
La première session ordinaire de l’année s’est ouverte ce mardi à l’Assemblée nationale à Lomé, conformément aux dispositions de l’article 12 alinéa 3 de la Constitution. Parmi les dossiers inscrits à l’ordre du jour figure un point sensible : l’examen de la prorogation de l’état d’urgence sécuritaire dans la région des Savanes.
Instauré en juin 2022, le régime d’exception reste en vigueur dans cette partie septentrionale du pays, confrontée à la menace des groupes armés opérant dans la sous-région. Pour l’exécutif, il s’agit d’un outil juridique permettant aux forces de défense et de sécurité d’agir avec célérité face à une menace diffuse et mouvante. Pour les députés, le débat n’aura probablement pas véritablement lieu sur cette question, alors même que l’état d’exception dure depuis plus de trois ans. L’adoption de la prorogation devrait ainsi passer comme une lettre à la poste.
Dans la région des Savanes, la plus pauvre du pays, selon les indicateurs sociaux, l’état d’urgence a profondément modifié le quotidien. Contrôles renforcés, restrictions de circulation, interdictions ponctuelles de rassemblement : les populations ont appris à vivre avec ces contraintes au nom de la sécurité collective.
Mais l’usure se fait sentir. Plus de trois ans après, nombre d’habitants évoquent une fatigue sociale et économique. Les activités agricoles et commerciales, déjà fragiles, ont été perturbées. Les déplacements sont plus encadrés.
Les communautés frontalières vivent dans une vigilance permanente. Si les autorités mettent en avant un relatif apaisement ces derniers mois, l’insécurité n’a pas totalement disparu.
La prorogation de l’état d’urgence interroge ainsi sur son impact durable sur les libertés publiques et sur le tissu socio-économique local.
Sur le terrain, la situation semble s’être stabilisée par moments. Les attaques spectaculaires se sont espacées. Toutefois, cette accalmie reste précaire. Des sources sécuritaires soulignent que la menace s’est transformée plutôt qu’éteinte, avec des risques d’infiltration et des tentatives discrètes de pose d’engins explosifs improvisés.
La pression demeure particulièrement forte le long de la frontière nord. Ces dernières semaines, les attaques devenues récurrentes dans la province du Koulpélogo, au Burkina Faso voisin, ont ravivé les inquiétudes. La proximité géographique avec les villages togolais frontaliers accentue le sentiment d’exposition.
Les déplacements de populations fuyant les combats côté burkinabè constituent un autre facteur de vigilance. Si ces mouvements traduisent avant tout une quête de sécurité, ils complexifient également le travail de contrôle et de prévention des infiltrations.
Les députés ont donc la responsabilité de trancher sur l’orientation sécuritaire du pays dans un contexte régional instable. Le défi consiste à maintenir la pression contre les groupes armés tout en évitant l’enlisement d’un régime d’exception devenu quasi permanent.
Pour les populations des Savanes, l’enjeu est clair : retrouver une sécurité durable sans voir leur quotidien indéfiniment suspendu aux contraintes de l’urgence. Or, à mesure que les attaques se multiplient de l’autre côté de la frontière burkinabè, la perspective d’un retour rapide à la normale semble encore lointaine.
François Bangane
Source: lalternative.info























