Nous vous disions dans l’une de nos parutions que la traversée du désert est loin d’avoir fini pour Pascal A. Bodjona. Et oui, le groupe Sud Médias encaisse un coup fatal du pugilat qui a commencé entre Bodjona Pascal et son ancien bienfaiteur Faure Gnassingbé.

Infog : 27avril.com

Le propriétaire du groupe Sud Médias, une entreprise de presse des plus en vue de la place grâce à un programme alléchant, a encore des soucis à se faire. Nous ne le dirons jamais assez, le sort que l’on réserve présentement à ce groupe dont Bodjona est le promoteur, porte à croire que les raisons de la cabale sont à chercher derrière des intentions politiques qu’on lui attribue. Depuis sa libération, l’ancien ambassadeur s’est caché dernière un mur de silence. Mais cela ne semble pas assez pour calmer ses pourfendeurs. Le Groupe SUD MEDIA, c’est sa création. Présentement la HAAC n’a pas manqué d’arguments pour retirer, contre les textes de loi, les fréquences à la télévision et à la radio de ce groupe. Au RPT-UNIR, quand vous tombez, on vous retire tout. A un monsieur que le régime en place prête des intentions politiques, même si on doit laisser quelque chose pour se mettre sous la dent, ce n’est pas un groupe de presse aussi ambitieux comme SUD MEDIAS. La politique au Togo, c’est comme le cœur, elle a ses raisons que la raison ne comprend pas. Aucune raison, aucun bon sens, aucune logique, n’ont pu résister à la volonté de la HAAC d’envoyer LCF, La Chaîne du Future, et CITY FM à l’abattoir, son lot d’employés avec, un bonus pour le Chômage.

Ce groupe de presse gagnait en 2007, sans l’ombre d’un doute, un appel d’offre d’attribution de fréquence radio et télé lancé par l’ART&P, Pascal BODJONA était alors aux affaires. En effet, pour ouvrir une radio ou une télévision, la HAAC sollicite l’ART&P après avoir reçu dépôt de demande du promoteur en deux exemplaires originaux. Elle envoie un exemplaire du dossier à l’ART&P. Celle-ci fait l’étude technique pour voir si la fréquence dans la zone d’occupation est disponible. Quand c’est autorisé par l’ART&P, celle-ci le signifie à la HAAC qui en informe le bénéficiaire pour toute fin utile. Alors le promoteur va payer à l’ART&P pour ensuite ramener une photocopie du reçu à la HAAC. C’est dans cette perspective que M. Bodjona est passé, en personne, à la HAAC avec de l’argent pour payer ce qu’il doit verser pour attribution de fréquence. Ceci après avis favorable de l’ART&P.

Il trouve le président d’alors Philippe EVEGNON, et demande à verser pour ses fréquences. Le président de la HAAC lui signifie que les sous ne se versement pas à la HAAC, mais à l’ART&P. Bodjona, le tout puissant qui faisait courir tout le monde à l’époque, sollicite EVEGNON. Il le sollicite cette fois-ci en tant qu’un petit frère, pour lui faire ce versement à la trésorerie de l’ ART&P. C’est donc le président de la HAAC, lui-même, qui s’est transporté à la trésorerie de l’ART&P pour le versement des sous afin que SUD MEDIAS commence l’utilisation des fréquences à lui octroyées. Donc Bodjona est arrivé à la HAAC après que celle-ci lui ait signifié le contenu de la lettre dont l’extrait suivra. Le 07 juin 2007, la lettre N° 627 de l’ART&P a été envoyée à la HAAC. Elle stipule : « Je vous transmets par la présente, les fiches d’attribution des canaux et fréquences des deux télévisions (numériques et analogiques) de SUD télévision et de la Radio « radio SUD médias » conformément à votre courrier N° 0070/HAAC/07/P du 11 mai 2007. Les factures de redevance d’autorisation et d’utilisation des fréquences pour la télévision « SUD TELEVISION » et la « RADIO SUD » sont disponibles à l’ART&P et devraient être réglées avant toute utilisation des canaux et fréquences ». C’est ce que Bodj a fait. Si aujourd’hui, il s’avère que le dossier de ce groupe de presse a miraculeusement disparu des archives de la HAAC, si archives il y a, le même dossier, intégralement, peut être retrouvé à l’ART&P. Encore, il faut dire que la HAAC dispose d’un chargé des archives, quel rôle joue ce département de la HAAC pour qu’on parle toujours de dossiers introuvables ?

Ces épisodes nous rappellent en réalité d’autres. Nous aurions tout vu. C’est un membre de la HAAC, proche de feu Eyadema, qui était allé voir ce dernier pour suggérer la nécessité de créer une deuxième chaîne nationale, mais qui sera installée au nord, en renfort à la TVT. Eyadema a apprécié la proposition et a demandé à un de ses proches, dont nous gardons le nom, de le lui rappeler pour mesure à prendre. Après la proposition a pris corps et cette télévision est née mais elle n’est pas une chaîne publique, elle est actuellement une chaîne privée pour des individus. Le jeune qui a constitué le dossier de cette télé est encore vivant, même s’il sera viré après avoir fini le travail.

Nous connaissons aussi un cadre de ce pays qui a voulu créer une chaîne de télé. Quand il est arrivé à la HAAC, la fréquence est déjà réservée à un autre postulant, actuellement directeur d’une radio de la place. Tout puissant, il a fait faire disparaître le dossier du pauvre garçon et la fréquence télé lui est revenue. Cette autre télévision fonctionne jusqu’ici et le dossier de l’ancien postulant est resté introuvable malgré qu’il ait remué terre et ciel. Décidément, la disparition des dossiers à la HAAC reste une sale vieille habitude. Mais cela semble normal et on ferme les yeux.

