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Pourquoi nous refusons la « semi-liberté » et nous n’accepterons pas la démocratie frelatée de Faure Gnassingbé!

Après la Seconde Guerre mondiale, alors que les peuples colonisés réclamaient leur souveraineté, la France tenta de désamorcer ces revendications en accordant symboliquement un ou deux sièges au parlement français pour les colonies. C’est dans ce contexte que furent organisées en 1946 les premières élections législatives au Togo. Ce sont les indépendantistes qui remportèrent ce siège assumé par le Dr Martin Aku.

Cela alarma le pouvoir colonial et à partir de ce moment, la France décida de verrouiller le processus électoral. Elle renforça le rôle des chefs cantons, des figures qu’elle avait elle-même crées et qui n’avaient rien de traditionnel. Le mot “canton” n’existe même pas dans nos langues. Il fut importé et imposé pour permettre un quadrillage colonial du territoire et ils étaient connus pour leur violence inouïe. C’étaient ces chefs qui faisaient tabasser, violer et mutiler les populations pour non paiement d’impôts. Ne vous étonnez donc pas qu’un siècle après la forte majorité de nos “chefs traditionnels” soient au service du régime néocolonial. Nos vrais chefs ont été assassinés ou exilés puis remplacés par des sanguinaires et des tortionnaires qui protégaient les intérêts des colons et non de leurs populations.

Durant l’époque coloniale, ces chefs coloniaux furent chargés de délivrer les cartes d’électeurs uniquement à ceux qui soutenaient la ligne pro-française. Tous les autres, jugés “anti-coloniaux”, furent écartés du processus; ce qui permit aux parti du progrès de Nicolas Grunitzky de représenter le Togo à l’Assemblée française après les élections frauduleuses de 1951.
Sylvanus Olympio outré par cette fraude qui à l’époque, travaillait comme directeur Afrique de la United Africa Company (UAC), aujourd’hui Unilever prit donc la décision de quitter son poste en 1952 et de rentrer définitivement au Togo pour s’engager dans la lutte pour les indépendances. Afin de s’installer avec sa famille, il voulut construire une maison mais son compte bancaire était domicilié dans le Togo britannique (British Togoland aujourd’hui faisant partie du Ghana) car il était payé en Livre Sterling quand il occupait ce poste. La France venait de créer le franc CFA en 1946 et avait instauré une loi interdisant aux citoyens des colonies de détenir des avoirs financiers à l’extérieur du système CFA. Les autorités coloniales saisirent cette occasion pour le faire arrêter. Il fut accusé d’infraction monétaire, condamné, déchu de ses droits civiques, et déclaré inéligible. C’était une manœuvre politique destinée à l’empêcher de participer aux élections de 1956. Il ne fut donc jamais autorisé à se présenter à aucune élection après cela.

Pendant ce temps, ses adversaires pro-coloniaux dont le leader était Grunitkzy avec le soutien des chefs cantons et de la France introduisirent un projet concocté par la France visant à octroyer au Togo non pas son indépendance comme prévu par les Nations Unis mais ce qu’ils appelèrent “l’autonomie”.

Cette supercherie avait pour but de faire du Togo une propriété définitive de la France alors que quand nous fumes placés sous mandat de la France en 1919 par le pacte de la Société des Nations ( SDN) ratifié le 28 Juin 1919 par les nations coloniales qui vu les colonies des nations ayant perdu la 1ère guerre mondiale à savoir l’Allemagne, le Japan et l’Empire Ottoman ( aujourd’hui Turquie) redistribués aux vainqueurs.

Dans le paragraphe 5 de l’article 22 du pacte de la Société des Nations, Les colonies sous mandat de type B pouvaient obtenir leurs indépendances après 25 ans soit en 1944. Mais au moment arrivé la France refuse de nous laisser partir. Elle créa donc ce qu’elle appellera l’autonomie et en utilisant les mêmes méthodes de fraude électorales qu’en 1951, organisa de fausses élections auxquelles les indépendantistes ont été empêchés de participer et déclara que le peuple Togolais ne veut pas être indépendant mais “autonome”. Et c’est ainsi que la “République Autonome du Togo” fut imposée en 1956 par la France et ses sbires: une supercherie, où les portefeuilles régaliens (défense, affaires étrangères, économie) restaient entre les mains de la France, et les ministères secondaires comme l’agriculture ou les affaires sociales étaient confiés à des collaborateurs.

