Extrait d'une caricature de Donisen Donald / Liberté
Extrait d’une caricature de Donisen Donald / Liberté

La désastreuse situation politique qu’on pourrait qualifier de plus proche de celle du Togo est celle du Cameroun, avec la seule différence que là-bas, le fils n’a pas, ou n’a pas encore succédé au père. Paul Biya prit le pouvoir en novembre 1982, quand notre génération était en deuxième année à l’université; et comme une malédiction, les deux anciennes colonies allemandes sont aujourd’hui deux pays en lambeaux sur tous les plans. Nous pouvons ajouter que le caractère unique et isolé du drame de notre pays en Afrique de l’ouest vient du fait que ce petit pays coincé entre le Ghana à l’ouest et le Bénin à l’est, n’ait pas eu cette chance qu’ont eue la plupart des peuples pour se libérer de l’étau des régimes de dictature qu’ils avaient subis. Si aujourd’hui nos voisins ghanéens peuvent se targuer de jouir d’une situation politique stable, c’est grâce au courage et surtout à l’amour pour son pays d’un homme, Jerry John Rawlings, qui mit fin au début des années 1980 au désordre politique qui y prévalait, en faisant le grand nettoyage. Beaucoup d’exemples de ce genre où des militaires étaient sortis ici et là pour déposer leurs dictateurs pour le grand soulagement des peuples en colère, s’étaient multipliés sur le continent, surtout à l’orée des années ’90. On avait alors parlé du fameux vent de l’est, après la dislocation de l’URSS et la chute du mur de Berlin.

Et nous avons toujours pris l’exemple du Bénin pour appuyer le fait que nos voisins de l’est, s’ils jouissent d’une démocratie faite d’alternance pacifique au sommet de l’état, depuis bientôt quatre décennies, devraient s’incliner avec respect devant la mémoire de Mathieu Kérékou dont la bonne volonté et l’amour pour son peuple furent déterminants, pendant qu’à l’ouest Éyadéma Gnassingbé tribalisait l’armée nationale, pourchassait ses opposants et intensifiait sa stratégie de la terreur. Et au vu du comportement actuel de Faure Gnassingbé qui refuse tout dialogue sincère avec l’opposition; eu égard aux agissements du pouvoir togolais, toujours sous l’impulsion du prétendu président du conseil, avec le dangereux jeu sur la fibre ethnique, pour opposer des communautés à la sienne dans certaines régions, à travers des problèmes de chefferie et de terres qui ne devraient pas exister, on peut facilement déduire que le pouvoir RPT/UNIR n’est nullement disposé à une décrispation de la situation socio-politique dans le pays. Ce qui voudrait également signifier que Faure Gnassingbé n’est en aucun cas l’homme de la situation, comme certains compatriotes veulent le faire croire en en appelant à sa supposée bonne volonté pour rectifier le tir et convier les Togolais de toutes sensibilités politiques autour d’une table. Non, Faure Gnassingbé, aujourd’hui fatigué, pris en otage par son propre système et dépassé par les évènements que lui-même et son régime ont créés, ne peut pas avoir d’initiative pour sortir le Togo de l’ornière, parce qu’il est lui-même le problème.

Et le fait que la gouvernance du fils à papa togolais soit plus tournée vers l’extérieur, avec d’incessants voyages, négligeant ainsi les nombreux problèmes domestiques, est un signe de son incompétence et surtout de son désintérêt pour les nombreux besoins de ses compatriotes, contrairement à ce qui se passe avec les différents responsables au sommet des états chez nos voisins immédiats. Il est donc clair que Faure Gnassingbé n’est pas la personne à même de changer le cours de la triste histoire de notre pays. Sans y être contraint, il ne sciera pas volontairement la branche sur laquelle il est assis. Rappelons-nous de ces petites phrases contenues dans la réflexion publiée dans le journal Liberté N° 4120 du 05 octobre 2026 par Ayayi Togoata Apédo-Amah: « La seule solution raisonnable qui ouvre les bras aux RPTistes est la remise des clés du pays au peuple togolais. Le peuvent-ils, alors que s’impose à leur esprit, comme un cauchemar, la reddition des comptes?… Leur situation paradoxale peut se résumer par la formule: « gouverner à tout prix ou périr ».»Les Togolais, les Togolaises et leur opposition sont-ils prêts à laisser Faure Gnassingbé et sa clique règner ad vitam æternam sur leur pays de cette façon cavalière? Voilà la question capitale. La réponse est bien sûr non, et ils l’ont démontré depuis plusieurs décennies, depuis le père Éyadéma, par des manifestations monstres inaugurées par le soulèvement du 05 octobre 1990.

Et les sauvages répressions ayant eu pour conséquences plusieurs centaines de morts et des départs massifs en exil, surtout à la prise du pouvoir de Faure Gnassingbé en 2005, ont fait en sorte que les Togolais se trouvent aujourd’hui devant un grand chaos politique, voulu et entretenu par les méthodes dictatoriales du régime Gnassingbé. La situation de Faure Gnassingbé, pourtant, est aujourd’hui la plus inconfortable, et il ne se plaindrait pas s’il venait à être évincé d’une façon ou d’une autre. Mais en même temps, manquant de sagesse, n’ayant surtout pas d’amour pour son peuple, ayant tout l’argent du pays et la force militaire de son côté, et au vu des actes qu’il pose, il semble avoir choisi la formule des lâches: «moi ou le chaos». C’est pourquoi il ne reste aujourd’hui aux Togolais qu’une organisation intelligente autour de ce qu’il reste de la vraie opposition, pour sortir les sortants, comme dirait l’autre. Faure Gnassingbé et son régime sont au bout de leur latin sur tous les plans, et ne s’accrochent au pouvoir que par la force. Mais y a-t-il une force plus puissante que celle d’un peuple en colère et organisé? À cet effet, le professeur Ayayi Togoata Apédo-Amah met l’accent, dans sa réflexion, sur le fait que la balle se trouve désormais dans le camp de l’opposition togolaise: «…Une ligne politique est basée sur des valeurs et non sur des ambitions individuelles carriéristes de leaders sans foi ni loi. Le retour de la crédibilité est à ce prix. Que chaque organisation fasse son examen de conscience sans mauvaise foi et mette en avant l’intérêt du peuple pour un nouveau départ. L’exemple du raz de marée politique provoqué par le PNP de Tikpi Atchadam, en 2017, doit pouvoir inspirer les uns et les autres.»

Samari Tchadjobo
Allemagne

Samari Tchadjobo
Samari Tchadjobo | Photo: S.T