Pour la paternité de LCF à Bodj, Monsieur Latévi Lawson, l’un des premiers directeurs de cette chaîne, en sait quelque chose et il est vivant. Il a démissionné de LCF parce que Bodjona, de sa maison, envoyait des équipes en reportage et celle-ci ramenaient des bandes à passer devant Lawson. Ce que celui-ci n’a pas supporté longtemps. Toutes ses tentatives pour attirer l’attention du promoteur ayant été vaines, il est parti. Il n’y a pas de polémique possible, la chaîne est pour Bodjona. Jusqu’à ce que l’ART&P se plaigne que Bodjona a fait du faux et usage du faux en fabriquant des documents administratifs, les pièces de naissance de la radio-télé aussi prouvent qu’elle est régulièrement installée à la lumière de la loi. Si les gens ont d’autres comptes à se régler, c’est leurs affaires.

Nous savons bien que, tout puissant, Bodjona à son temps, a dû piétiner certains. On vous dira qu’il est arrivé au ministre gros format de sortir des gens, dont nous ignorons les noms, de l’avion alors qu’ils y étaient déjà installés pour des missions. Beaucoup de choses dont nous ne voulons pas parler se sont produites. Mais de grâce, s’il y a des accointances entre ces situations et ce qui a cour à la HAAC, que l’on cesse d’utiliser l’image d’une institution de la République.

La loi n’autorise pas la HAAC de fermer un médias. La HAAC s’adresse à l’ART&P qui fait les formalités à la justice avec ses motivations. Pendant ce temps, la victime est en droit d’aller devant le juge administratif de la cour suprême pour se plaindre. C’est le juge des référés qui signifie une fermeture après toutes les démarches régulières et que la latitude ait été donnée à la victime d’épuiser ses cartouches. La loi organique interdit à la HAAC de tels comportements de façon arbitraire. Pour la télé, les fréquences sont données pour 10 ans renouvelables, les radios en ont pour 5 ans renouvelables, la presse écrite obtient son autorisation pour toujours. Si pour des raisons établies, il faut fermer un médias, quel qu’il soit, c’est toujours le tribunal qui a le dernier mot, c’est la réalité au Togo. Au Burkina, par exemple, leur HAAC donne et retire les fréquences. Feu Kokou Tozoum n’a pas pris une décision de la HAAC, moins encore d’un simple président, pour fermer Légende FM. C’est l’ART&P qu’il a saisi et qui, à son tour, a saisi la justice pour les démarches régulières. Si entre-temps la loi a changé, en tant que journalistes, nous devons en avoir la primeur. Mais à notre connaissance depuis la naissance de la HAAC il y a plus de 20 ans, c’est ce qui s’applique comme disposition. Nous ne défendons pas Bodjona mais la procédure a tout vicié et cela signifie que, si les gens doivent faire les choses à l’aune de la loi, ils savent que leurs arguments ne tiennent pas la route. D’où le forcing malgré la levée de boucliers unanime des acteurs de la presse et autres associations de défense des libertés. Pour la création de la presse écrite, le dossier se constitue en 4 exemplaires originaux qui sont déposés à la HAAC. L’institution envoie un exemplaire au Procureur de la République, un au ministère de la communication, un au ministère de l’administration territoriale et un reste à la HAAC. Pour les radios et télé, c’est deux originaux, un pour la HAAC et un pour l’ART&P.

Il faut relever que, l’ART&P ne consulte personne pour donner une fréquence contrairement à la HAAC qui sollicite l’ART&P pour donner fréquence à X ou Y. Mais malgré sa toute-puissance vis à vis de l’octroi ou du retrait des fréquences, pour retirer l’ART&P consulte la justice à la lumière des textes. Au cas où il urge même de fermer un médias, l’ART&P n’a jamais fermé sans passer par la justice. Toute décision d’aussi grande importance relève du juge. Du coup, à la lumière de la loi, la décision de monsieur Pitang est nulle et de nul effet. Au temps d’Eyadema, quand pour des raisons politiques on veut couper l’herbe sous les pieds d’un individu, on le fait avec manière. Si cette gestion au goût d’un président passe, c’est dire qu’à tout moment, il peut fermer, n’importe quel médias quand bon lui semble. Ainsi s’installe une jurisprudence qui écorne l’image et le sérieux d’un pays et de ses institutions.

Quand pour une raison ou une autre un promoteur veut vendre sa radio, il ne la vend pas avec la fréquence, il retourne la fréquence à l’ART&P qui en fait ce qu’elle veut. Pour la presse écrite, sous régime de déclaration d’ailleurs, la HAAC ne consulte personne pour donner un récépissé. Pour les radios et télévision elle consulte. Les dossiers sont forcément gardés, aussi bien à la HAAC qu’à l’ART&P. Nous vous publions la dernière fois un document qui stipulait que: « l’ART&P certifie avoir reçu la somme du Groupe Sud Médias, suite à l’appel d’offres pour assignation de deux canaux de télévision à Lomé. En conséquence, elle lui délivre le présent récépissé pour servir et valoir ce que de droit ». Cet arbitraire a suscité d’ailleurs la réaction de Zeus Aziadouvo, un des 9 membres de la HAAC qui s’est fait entendre. Lire l’intégralité de sa démarche vers la Cour Suprême et la saisie du DG du groupe Sud Médias à la même Cour.

Source : Abi-Alfa, Le Rendez-Vous du 09 février 2017