A 35 km à l’Est de la ville de Lomé, Agbodrafo est située dans la préfecture des Lacs, en bordure de mer. Anciennement Porto-Seguro(cité portugaise)  pour avoir été un port d’où on embarquait les esclaves, cité balnéaire réputée pour ses sites touristiques, dont la maison des esclaves risque de perdre une partie de ses vestiges historiques, si une solution n’est trouvée à l’avancée de la mer. Une situation qui inquiète les habitants de cette localité qui ont peur de voir disparaitre de façon imminente la partie sud de leur agglomération.

Érosion côtière à Agbodrafo, Sud-Est du Togo | Photo : Le Canard Indépendant
Érosion côtière à Agbodrafo, Sud-Est du Togo | Photo : Le Canard Indépendant

Depuis la nationale 2 qui traverse la localité, on entend le son des vagues, et le vent qui souffle. Du côté opposé, on perçoit le lac qui sépare Agbodrafo de Togoville, une autre contrée chargée en histoire sur le Togo.  Mais désormais dans l’ancienne cité de Porto-Séguro, c’est la peur du lendemain que les habitants ont en partage.

Depuis un moment, les vagues atteignent facilement certaines maisons. Après la disparition de trois voies goudronnées et un cimetière englouti sous l’eau avec les restes des vieux parents qui ont construit la ville, les populations se posent des questions sur la suite. Du coup, nul ne cherche plus à investir dans l’entretien des habitats. Les maisons et leurs toits en ruine, c’est ce qui caractérise le plus désormais la ville d’Agbodrafo.

Même la demeure du Christ y est menacée. D’ici peu, l’église catholique Saint-Joseph d’Agbodrafo n’existera plus si rien n’est fait. « Le phénomène a commencé depuis, mais nous ne l’avons pas remarqué plus tôt. C’est en 2012, après la création du nouveau quai (construit au Port Autonome de Lomé) que nous avons réellement senti l’érosion côtière. Avant, la mer avançait sans qu’on ne le sache. Mais maintenant, l’avancée est plus rapide, d’environ dix (10) mètres par an. Plusieurs maisons ont déjà été emportées», confie tout alarmiste Assafo Atsé Kuetévi Ekovi, président du collège de régence du canton d’Agbodrafo.

Et d’ajouter, «  la population est impuissante devant ce drame qui se produit, nous n’avons aucune force, et nous sommes regroupés en association pour alerter le gouvernement. Il nous a été retoqué que le phénomène ne concerne pas que le Togo. Le gouvernement a par ailleurs promis de nous aider à ralentir l’avancée de la mer et à nous construire une route de deux(2) voies. Mais ce qui nous préoccupe le plus, c’est l’allure à laquelle la mer avance », dit-il. En moins d’une dizaine d’années, des hectares de terre ont été engloutis, paralysant une bonne partie de l’activité agricole à Agbodrafo.

La maison des esclaves d’Agbodrafo (photo d’archives | Photo : Le Canard Indépendant
La maison des esclaves d’Agbodrafo (photo d’archives | Photo : Le Canard Indépendant

Les populations d’Agbodrafo s’adonnent en particulier au maraîchage et à la culture du maïs et du manioc, aliments de base dans la région méridionale du Togo.

L’exil comme solution

« On pourra nous construire de nouvelles routes mais si on n’arrête pas la mer, elle avalera aussi ces routes un jour. Nous n’arrivons plus à faire nos cultures comme avant les ravages de l’érosion. Le gouvernement nous a rassuré que les travaux devraient commencer dans le mois de Mai 2016 pour freiner l’avancée de la mer », conclut le régent.

En plus des activités de maraichages et agricoles, l’érosion côtière entrave la pêche qui constitue la principale activité génératrice de revenus des populations d’Agbodrafo et Gounou-Kopé. « Avec l’avancée de la mer, nous avons des difficultés à pêcher à cause du manque d’espace pour tirer les filets. Les poissons sont plus en profondeur et non à la surface. De plus, les cailloux des maisons détruites qui sont dans la mer et déchirent les filets », explique José Agbodjan. A cela s’ajoutent les problèmes que soulève la pollution engendrée par la Société nouvelle des phosphates du Togo (SNPT) à Kpémé depuis 1960. Le reversement de l’eau phosphatée dans la mer, éloigne les poissons de la côte.</p>

D’ailleurs face à l’ampleur du phénomène, certaines familles entre autres Broom, Koteka, Agbodjan…, n’ont eu d’autres choix que d’élire domicile ailleurs pour vivre en toute quiétude, quitte pour certains à recourir à  des habitations de fortune. Selon les informations recueillies sur place, les jeunes se déplacent massivement vers la capitale et le Ghana, à la recherche d’un emploi.

« La pêche, le maraichage, la grande cocoteraie, le tourisme, tout cela a disparu à Agbodrafo. La population est vieillissante, les jeunes sont partis en ville pour se trouver une issue », se désole Aduayom Nyinèvi, électricien à Lomé mais originaire de la localité, rencontré devant l’ancienne gare des Chemins de fer du Togo.

« Dans les année 70, on avait mis des digues entourées de barbelés, mais  cela n’a pas résisté à l’avancée de l’eau. D’après les études, le gouvernement avec l’aide de la banque mondiale, on fait neuf (9) épis depuis Aného jusqu’à Gounou-Kopé. Sur le terrain on voit que ces épis n’arrivent pas à arrêter la grande avancée de la mer », explique

La mer tout proche d’emporter cette salle de classe | Photo : Darile Kao, Le Canard Indépendant
La mer tout proche d’emporter cette salle de classe | Photo : Darile Kao, Le Canard Indépendant

Agnama Mawuena, Secrétaire Général du comité villageois de développement(CVD).

Et de poursuivre « le professeur Blivi Adoté, a fait comprendre qu’il faut plutôt faire des caisses qu’on remplirait de sacs de mer. Comme ce qui a été fait à Kéta au Ghana parce que c’est le désensablement qui cause aussi cette avancée de la mer. La deuxième phase des travaux par rapport aux neuf (9) épis qui devrait commencer au mois de mai, sera fait depuis Gounou-Kopé jusqu’à Lomé».

Pour sa part, Agbassa Nikoé, notable du village, rappelle le cas de Doévi-Kopé où les vagues sont montées jusqu’à 8 mètres de haut ainsi que celui d’Agbavi où le cimetière vient de disparaitre sous les eaux, pour exprimer ses inquiétudes. Tous semblent résignés à l’évocation de la situation, mais ont tous les regards tournés vers le gouvernement. COP 21 était aussi annoncé comme le sommet de soulagement des craintes, mais il est passé sans que les populations n’aient retenu l’essentiel des résolutions prises.

En rappel, le canton d’Agbodrafo compte 22 villages.

Source : [01/08/2016] Darile Kao, Le Canard Indépendant