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Au Togo, l’actualité a été marquée cette semaine par le meurtre d’une commerçante à Djarkpanga, dans la préfecture de Mô. L’information, d’abord répandue comme une rumeur persistante depuis mardi, a été confirmée le vendredi 16 mai 2025 par la direction générale de la police nationale, dans un communiqué officiel. Deux policiers sont suspectés d’avoir commis ce crime.

Selon des sources concordantes, les deux fonctionnaires auraient justifié leur acte par un besoin pressant d’argent, destiné à financer leur projet de désertion.

Loin d’être un simple fait divers, ce drame met en lumière une réalité plus profonde et connue de tous : le malaise grandissant au sein des forces de défense et de sécurité (FDS) togolaises.

De plus en plus de policiers, gendarmes et militaires dénoncent, en privé, des conditions de vie et de travail indignes de leur engagement. Mais, au sein de cette institution qualifiée de « grande muette », le silence règne, et c’est souvent sur les citoyens qu’ils sont censés protéger que se déversent leurs frustrations.

Le faible niveau de rémunération constitue l’un des principaux facteurs de ce malaise. Un agent de police en début de carrière touche à peine de quoi subvenir à ses besoins essentiels, selon plusieurs témoignages. Conséquence : rackets sur les routes, extorsions dans les brigades, et pratiques de corruption deviennent, pour certains, un “complément de revenu”.

Cette réalité est connue de tous, mais rarement assumée publiquement. Sur certaines routes nationales, les usagers s’attendent presque à « payer le passage », au vu et au su de tout le monde. Des citoyens sont parfois contraints de verser de l’argent pour accéder à des services censés être gratuits, ou pour éviter des accusations inventées de toutes pièces.

Sur le front nord, théâtre de la lutte contre les incursions des groupes armés, la situation n’est guère meilleure. La précarité des conditions de vie des militaires togolais est bien réelle. Des témoignages de soldats engagés dans cette guerre insidieuse révèlent une logistique défaillante : repas mal préparés, souvent insuffisants, au point que certains soldats refusent de manger. La faim, le découragement, le manque de reconnaissance minent le moral des troupes.

Cette fatigue psychologique, ajoutée à la dureté du terrain, a conduit à la désertion de plusieurs soldats ces dernières années. D’autres restent en poste, mais avec un profond désenchantement, nourri en silence.

Le désintérêt pour le métier de militaire devient palpable. En 2024, un recrutement massif de jeunes volontaires dans les forces armées a tout simplement été annulé… faute de candidatures suffisantes. Du jamais vu dans l’histoire du pays.

Ce rejet du métier s’explique par plusieurs facteurs : danger permanent, salaire peu motivant, pression hiérarchique excessive, manque de perspectives d’évolution, sentiment d’abandon.

Mais il serait injuste de jeter l’opprobre sur toute une corporation. Au sein de la police nationale, de la gendarmerie et de l’armée togolaise, nombreux sont les hommes et les femmes qui accomplissent leur mission avec professionnalisme, intégrité et sens du devoir. Ils veillent sur la sécurité des citoyens, souvent dans l’ombre, au prix de lourds sacrifices.

L’affaire de Djarkpanga ne doit pas rester une simple note dans les annales judiciaires. Elle doit susciter une prise de conscience des autorités en vue d’une réforme en profondeur du secteur des forces de défense et de sécurité. Cela passe par une revalorisation salariale, de meilleures conditions de vie en mission, une lutte effective contre la corruption interne et un renforcement de la formation éthique.

C’est à ce prix que le pays pourra se doter de forces dignes, respectées et véritablement au service de la population.

François Bangane

Source: lalternative.info