4. Redéfinir l’alignement : l’opposition de jour et l’alignement de nuit, qui suis-je ?
Alors, la solution consiste-t-elle à rejoindre le camp de ceux qui dirigent les pays africains dans l’injustice et en s’appuyant sur la contre-vérité des urnes ? La solution consiste-elle à accepter l’inacceptable sous prétexte que certains religieux choisissent naïvement d’organiser leurs ouailles à l’image d’une brebis que l’on mène à l’abattoir en espérant que la lutte émergera sans effort et sans sacrifices ? Non, c’est une culture de combat, de résistance et d’organisation sur la base de projets alternatifs choisis sur des bases démocratiques qui semble faire défaut. Ce n’est pas faire de l’afro-réalisme que de rappeler la vérité sur l’Etat de gestion et de gouvernance collective de l’Afrique. Sans un diagnostic indépendant et éloigné de l’autosatisfaction ambiante, il est difficile de se démarquer de ceux qui s’alignent.
Bien sûr, il y a les autres, les afro-optimistes auto-proclamés. Ceux qui continuent à crier partout qu’ils ou elles font partie de l’Afrique qui bouge, qui avance, qui émerge, qui réussit. Mais souvent, leur logiciel mental n’est souvent pas différent de ceux qui sont au pouvoir, puisque ce qui les anime, c’est d’abord d’exploiter leur prochain, si possible un noir et un faible, sans influence, et donc sans capacité de nuire en retour. C’est donc pour prévenir cette capacité de nuisance éventuelle que le principe de l’alignement par nécessité, par cooptation, par arrangement et par conviction a fait son chemin au point de neutraliser, dans le formol, la capacité collective de réorganisation de ceux qui souhaitent proposer des alternatives à leurs concitoyens.
Le problème est loin d’être un problème togolais, ou africain. En témoigne l’exemple de certains partis politiques en France, au Venezuela, en Russie ou en Ukraine, en Chine et ailleurs dans le monde pour témoigner de la subtilité de la gouvernance de l’alignement comme un mode de conquête et de préservation du pouvoir qu’il soit politique, économique, social ou économique. C’est donc bien au plan culturel qu’il va falloir agir. Mais comment faire sans une refondation du combat de l’autodétermination par les citoyens pour les citoyens ? Peut-être qu’il ne faut plus accepter que des individus non élus prennent l’essentiel des décisions qui « impactent » le citoyen.
Sur le fond, il convient peut-être de prendre conscience que la pensée unique qui fonde l’alignement sur le pouvoir en place, dès lors qu’il ne jouit pas d’une réelle légitimité des urnes, évolue rapidement en une neutralisation des alternatives, et donc du changement. Le changement devient alors superficiel. Il suffit de changer les hommes et les femmes pour faire croire que tout change, alors que rien ne change. Cette subtilité ne semble pas avoir égratigné le logiciel mental du changement qui caractérise de nombreux candidats à la mise en œuvre des réformes constitutionnelles en Afrique, au Togo en particulier.
Car sans une unité d’action des partis politiques dits de l’opposition, qui doit nécessairement reposer sur un programme alternatif, lui-même associant plusieurs expertises de tous horizons, les mobilisations épistolaires n’auront pas d’impact sur le pouvoir des autocrates de toutes nationalités, celui du Togo en particulier. Au contraire, ce dernier en rit car il sait ce que lui doit, chacun de ceux qui s’opposent le jour et s’alignent la nuit pour mieux le servir… Aussi, toute action gagnante repose sur une lutte collective, un programme commun et donc des candidatures communes… La candidature unique doit donc être proscrite pour éviter que dès le lendemain des victoires fondées sur la vérité des urnes, le candidat dit « unique » oublie ceux qui l’ont aidé à gagner… surtout quand la carotte permet de diviser et diviser encore la « dite » opposition togolaise.
5. Inégalites grandissantes au togo : Basculement dans « l’alignement »
Parler d’alternance alors que le nomadisme politique et l’opportunisme deviennent un sport national est une hérésie et une tromperie. Ce phénomène est amplifié car il est plus ou moins validé par une corruption de proximité fondée sur l’impunité, la peur et la pauvreté pour ne pas dire l’indigence d’une grande majorité de la population, notamment celle des zones rurales.
