Les Usurpateurs du pouvoir Togolais F. Gnassingbé (g) et Ivoirien A. Ouattara (d) | Photo: DR
Les Usurpateurs du pouvoir Togolais F. Gnassingbé (g) et Ivoirien A. Ouattara (d) | Photo: DR

Vous rêvez de réussir sous une dictature? Vous voulez de l’argent, du prestige, un poste, une voiture avec gyrophare et escorte ? Ne perdez pas votre temps avec les idées, la compétence ou la rigueur. Dans une dictature, cela ne sert à rien. Ce qu’il vous faut, c’est du talent pour le mensonge, la soumission et forme rare de créativité : celle qui sait flatter.

Option I: Créez un Institut

C’est la première étape de toute carrière prometteuse. Appelez-le Institut pour la Paix, la Stabilité et le Développement Durable du Peuple Heureux.

Ajoutez le nom du dictateur devant. Ex: Faure Gnassingbé, Alassane Ouattara, Paul Biya, Yoweri Musseveni ( ils sont nombreux en Afrique). Peu importe qu’il ait détruit la paix et affamé le peuple: le nom suffit.

Créez un logo, une page Facebook, et annoncez une grande « conférence internationale ».

Invitez trois amis, un faux journaliste à la retraite, un politicien étranger et un faux professeur. Prenez des photos, publiez des communiqués et surtout, taguez le dictateur dans toutes vos publications ( très important).

Option II : Inventez un Prix

Tout dictateur aime les prix. C’est un moyen de recevoir des honneurs sans les mériter.

Appelez-le Grand Prix du Mérite Suprême et de la Vision Éternelle. Organisez une cérémonie dans un grand hôtel 5 étoiles ( si ça existe dans son pays).

Faites venir une télévision locale, quelques danseurs, et un journaliste prêt à dire que l’histoire retiendra « cet événement grandiose ».

Remettez le prix au dictateur, ou à son cousin, ou à son chien, peu importe.

Ce qui compte, c’est que tout le monde entende le nom du chef au moins vingt fois en dix minutes.

Et n’oubliez pas: pendant le discours, pleurez tout en lisant sa majestueuse biographie. Les dictateurs aiment les larmes: cela leur donne l’impression d’être aimés. Il faut de l’émotion…

Option III: Composez une chanson

La musique, c’est l’arme de la servitude joyeuse.

Écrivez des paroles simples, presque enfantines:

« Notre Père, notre Guide, notre Espoir… »

« Grâce à toi Papa, le soleil brille dans nos cœurs… »

Ajoutez des tambours, un peu de chœur, un clip avec des enfants en uniforme. Publiez sur YouTube et félicitez le d’avoir contribué « au développement la culture nationale ». Ne craignez pas le ridicule: sous la dictature, le ridicule est une compétence d’état.

Option IV: Devenez un pasteur ou encore mieux, un prophète!

Si vous prêchez, prêchez pour lui. Dites que Dieu l’a choisi. Qu’il est comme Moïse, ou David, ou Salomon, selon le jour et la propagande.

Priez pour sa santé, pas pour celle des malades.

Et quand il tue, expliquez que c’est « la volonté divine ». N’oubliez pas le fameux passage « donnez à César ce qui est à César… » C’est le passage préféré de tous les dictateurs. Et surtout rappelez aux fidèles de ne jamais se mêler de la politique. Le dictateur vous nommera ministre de la délivrance et de la vie éternelle. Si vous êtes au Togo, vous pouvez même finir président de l’Assemblée Nationale.

Option V: Les « intellectuels » de service

Si vous avez des diplômes universitaires, vous avez un rôle sacré sous une dictature: les mettre au service du mensonge.

Écrivez des thèses expliquant que la démocratie n’est pas adaptée à « notre culture » et que les droits de l’homme sont une invention coloniale.

Publiez des articles démontrant que « le peuple n’est pas prêt » pour la démocratie. Faites des conférences pour justifier la censure, l’arbitraire et la terreur. Allez surtout sur les plateaux de télévision étrangers et dites que la dictature n’existe pas et que les victimes des bavures policières sont des terroristes.

Et surtout, dites-le avec des mots compliqués : « stabilité institutionnelle », « transition encadrée », « maturité politique différée ». Moins le dictateur lui même vous comprend, plus il admire votre intellect.

Option VI: Les entrepreneurs patriotes

Si vous êtes entrepreneur, financez ses fêtes. Sponsorisez des campagnes, imprimez des t-shirts à son effigie…Vous serez appelé « partenaire stratégique ». Et quand vous obtiendrez un marché public sans appel d’offres, félicitez-vous: vous venez d’investir dans la corruption rentable. Un investissement très très rentable…

Les règles d’or pour une carrière de larbin réussie:

1. Toujours sourire en public. Même quand vous souffrez. Le dictateur croit que le peuple heureux sourit beaucoup.

2. Ne jamais dire la vérité. La vérité tue les carrières sous les dictatures.

3. Ne jamais poser de questions. Les questions réveillent la conscience, et la conscience, c’est dangereux sous une dictature.

4. Citer le dictateur dans chaque phrase. Cela montre votre loyauté.

5. Craignez-le en silence, louez-le à haute voix.

La consécration finale

Et le jour où il mourra, pleurez. Pas des larmes sincères: ça ne s’improvise pas, mais des larmes télévisées, bien cadrées, dramatiques. Dites que vous avez perdu un père, un guide, une lumière et que la nation a perdu un monument, un baobab…

Et dès que le nouveau dictateur arrive, changez de photo de profil. Car dans une dictature, le secret n’est pas d’aimer le pouvoir: c’est de savoir à qui il appartient aujourd’hui.

Farida Bemba Nabourema
Citoyenne Africaine Désabusée!

Farida Bemba Nabourema
Farida Bemba Nabourema | Photo: FB