Au moment où l’Afrique est libérée du virus, les survivants tentent de reprendre une vie la plus normale possible. Ebola a fait plus de 22 000 orphelins – de père ou de mère – comme Sâ Mathias Lénoh, un adolescent de Conakry, qui affirme « retrouver le sourire petit à petit » après avoir perdu ses deux parents dans l’épidémie.

« Les enfants ont vraiment souffert tout au début », affirme un responsable de l’ONG Plan International en Guinée, Yaya Diallo. « Parce que quand on se rend compte qu’il y a l’épidémie dans une famille, automatiquement ces enfants-là sont stigmatisés. Les voisins, les enfants des voisins qui avaient l’habitude de jouer avec eux, d’aller à l’école avec eux, sont empêchés par leurs parents »,

« Et les parents aussi, ne voulant pas supporter ça, enfermaient presque les enfants à la maison, d’autres ont fait même carrément déplacer les enfants pour les emmener dans des communautés loin des leurs« , poursuit-il.

Au plus fort de l’épidémie, le virus a eu raison des traditionnelles solidarités familiales en Afrique de l’Ouest, selon le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF). Une solidarité que même le sida n’avait pas réussi à ébranler.

Mais depuis, « la grande majorité des enfants, dont les parents ou la personne qui s’occupait d’eux ont péri d’Ebola, ont été accueillis par la famille proche ou étendue ou des membres de la communauté », s’est félicitée l’UNICEF. « Il est vital de continuer à les soutenir au-delà de la phase d’urgence par des dons d’argent, du soutien scolaire, des vêtements et de la nourriture pendant cette transition. »

« N’eût été notre frère aîné, je me demande comment j’aurais continué mes études », affirme Sâa Mathias Lénoh, « Heureusement, dans mon école, personne ne sait que je suis un guéri d’Ebola. Sauf mon directeur, avec qui j’ai discuté. Il m’encourage souvent et me réconforte. »

« J’ai été contraint d’arrêter mes études universitaires pour travailler », explique son frère aîné, Emmanuel Lénoh. « Je suis traumatisé parce que j’ai perdu mes parents en une semaine » en octobre 2014, poursuit-il, en précisant que sa mère, commerçante, a contracté le virus lors d’un de ses fréquents voyages en Sierra Leone voisine. Elle a ensuite contaminé le reste de la famille. « Aujourd’hui, je ne peux plus terminer mes études. Sans moi, le reste de ma famille ne peut pas continuer les études », ajoute-t-il.

Le Dr Jean Pé Kolié de l’Université publique de Conakry déplore l’absence de programme qui permettrait une réinsertion des orphelins d’Ebola. « Il n’y a pas de soutien de l’État, ni de financement visant à créer un projet pour s’occuper de l’insertion des enfants », déplore-t-il.

Source : [13/01/2016] IRC + Reuters + AP