
Quand on observe l’histoire de la résistance du peuple togolais face à ce régime, on remarque un schéma qui se répète presque à chaque décennie. Les années 1980 ont eu leur soulèvement, les années 1990 aussi. Les années 2000, 2010, puis 2020 également. Et chaque cycle suit sensiblement le même déroulement.
Tout commence par un petit groupe de personnes courageuses qui osent défier le pouvoir, qui prennent la parole, dénoncent, s’élèvent. Puis, la contestation prend de l’ampleur, la population suit, galvanisée par de nouvelles figures, souvent érigées en symboles d’espoir. Ces figures deviennent les visages de la lutte, portées, parfois idéalisées.
Mais vient toujours un moment de rupture. Soit la figure bascule dans le silence, s’éteint sans explication. Soit elle reste visible, mais sans engagement réel. Soit, plus douloureusement, elle rejoint le régime, et tente de justifier ce choix au nom de la “sagesse”, de la nécessité de changer les choses de l’intérieur, de faire des compromis.
Et à chaque fois, la réponse populaire est la même : “Ils ont vendu la lutte.” C’est devenu une accusation automatique. On les traite de faibles, de lâches, de corrompus. La conséquence est toujours la même: une profonde déception collective, un rejet global des militants, un abandon du combat. La génération concernée se retire. Et il faut attendre une nouvelle génération, une décennie plus tard, qui n’a pas encore connu cette désillusion, pour que la lutte reprenne.
Mais il est peut-être temps de se poser la vraie question: et si le problème n’était pas seulement ces figures qui s’effondrent, mais aussi notre réaction face à cela? Et si, au lieu de nous sentir trahis, au lieu de nous démobiliser, nous choisissions une autre voie ?
Car ce que beaucoup ne voient pas, ce sont les pressions invisibles, insidieuses, destructrices, que subissent ceux qui s’engagent. Ce ne sont pas toujours les arrestations ou les assassinats. Il y a des formes de bris psychologiques, de dépossessions morales, si sournoises que même la victime n’ose pas en parler. Il arrive que certains préfèrent porter la honte d’une prétendue trahison plutôt que de révéler l’ampleur de ce qu’ils ont subi ou continuent de subir.
Et si, au lieu de baisser les bras dès qu’un symbole, une figure politique, un leader s’effondre, nous en tirions une leçon inverse ? Et si, à chaque fois qu’ils parviennent à faire tomber ou à coopter l ’un des nôtres, notre réponse était de tripler voire quadrupler nos efforts? Si la défaite de l’un devenait une source de mobilisation accrue pour les autres? C’est seulement à ce moment-là que nous renverserons la stratégie du régime.
Tant que notre détermination dépendra de la constance ou de la fidélité d’un individu, nous resterons vulnérables. Le jour où la disparition d’un visage de la lutte ne sera plus perçue comme une fin mais comme un appel à intensifier le combat, alors nous serons devenus invincibles.
Il faut arrêter, en tant que peuple, de subir. Ce régime n’innove même plus dans ses méthodes. Il recycle les mêmes stratégies depuis cinquante ans, et nous tombons encore dans le piège. C’est à nous d’évoluer et d’être prêts.
Demain, si celui ou celle que vous considérez aujourd’hui comme un phare s’affiche dans l’uniforme du régime, que ferez-vous? Allez-vous, une fois encore, crier à la trahison, à la corruption, et tourner le dos à la lutte? Ou allez-vous vous dire que cette chute est le signe que nous devons redoubler d’ardeur? Que l’ennemi est si déterminé qu’il nous faut être encore plus tenaces?
Il y a des prisons visibles, mais il y a aussi des prisons invisibles, dont les barreaux sont faits de violence, de peur, de chantage, de pression morale. Et ceux-là aussi, il faut les libérer.
#FreeTogo, #FaureMustGo
Farida Bemba Nabourema
Citoyenne Africaine Désabusée!
























