Le ministre de la Justice et des Relations avec les institutions de la République vient d’effectuer une tournée dans les centres de détentions du Togo. Une tournée au cours de laquelle il a adressé un message au Corps de la Surveillance de l’administration pénitentiaire (CSAP). L’essentiel de ce message est de mettre fin aux mauvaises pratiques qui gangrènent la gestion des prisons civiles du Togo. Moins d’une semaine après cette sortie, nous avons rencontré des surveillants de l’administration pénitentiaire qui ont bien voulu nous faire part de certains dysfonctionnements rencontrés dans l’exercice de leur fonction.

Un militaire à la tête du CSAP
Dans l’une de nos parutions de l’année 2014, nous avons attiré l’attention des autorités sur les conditions de vie et de travail des surveillants de l’administration pénitentiaire. A l’époque, ce corps était dirigé par le Commandant Tossim Adéhézè arrivé du Régiment de Soutien et d’Appui (RSA). Beaucoup avaient assuré que ce chef-corps était un obstacle à la satisfaction des doléances des surveillants de l’administration pénitentiaire. Les choses sont restées inchangées jusqu’en avril 2015 où le Commandant Tossim Adéhézè est démis de ses fonctions. Contrairement aux aspirations des agents, il est remplacé par un autre militaire en la personne du Commandant Sotou Sakara issu lui aussi des bérets noirs de la RSA. « Nous ne comprenons pas pourquoi ce sont des militaires qui sont nommés comme chef-corps des surveillants de l’administration pénitentiaire. Normalement, c’est quelqu’un qui sait ce qu’on appelle respect des droits de l’Homme qui doit occuper ce poste. Dans les prisons, nous traitons avec des civils, des gens dont les droits doivent être préservés. Malheureusement, on remplace un militaire par un autre et le CSAP est géré comme un corps de militaires, sans aucun égard pour le respect des droits de l’Homme. Ces militaires qui sont nommés ne savent rien de la surveillance des détenus », s’indigne un surveillant.
D’après cette source, la présence de militaire à la tête de ce corps qui doit avoir affaire à des civils, crée un conflit de compétence. Les surveillants-chefs qui sont pour la plupart des psychologues et des sociologues et doivent être affectés à l’écoute des détenus, sont utilisés comme des gardes et affectés à la surveillance. Aussi, la gestion des prisons crée-t-elle des dysfonctionnements entre la Direction de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion (DAPR) et le CSAP. Pour les surveillants, le CSAP doit être placé directement sous l’autorité de la DAPR avec en prime la suppression du poste du chef-corps qui est similaire à celui du Directeur de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion.
Des surveillants brimés dans leurs droits
« Partout où je suis passé, je crois que le message a été bien reçu. Les gardiens doivent avoir un comportement irréprochable. Qu’ils fassent leur métier correctement. Qu’ils prennent conscience de leurs responsabilités. Il y a eu de graves manquements à l’éthique et à la déontologie. Il faut corriger tout cela. Quand on parle de corruption dans les prisons, les gens s’étonnent, mais c’est une réalité. Et ce sont certains de ces fonctionnaires qui alimentent cette corruption, il faut avoir le courage de le dire ». C’étaient les propos de Pius Agbétomey rapportés par le site officiel du gouvernement au terme de sa tournée dans les prisons du pays. Des propos qui ont été reçus avec amertume par les surveillants de l’administration pénitentiaire. « Depuis cette tournée, les gens nous appellent pour savoir ce que nous avons fait pour que le ministre s’en prenne à nous. Si nous n’avions pas avorté notre mouvement d’humeur, les gens auraient pris conscience des conditions dans lesquelles nous travaillons », rappelle notre source. Et pour cause, les surveillants avaient reporté in extremis une manifestation prévue pour le 10 août 2016. Ils avaient voulu tenir l’opinion informée de leur calvaire en bloquant l’accès des prisons aux visiteurs pendant plusieurs journées.
En effet, le CSAP n’a vraiment jamais été bien entretenu. On se rappelle encore le mouvement organisé par les nouvelles recrues pour réclamer leur prise de fonction après plus d’une année de formation. Cette prise de fonction a été effective le 17 juin 2013. Mais depuis, rien n’a changé par rapport à leur traitement. Malgré les multiples sollicitations, ils ne bénéficient d’aucune prime. « Depuis que nous avons pris fonction nous n’avons bénéficié d’aucune prime. Quand les prisonniers doivent être jugés ou écoutés, nous sommes sollicités pour les amener devant le juge. Cette extraction est normalement rémunérée, mais nous ne percevons rien. Lors des assises, on nous envoie faire le tour des prisons pour ramener les détenus. C’est une mission difficile. Nous pouvons être attaqués alors que nos véhicules ne sont pas blindés. Pour les transfèrements aussi c’est la même chose. Nous sommes tout le temps en contact avec les détenus, mais on ne nous donne aucune prime. Au même moment, les magistrats à qui on présente ces détenus perçoivent cette prime », dénonce un surveillant. Pourtant, les maladies issues des contagions et infections de tout genre sont récurrentes au sein du CSAP.
Sans toutefois justifier les dérives de certains surveillants de l’administration pénitentiaire, des sources estiment que le problème de corruption doit être réglé depuis la hiérarchie. « Le service de surveillant est dangereux, mais personne ne nous protège des risques. On ne peut pas travailler si les conditions ne sont pas réunies. On ne peut pas accuser les surveillants de corruption alors que les chefs privent les détenus de leurs biens. Nous disons qu’il faut poser le problème et demander pourquoi il y a de telles pratiques. Les vrais corrompus sont de la hiérarchie », indique une source.
Il nous revient également que les affectations punitives et les sanctions sont monnaies courantes au sein du CSAP.
Source : G.A., Liberté























