Mauvais accueil, indifférence, rançonnement et surfacturation des prestations, tels sont quelques phénomènes qui gangrènent les services publics au Togo.

Souvent, les agents de la fonction publique profitent de « l’ignorance » des usagers pour les dépouiller, dès que l’occasion se présente, en rajoutant de faux frais à leurs prestations. C’est notamment le cas des services où sont établis les actes d’état civil et où s’effectuent également la légalisation de certains documents. De Lomé à Cinkassé et d’Aflao à Sanvee Condji, aucune localité n’y échappe.
« Je suis allé à l’état civil de notre quartier pour me faire délivrer le duplicata de l’acte de naissance de mon neveu. L’agent qui était de service m’a dit que la délivrance de ce document va me coûter 2500 francs CFA et que je devrais revenir 24 heures plus tard pour le récupérer. Le lendemain, je suis retourné et j’ai pu prendre le duplicata de l’acte de naissance. Je n’avais pas vraiment vérifié les timbres qui avaient été collés sur le document, et ce n’est que quelques jours après que je me suis rendu compte que j’avais été volé. L’agent d’état civil m’a rançonné. Il m’a arnaqué en ajoutant 500 francs CFA à la redevance de la délivrance du duplicata parce que sur le document, il y avait quatre timbres de 500 francs qui équivalent à deux mille (2000) francs CFA. Je n’ai pas compris la destination du reliquat ». Tel est le témoignage d’un usager qui a été arnaqué par un agent d’état civil non loin de l’ancien siège de la Loterie nationale togolaise (Lonato).
De tels témoignages d’hommes et de femmes qui ont été victimes de ce genre d’arnaque sont de plus en plus récurrents. Les agents profitent souvent de la naïveté et surtout de la méconnaissance des conditions de délivrance des documents pour se remplir les poches. Même la délivrance des actes de naissance qui n’est plus conditionnée par le versement d’une quelconque somme d’argent, n’échappe pas à cette règle qui voudrait que l’agent d’état civil perçoive quelque chose pour service rendu. « Il y a environ deux mois, je suis allée dans un bureau d’état civil pour faire une déclaration de naissance et me faire délivrer un acte. La dame qui était là m’a donné une fiche que j’ai remplie. Après, elle m’a dit que je devais payer 500 francs CFA et que je devrais revenir trois jours plus tard pour le retrait de l’acte. J’ai payé le montant demandé et je suis partie. Trois jours après, je suis revenue pour le retrait. Je ne savais pas que la délivrance de cet acte était gratuite. Je suppose que ce que j’ai donné à l’agent va directement dans sa poche, mais ce n’est pas un comportement à encourager », relate une jeune dame. La scène a eu lieu dans un quartier de Lomé.
Un autre témoignage vient corroborer les précédentes déclarations. Cette fois-ci, nous ne sommes plus à Lomé, mais dans la préfecture des Lacs, et plus précisément à Aného où l’état civil est logé dans la même enceinte que le bureau de la préfecture. Selon notre interlocuteur, c’est dans le cadre du renouvellement de son passeport qu’il a été renvoyé par la Direction de la documentation nationale dans sa préfecture d’origine afin de se faire délivrer le duplicata de la fiche souche de son acte de naissance. « Je me suis rendu à Aného pour me faire délivrer la fiche souche de mon acte de naissance. Je suis arrivé et j’ai expliqué le problème à l’agent. Ce dernier m’a tout de suite fait savoir que la délivrance de la souche va me coûter quatre mille (4000) francs CFA en plus des frais de la photocopie et du transport vers le lieu où s’effectue ce service. Je lui ai remis cinq mille (5000) francs CFA et il devrait me rendre la différence après », témoigne-t-il.
Mais après avoir délivré le document demandé, l’agent d’état civil signifie à notre interlocuteur qu’il n’a pas pu se procurer des pièces pour lui rendre son reliquat et demandait que cela lui soit donné en guise de générosité. « Il m’a dit qu’il n’a pas trouvé de monnaie et que je pouvais lui laisser le reste comme son pourboire. Il a tellement insisté que je n’ai pas pu lui dire non. Comme je devrais revenir à Lomé et poursuivre mes démarches auprès du service des passeports, j’ai juste vérifié si mes documents sont au complet. Après, je suis parti. Ce n’est que plus tard que j’ai remarqué que sur le document qui m’a été remis, la somme des timbres ne faisait que deux mille (2000) francs CFA. Je me suis longuement demandé ce que représentent les deux mille (2000) francs excédentaires, puisqu’aucun autre frais n’a été indiqué. C’est en réalité de l’arnaque », s’indigne-t-il.
De tels actes d’escroquerie sont quotidiennement subis par les citoyens dans toutes les localités du pays. La principale raison pour laquelle ils se font prendre aussi facilement à ce piège est que dans les services, aucune grille des tarifs n’est affichée pour les différents documents qui y sont délivrés. Ainsi, ceux qui demandent des services ne savent pas réellement ce qu’ils doivent débourser. Aussi, les citoyens sont-ils peut-être intimidés par le fait que le service demandé pourrait leur être refusé si d’aventure ils se montraient un peu plus regardants. La plupart ne réagissent pas face à cette forme d’incivisme.
L’autre fait est que les agents d’état civil, en particulier, et ceux de la fonction publique en général, conçoivent leur emploi comme des postes où le pouvoir leur est donné pour dicter leur désir. La présente campagne de sensibilisation des agents publics entamée par la Synergie des travailleurs du Togo (STT) est une bonne nouvelle et devrait emmener les fonctionnaires à agir dans le respect de leur engagement.
Source : [22/03/2016] G.A., Liberté























