
À Dapaong, l’Office de Développement et d’Exploitation des Forêts (ODEF) a relancé, depuis 2023, la restauration de la forêt classée de la Fosse aux Lions avec un appui financier du Japon. Au fur et à mesure que le projet prend forme, la contestation enfle dans les villages riverains. Méfiance, rancœurs, mémoire historique, occupations humaines et agricoles… sur le terrain, le projet est loin de faire l’unanimité.
À cheval entre les préfectures de Tône et de Tandjoaré, la forêt classée de la Fosse aux Lions est aujourd’hui au cœur d’une vive controverse. L’ODEF a entamé la restauration de cet espace forestier avec l’appui du Japon.
Pour cette année, elle ambitionne de planter environ 13 500 plants sur dix hectares. Mais pour les populations locales, cette initiative ravive de vieilles blessures jamais cicatrisées. Dans la mémoire collective des riverains, cette forêt a laissé un passé douloureux.
Pour de nombreux habitants, la forêt classée rime avec brimades, expropriations violentes et privations de liberté. Les populations l’ont vécu dans leur chair, surtout avant les années 1990.
Après la Conférence nationale, de nombreuses familles déplacées ont été réinstallées dans leurs villages d’origine. L’État y a même créé une Zone d’Aménagement Agricole Planifiée (ZAAP), qui demeure cependant non aménagée. Des paysans ont repris l’exploitation des terres ; certains y ont construit des fermes et même des habitations. Dans les faits, la forêt n’est plus ce qu’elle est sur le papier.
Pour les habitants de Gbandolé, « c’est un projet imposé ». Dans ce village, en plein cœur de la forêt classée, des sources avancent qu’un consultant venu présenter le projet a failli être agressé.
Ailleurs, à Nakpabli et à Djamoné, les populations ont catégoriquement rejeté toute idée de restauration de la forêt.
Bien que quelques ateliers aient été organisés avec une poignée de personnes triées sur le volet, souvent motivées par les per diem, l’adhésion populaire reste largement absente. Même certains chefs de canton, pris entre loyauté institutionnelle et pression communautaire, peinent à cacher leur désapprobation.
Selon certains d’entre eux, le nouveau bornage effectué par l’ODEF ne respecte pas les anciennes limites connues par les populations. Les riverains se sentent floués.
Leur principale inquiétude reste la perte des terres agricoles. Dans une région où la terre est source de vie et de survie, toute tentative de reboisement est perçue comme une menace directe.
Les populations estiment qu’une coexistence entre forêt et agriculture est impossible. La grogne est encore plus vive chez les familles qui ont accueilli des déplacés fuyant la crise sécuritaire. Ces familles ont cédé une partie de leurs terres à ces déplacés, et c’est précisément là que l’ODEF plante ses arbres.
Du côté des autorités, on joue la carte de la fermeté : la forêt classée est une propriété de l’État, elle n’a jamais été déclassée ni rétrocédée. Le projet vise, selon ses initiateurs, à restaurer un patrimoine naturel commun et à préserver l’écosystème. Mais sur le terrain, la colère monte. Pour les communautés, la priorité reste l’accès à la terre et la sécurité alimentaire.
Comment concilier préservation de l’environnement et besoins socio-économiques des populations ? Voilà l’équation que devront résoudre les autorités si l’on veut éviter à Dapaong les malheureux incidents survenus à Mango en 2015.
François Bangane
Source: lalternative.info























