
Le long règne des Gnassingbé, le père puis le fils, sur le Togo a trop détruit le pays. La plupart des principales villes ne sont que l’ombre d’elles-mêmes. Pour ce qui concerne les localités un peu reculées, elles vivent dans la nuit depuis 60 ans sous la dictature implacable. Nayega n’échappe pas à ce tristement célèbre tableau.
Au Togo, la découverte d’une mine dans une ville est une malédiction pour la localité. On peut prendre l’exemple des localités comme Hahotoé, Dagbati, Kpémé… où le phosphate est exploité depuis des décennies, mais dont les populations vivent une misère indescriptible. Une désolation dans ces localités.
Nayega abrite la mine de manganèse. On peut aussi y accéder directement depuis Mango, par une piste longeant la réserve de l’Oti. C’est un vieux couloir de transhumance et pâturage qui débouche sur les bassins de l’Oti.
La mine de Manganèse se loge entre les terres de Nayega en majorité et les limites de Namoundjouaré, Borgou et Naki-Est. On l’estime à plusieurs centaines d’hectares de terres saisies par l’Etat pour l’utilité. Plusieurs villages y sont engloutis dont les habitants sont essentiellement des agriculteurs, les éleveurs, des fabricants de charbon de bois et beurre de Karité. Ces derniers expriment déjà leur mécontentement.
La découverte d’une ressource minière ou minérale devrait être un atout pour cette population locale. Mais l’annonce de l’exploitation de cette mine à Nayega a plongé les populations dans le désarroi. Pour un village enclavé dont les seuls symboles de l’Etat sont essentiellement une école primaire, un pont de 6 m de long sur lequel traverse la route bitumée (Dapaong-Mandouri) en 2020 seulement, la douleur silencieuse de Nayega ne fait que commencer.
Nayega, localité abandonnée par le régime mais pillé par ses agents
Nayega est une localité très difficile d’accès, abandonnée par l’Etat aux mains des contrebandiers et des fonctionnaires voyous. La plupart des magistrats envoyés à Mandouri, les policiers, les gendarmes et les agents douanes extorquaient de l’argent aux populations. Nombreux sont les fonctionnaires venus de Lomé, Kara, Centrale qui ont séjourné dans lesdites localités, et qui sont repartis avec des parcs de bœufs, de petits ruminants et des volailles.
Depuis 1990, les gens de ces localités ont gardé des images négatives des représentants de l’Etat. Lesquels sont souvent considérés comme des escrocs et des arracheurs des femmes des pauvres paysans. Tous les magistrats qui ont séjourné à Mandouri, notamment des juges rendent des jugements iniques, au point que des gens leur ont donné des sobriquets tels « Magistrats 400mille, Juge 800 milles, juges Akpaama, juges moutons braisés, commissaires des Fesses, CB des petites filles, adjudant du carburant, ou policier mangeur. Sans compter les greffiers et les SG voleurs ».
En réalité, le mal est profond, et nombreux sont des gens issus de ces zones qui ont été violentés ou emprisonnés injustement, d’autres obligés de payer des rançons pour recouvrir la liberté. C’est dans ce climat que les préfets, les députés et maires qui ont dirigé ces localités en ont profité pour arracher des terres et forcer à l’exil les opposants politiques. L’opposition politique n’existe pratiquement pas dans ces contrées, y compris la société civile.
« C’est dans ce climat de peur de l’autorité publique ou de ces représentants que toutes les initiatives locales en faveur de réclamation d’eau ont été matées ou écrasées dans la violence et les emprisonnements jusqu’en 2005, puis les élections successives. C’est la raison pour laquelle, cette zone est devenue une zone acquise au pouvoir UNIR et les voix discordantes tuées au forçat par des militaires », confie une source, native de la localité.
Une pauvreté extrême
C’est récemment en 2021 qu’une route de 117 km reliant Dapaong à Mandouri, a traversé la localité. Nayega n’a ni eau, ni électricité, encore moins une école de bonne qualité. La première station d’essence pour désenclaver la zone date de 2021 également et est basée à Borgou.