C’est donc d’alternatives politiques, économiques, sociales et cultuelles dont le Togo, et peut-être toute l’Afrique, ont besoin. Et pour ce faire, les vieilles pratiques dénuées d’originalité et sans adaptation du savoir et de la connaissance aux services des populations ne peuvent plus fonctionner. En fait, elles fonctionnent si mal qu’un mal-développement, un mal-être en découle, favorisant la course vers le mal-avoir, une sorte de corruption légitime, banalisée et en passe d’être institutionnalisée dès lors que l’on « s’aligne ». L’arrogance des égos ou la sommation du « payer d’abord » pour remplir une mission de service public, ce qui n’est rien d’autre que de la corruption, doivent faire l’objet d’une condamnation par les citoyens ré-organisés sous forme d’associations ou autres agglomérations de la société civile. Car c’est ensemble que la lutte de l’alternative se gagne. C’est aussi ensemble que les programmes de gouvernement de l’après-régime autocrate se préparent. Encore faut-il les préparer avant que n’intervienne le jour J de l’alternative !
Avec ces programmes de l’alternative, il faut reconsidérer les partenaires extérieurs. Il ne faut surtout pas se tromper de « partenaires au développement » surtout si ceux-ci se frottent les mains quand l’écart de développement entre les pays « riches » et les pays pauvres ne se rétrécit pas. Merci aux autocrates africains qui n’ont pas réussi à améliorer la prospérité de leurs congénères alors qu’ils ou elles ont eu, ou ont encore en main le destin de leur pays respectif et que les conditions économiques étaient malgré tout favorables depuis une dizaine d’années et plus particulièrement entre 2012 et 2015.
Alors, que chacun se pose la question de savoir s’il ou elle est un adepte de la politique de l’alignement ? Ne suis-je pas un « aligné » qui s’ignore surtout qu’un « aligné » peut en cacher un « autre » qui se découvre ?!
Est-ce qu’un pays comme le Togo, du fait de la contre-vérité des urnes qui fonde l’accession au pouvoir, n’est pas un bon exemple de viol de l’imaginaire collectif au point de remplacer cet imaginaire par la pensée unique de ceux qui dirigent par la peur et la force ce petit pays où les touristes ne viennent plus mais où l’on continue d’organiser des séminaires à la gloire du tourisme ? Les quelques hommes d’affaires allemands de l’Afrika Verein [9] qui croient tout ce que leur racontent ceux qui sont alignés sur le pouvoir de Faure Gnassingbé, risquent d’avoir des mauvaises surprises lorsque leurs hypothétiques investissements au Togo se heurteront à la réalité du terrain et à la corruption sans oublier la justice fondée sur l’alignement. Rappelons tout de même que le Fonds monétaire international a révisé à la baisse pour 2016, le taux de croissance du Togo, soit 5,2 % du produit intérieur brut alors que la moyenne de l’Union économique monétaire Ouest-africaine (UEMOA) est de 6,5 %. Le Togo fait donc moins bien que la moyenne de la sous-région francophone.
Avec la participation d’une partie de l’opposition togolaise aux élections présidentielles de 2015, le refus de ces derniers de déposer un recours contentieux pour motif de contrevérité des urnes et un arrêt passager des manifestations de rue, les potentiels investisseurs et autres partenaires au développement sont bien obligés de croire à la parole que diffuse le pouvoir en place.
Bref, au Togo, c’est la stabilité et la cordiale entente avec une certaine opposition.
Ce message vendu par les autorités togolaises est remis en doute depuis que les marches de rue ont recommencé au Togo dès le mois de juin 2016.
6. Rassembler pour une alternative denommée « agir ensemble ».
Toutefois, l’illisibilité de l’opposition togolaise ne paye pas au plan stratégique. Chacun des principaux responsables des partis d’opposition attend une occasion favorable et imprévue… quand pour certains, il ne s’agit que de participer à un « gouvernement d’union nationale ». Chacun sait que l’organisation collective repose sur l’addition des forces alternatives et non sur la soustraction de ceux qui conçoivent le changement sans les autres. Peut-être que l’opposition, au Togo, ne comprend plus la notion de leadership. Ce concept repose d’abord sur le fait d’être au service des autres et d’être un facilitateur pour faire respecter la Loi fondamentale qui scelle un contrat social au Togo. Ce lien avec le peuple ne peut reposer sur la cherté de la vie, sur des pertes systématiques de pouvoir d’achat et sur des régressions sociales alors que justement la création de valeur ajoutée au niveau des citoyens est quasi-inexistante, d’où le taux de pauvreté record au Togo depuis l’accession au pouvoir de Faure Gnassingbé.
