Qui peut encore dire aujourd’hui que la justice togolaise et certains de ses hommes ne sont pas corrompus ? Le projet d’affectation des magistrats a pris de l’eau, et c’est de bonne guerre.

Mais s’il est un juge qui mérite de se voir signifier un congé d’aller voir ailleurs, c’est bien le Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de Lomé, Essolissam Poyodi. Dernière information à son sujet, l’homme aurait partagé les 700.000 FCFA que le juge Abodji Yacoubou Adam avait extorqué au prévenu Gakli Frank dans l’affaire des 352 kilogrammes de cannabis. Raison pour laquelle ce Ghanéen croupit toujours en prison, sans possibilité de voir les premiers responsables se saisir de son cas.
Depuis décembre 2013, Gakli Frank, du nom de ce Ghanéen abusivement arrêté pour s’être rendu au commissariat de Sagbado déclarer la perte de son véhicule. En réalité, il est apparu que le garagiste à qui Gakli Frank avait confié son véhicule avant de partir de l’autre côté de la frontière, l’aurait utilisé pour convoyer une cargaison de 352 kilogrammes de cannabis. Mais au cours de son arrestation, celui-ci a réussi à prendre la fuite, abandonnant la voiture. Et c’est de retour du Ghana que Gakli Frank, ne retrouvant plus le garagiste, s’était rendu au commissariat pour déclarer la perte de son véhicule. Les policiers qui l’ont reçu, croyant qu’il ne pipait que dalle de la langue de Molière, complotaient pour le faire passer pour celui qui était au volant de la voiture. Et c’est quand Gakli Frank voulait se lever pour partir qu’il a été arrêté et déposé. Depuis, il clame son innocence, mais qui pour lui prêter oreille et s’occuper de son cas, vu que l’aide juridictionnelle est portée disparue ?
On en était là quand le juge du 6ème cabinet d’instruction, Yacoubou Adam Abodji lui a rendu visite en prison et a réussi à lui extorqué 700.000 FCFA, au motif qu’il plaiderait sa cause auprès du Procureur de la République. Mais quand le pot au rose a été découvert, ce juge a remboursé la totalité des 700.000 FCFA. Seulement, il y a un mais.
Le Procureur de la République, Essolissam Poyodi avait bénéficié d’une partie de cette somme, soit 200.000 FCFA, en plus d’un tonnage de ciment chez lui à Kara. Il nous a été rapporté que le juge Abodji rouspétait lorsqu’il était mis en demeure de rembourser. Aujourd’hui, on comprend mieux pourquoi le prévenu est toujours en détention. Les 200.000 FCFA et les tonnes de ciment encaissé par le Procureur ne lui ont pas suffi, puisque la chambre d’accusation a réclamé 10 millions, ramenés à 5 millions. Mais depuis, la famille est dans l’impossibilité de rassembler cette somme. On se demande à quoi ont servi les 200.000 FCFA au Procureur. Des esprits pourraient douter de cette information ; le numéro Moov du bénéficiaire fera foi, pour peu que l’Inspecteur général des services juridiques et pénitentiaires, Alpha Adini fasse ce pour quoi il est recruté et payé chaque fin de mois, les investigations dignes de ce nom.
Mais ensuite, il reviendra au président du conseil supérieur de la magistrature, Akakpovi Gamatho de se saisir de ce dossier et de l’instruire comme il sait si bien le faire pour des affaires qui n’en valent pas la peine.
Si le projet d’affectation des magistrats a capoté, projet dans lequel le Procureur Essolissam Poyodi a fait des pieds et des mains pour être maintenu à son poste actuel, c’est certainement pour permettre au chef de l’Etat de voir clair dans les combines. Mais s’il est un magistrat dont l’affectation prochaine ferait le plus grand bien à la justice togolaise, c’est bien Essolissam Poyodi, tellement l’homme a tissé sa toile et continue de « tirer son épingle du jeu », façon « no limit », pour emprunter le slogan de l’opérateur de téléphonie sur le numéro duquel le transfert des 200.000 FCFA a été effectué.
Pour combien de temps encore Gakli Frank croupira-t-il en prison ? De la célérité du ministre Pius Agbetomey et du président Akakpovi Gamatho, dépend la relaxe pure et simple de ce citoyen ghanéen. Qui a dit que la justice togolaise n’est pas truffée de brebis galeuses ?
Source : Abbé Faria, Liberté No. 2340 du Mercredi 14 Décembre 2016