« La plupart des fonctionnaires y compris des militaires se servaient du carburant frelaté. Les jeunes déscolarisés et les sans-emplois vendaient ces carburants venus du Benin, y compris les préfets et les autorités. C’est la raison pour laquelle le combat contre le carburant frelaté en période de crise sécuritaire a eu un impact social et économique majeur, entrainant la fuite des jeunes, souvent associés à la criminalité », ajoute notre source.
Aujourd’hui être de Kpendjal, Nayega, Tone ou Tandjouaré, c’est déjà un enjeu de survie face à la pauvreté, mais aussi des risques d’emprisonnement pour « terrorisme ».
« Par exemple, l’unique activité des jeunes était l’agriculture, la vente des céréales, les intrants agricoles, les boissons embouteillées, les tenues, les motos, les pièces des motos, les lampadaires, les torches, les radios, les boites de conservent. Toutes ces activités sont dans le collimateur des FDS qui accusent les jeunes d’exercer ces activités pour soutenir l’extrémisme. Nombreux sont détenus en prisons, privés de visites et des avocats », souligne notre source.
L’extrémisme violent est devenu un moyen de règlement de compte politique où des voix discordantes sont muselées. Aujourd’hui, à travers ces localités, vivre en tant que jeune, contester une décision politique ou sociale peut valoir d’être taxé de mèche avec les groupes armés. Alors que l’analphabétisme, les mariages précoces, les grossesses des mineurs continuent, sans aucun projet structurel d’emploi faveur des jeunes.
La plupart des projets brandis par PURS ne soutiennent que les militants du parti au pouvoir (UNIR) ou des localités qui ont voté en faveur de ses députés. Dans toute la région, à l’exception de Tandjouaré qui a un député de l’opposition, toutes les localités ploient sous UNIR et ses bras armés que sont les policiers, gendarmes et militaires, couplés des groupuscules civils violents qui frappent les gens les nuits.
C’est dans ce contexte de violence générale, de mépris des droits humains et d’absence de toute liberté la mine de Manganèse enrichit davantage un régime corrompu et ses représentants à la base. Les jeunes, les femmes, les agriculteurs qui ont cédé leurs terres sont écartés de l’exploitation de cette mine.
L’entreprise exploitante, qui n’a que faire de sa responsabilité sociale envers la population, utilise des produits chimiques qui continuent de détruire les sols, les eaux et même les animaux.
Pris en étau par les groupes armés
Comme si tout cela ne suffisait pas, la population de Nayega est aussi victime des attaques des groupes armés. La société minière, les élus locaux, l’armée, les drones turcs, les entrepreneurs politiques, les groupes armés font la loi face à une population meurtrie.
Les groupes armés font souvent leur irruption dans la localité. « C’est à moins de 15 km de Nayéga, donc à les turcs opèrent comme des instructeurs des militaires togolais en termes de techniciens de drones et de pilote, mais aussi dans la construction des bases militaires mobiles », indique notre source.
Où se situe Nayega
Nayéga ou Nayegue. C’est avant tout, un arbre des Savanes qu’aiment brouter les animaux. C’est aussi un espace de pâturage qu’errent les animaux domestiques. Dans la région des Savanes, il n’y a que deux localités qui portent le nom de Nayega ou Nayegue tout comme Naki.

Ainsi, on a Nayega ou Nayegue à l’Est (Commune de Kpendjal Ouest 2, Préfecture de Kpendjal Ouest), et Nayegue ou Nayega de l’Ouest (commune de Tone 2, préfecture Tone). Nayeya ou Nayegue de l’Ouest se situe dans la commune de Tone 2 alors que Nayega ou Nayegue de l’Est se situe dans la préfecture de de Kpendjal Ouest 2 entre Naki-Est et Borgou.
Cette localité partage les mêmes espaces au nord par les villages tels que Borgou, Gnalé, Bagré, Tambate ; à l’Est par Koundjouaré et Namondjouaré, et au sud par Naki-Est (Village du feu Ogamo Bagnah), Ogaro jusqu’à Kpembongue, plus au sud.
La mine de Manganèse se loge entre les terres de Nayega en majorité et les limites de Namoundjouaré, Borgou et Naki-Est.
Source: lalternative.info





