Cela ne signifie pas que la concurrence et l’entreprise ne doivent pas être valorisées. Mais c’est aussi sous ce régime que le niveau de la dette intérieure est la plus élevée et les paiements se font soit avec des retards extrêmement longs, soit les paiements ne se font pas du tout, avec à la clé, la faillite des entreprises locales. Il va sans dire que si l’on est considéré par le pouvoir en place comme un « aligné » ou un « partisan », alors les paiements se font, quoique d’une manière asymétrique. C’est donc ce système du « deux poids, deux mesures » entre les alignés sur le pouvoir fort de Faure Gnassingbé et les « non-alignés » qui est critiquable et critiqué. Le basculement dans l’alignement n’est souvent pas volontaire mais forcé, quand ce n’est pas sous une forme ou une autre de chantage. Des sociétés internationales en ont aussi été victimes sans d’ailleurs pouvoir trouver un tribunal à compétence internationale pour leur donner justice.
Pourtant, c’est tout ce débat sur la création de richesses et de leur partage qui fait défaut. Est-ce qu’il existe des gens, des groupes de réflexions, des services secrets, voire un gouvernement mondial qui travaillent à accroitre les inégalités entre riches et pauvres ? Certainement, pas ! Pourtant, le résultat au Togo d’une croissance soutenue mais non partagée pourrait devenir explosive. Pourtant, certains s’évertuent à faire croire qu’il s’agit de la fatalité, ce qui revient à faire honneur à Satan qui affirme qu’il n’existe pas puisque Dieu n’existe pas. Une forme de laïcité de la négation des conséquences fâcheuses sur les populations des politiques menées par Faure Gnassingbé. Un débat sur ces erreurs s’impose donc ! Non, Faure Gnassingbé n’en veut pas. Alors, une explication franche avec des représentants non alignés et indépendants de la Diaspora togolaise, la 6e région décentralisée du Togo ? Non, il n’en veut pas non plus. Peut-être d’ailleurs qu’il fuit tout débat où il faut rendre des comptes, à commencer par la vérité des urnes et la vérité des comptes publics.
Aussi, le principe de convaincre le peuple togolais d’opter pour une alternative au pouvoir en place ne doit plus demeurer une hypothèse qui se résume à une forme perverse du rêve qu’est l’illusion. Mais une alternative doit être crédible et ne pas servir de combat d’arrière-garde pour certains opposants le jour et alignés la nuit, étant entendu qu’il n’y a pas lieu de parler de ceux qui sont alignés jour et nuit. Ce sont les modalités pour faire émerger des alternatives crédibles de gouvernement, ce rapidement par l’organisation collective et le recours au respect des voix citoyennes qui manquent, tant le parti du pouvoir et ses satellites politiques croient détenir, par la pensée unique qui les caractérise, LA solution.
Mais, non seulement, ils n’ont pas la bonne solution compte tenu des résultats bien mitigés et humiliants pour une grande majorité des citoyens togolais, mais il faut savoir qu’il n’y a de solutions que DES solutions. Personne ne détient la science infuse, encore moins une solution unique pour développer et créer des richesses dans le pays. Mais, il n’y a pas d’avenir pérenne sans une forme ou une autre de redistribution d’une richesse préalablement créée, à partir et avec les compétences et expertises existantes dans le pays comme dans la Diaspora.
C’est pour cela qu’il ne faut que les partis d’opposition évoluent et deviennent des parties de l’alternative et qu’au demeurant, les dirigeants de ces partis cessent de parler d’une candidature UNIQUE de l’opposition… En effet, cette faute lexicographique a conduit à la situation actuelle de manque d’unité et de programme commun entre les partis de l’opposition. Ce sont des candidatures COMMUNES, y compris avec la Diaspora, qu’il va falloir mettre sur papier. La Diaspora togolaise, même non recensée par la volonté de Faure Gnassingbé, demeure une région en soi et devra bénéficier d’une autonomie étendue dans le cadre de la décentralisation des pouvoirs au Togo.
Au final, c’est donc bien les mouvements citoyens organisés et adeptes de la culture du combat démocratique qui pourront faire émerger une candidature commune avec les partis politiques togolais représentatifs et prêts à opter pour un regroupement sous le label d’un Rassemblement pour une Alternative dénommé « Agir Ensemble ». Les « alignés » du pouvoir auront du mal à participer à une telle démarche, ce qui d’ailleurs devrait contribuer à la déliquescence de la gouvernance de l’alignement et de la pensée unique du parti de Faure Gnassingbé et ses satellites. Est-ce que cela pourra ouvrir une perspective d’une prospérité alternative au profit des citoyens du Togo ? Oui, si la compétence et la volonté de servir l’intérêt général prennent le dessus sur les guerres intestines. C’est à cette condition que le combat pour la prospérité fondée sur l’entrepreneuriat, la régulation du marché, la transparence des règles et la sanction sans arbitraire peuvent refonder le Togo, comme d’ailleurs l’Afrique de demain. Mais encore faut-il agir ensemble et avec une cohérence stratégique.























