Il y a une évidence que nous devons continuer de souligner en ces temps où tout le monde appelle les Togolais au dialogue : aucun Togolais, du moins ceux de bonne foi, ne refuse un dialogue. Mais sur quoi dialogueront-ils, voilà la tumeur.

David Kpelly

Quand ils manifestent et se plaignent, les Togolais crient beaucoup de mots et groupes de mots comme : « Impunité », « pillage de biens publics », « minorité pilleuse » « retour à la constitution de 92 », « vote de la diaspora », « dictature de 50 ans », « civils assassinées », « armée assassine »… mais tous ces mots, ces groupes de mots, désignent un seul mot : « Gnassingbé », et toutes ces plaintes peuvent se résumer en un seul groupe de mots : « La fin du règne des Gnassingbé».
« La fin du règne des Gnassingbé». Voilà ce que veulent les Togolais depuis les années 90 et qu’ils expriment à travers des milliers de mots, groupes de mots, phrases…

Si certains leaders de l’opposition, naguère adulés, ont été catégoriquement vomis voire détestés par le peuple, c’est parce qu’à un moment leurs mots et actes ne montraient plus catégoriquement qu’ils voulaient la fin du règne des Gnassingbé.

Si certains partis politiques nés pourtant sous le pompeux titre de « parti d’opposition » n’ont jamais rallié personne, séduit personne, leurs leaders qui s’égosillent à s’appeler « opposant » alors que personne ne les a jamais vus, même pour une seconde, comme opposants, s’étant transformés en pies bavardes sur les réseaux sociaux pour se justifier en tout temps et en tout lieu, brandissant leurs partis mort-nés qu’ils veulent refourguer à un peuple qui n’en veut pas, c’est parce que leur langage n’a jamais traduit clairement le groupe de mots : « la fin du règne des Gnassingbé».

Si, au contraire, en quelques semaines seulement, le charismatique Tikpi Atchadam a réussi à séduire des centaines de milliers de Togolais qui l’affublent même du titre de « messie », c’est parce que ce monsieur catégorique aux mots aussi clairs que directs a eu la force de nommer le mal par son nom « la fin du règne des Gnassingbé », à un moment où les opposants majeurs dont Jean-Pierre Fabre semblaient ne plus le nommer, le mal, ou le nommer clairement.

Il est donc clair aujourd’hui que toute négociation, tout dialogue qui n’aura pas pour socle le groupe de mots « la fin du règne des Gnassingbé », donc le départ de Faure Gnassingbé, ne sera qu’une partie de bavardage de plus qui ne réussira pas à calmer le peuple. Hélas. Ou heureusement.

David Kpelly