Mais le peuple n’était pas dupe. Des dizaines de milliers de Togolais sous le leadership de Sylvanus Olympio et de son parti le CUT signèrent des pétitions envoyées aux Nations Unies, exigeant l’annulation de cette autonomie et l’indépendance TO-TA-LE (d’où l’expression populaire Ablodé Gbadzaaa qui restera le slogan de la résistance Togolaise des décennies plus tard). Une mission d’enquête onusienne dirigée par l’ambassadeur haïtien Max Dorsinville confirma que les élections de 1956 n’étaient effectivement ni libres, ni transparentes et donna lieu au référendum du 27 avril 1958; le tout premier en colonies françaises où les populations avaient décidés de voter NON à la colonisation à 97%. Ce référendum inspirera celui de la Guinée en Septembre 1958 conduit par Sékou Touré, un grand ami de Sylvanus Olympio. Lors de ce référendum le vaillant peuple Guinéen donna aussi une défaite cuisante et humiliante à la France; chose qu’elle n’a jamais digéré car voyant la Guinée comme sa “chose” vu qu’elle n’était que tutrice du Togo. Le Togo n’avait jamais été sa colonie. En d’autres termes, on nous a “prêté“ à la France.

Pourquoi fais-je ce si long et détaillé rappel d’histoire? Parce qu’elle ne nous a jamais été enseignée avec ces détails à l’appui. Le régime néocolonial des Gnassingbé n’avait aucun intérêt à voir les enfants Togolais apprendre la véritable histoire de la résistance de leurs aïeux.

Et l’une des conséquences ? Eh bien 70 ans plus tard alors que nous sommes en 2025, des leaders de “l’opposition” nous demandent d’accepter une version moderne de cette autonomie trompeuse en prenant part à des élections toujours organisées dans une opacité totale qui ne transcrit jamais la vérité des urnes.

Cette opposition nous dit de nous contenter des quelques sièges qu’on leur distribuera comme le régime a coutume de le faire car selon eux “ça vaut mieux que rien”. Si nos aïeux n’ont pas capitulé et choisit de se contenter de l’autonomie ( sous prétexte qu’au moins nous les noirs avons quelques ministres, quelques députés et préfets) mais avaient choisi de resister et de mourir pour notre INDEPENDANCE TOTALE, je trouve infâme qu’on nous demande 70 ans plus tard de composer avec nos oppresseurs, de légitimer leur pouvoir et d’accepter une “liberté partielle”.

Vivre sous un pouvoir confisqué, vidé de son sens, sous prétexte qu’on nous donne cinq sièges à l’Assemblée nationale, ou quelques mairies gérées sous surveillance ? Est-ce pour celà que nos grandparents ont résisté ? Nous ne luttons pas pour des titres et des miettes: nous luttons pour notre liberté, notre dignité et notre souveraineté et il n’existe pas de semi-liberté, de semi-dignité ou de semi-souveraineté.

Et que ceux qui nous disent que le radicalisme ne mène à rien aient au moins le courage de répondre à une question simple : vous avez participé à 11 élections depuis 1993 ( présidentielles, législatives et municipales). Laquelle avez-vous “gagnée”? Aucune. Même pas une majorité symbolique au parlement. Même pas une minorité capable de bloquer une seule loi. Et vous venez nous dire que boycotter, c’est trahir la lutte ? Ce que vous appelez participation est en réalité une caution donnée à un système qui nous écrase. J’ai honte à votre place.
Même en 1998 et en 2018, il n’y a jamais eu de boycott total lors des législatives. Il y a toujours eu des partis dits d’opposition qui ont participé, créant une brèche que le régime a su exploiter. Il a fabriqué de toutes pièces des formations politiques de façade pour dire qu’il y a pluralisme et multipartisme et vous tombez dans le piège. Vous participez, vous perdez, vous criez, puis vous vous taisez. Et chaque 5 ans vous recommencez.

Nous ne voulons pas que nos aînés éteignent la flamme de la lutte qui les animait jadis. Ils n’ont pas le droit de nous léguer le défaitisme l’apathie comme héritage. Je refuse que l’on enseigne aux jeunes la soumission et la collaboration comme stratégie. Je refuse cette indignité politique: je la rejette et je la méprise de tout mon être!
Tous ces vieillards qui sont proches de la tombe dont l’avenir se retrouve dans le passé et qui croient encore détenir la légitimité de la lutte, nous rendent un mauvais service. Ils ralentissent la marche du peuple. Vous me direz : « À quoi servent les boycotts ? » Je vous retourne la question : à quoi ont servi vos participations ? Vous avez joué 11 fois à un jeu truqué, 11 fois vous avez perdu, et pourtant vous continuez à appeler cela de la stratégie.

Il vaut mieux être affamés de liberté que rassasiés d’indignité. Et si nous acceptons tous de rester affamés ensemble, alors la révolte deviendra inévitable. C’est votre compromis permanent qui retarde cette révolte. Votre confort dans la soumission, votre habitude du demi-pouvoir, votre politique du “mieux que rien”.
Non, ce n’est pas notre radicalisme qui empêche le changement. C’est votre fatigue, vos calculs, vos postures. Vous êtes soit en déni, soit de mauvaise foi. Et pour cela, je vous le dis une fois encore : je vomis cette indignité politique.

Le peuple Togolais recouvrira sa LIBERTÉ TOTALE! Nous ne sommes pas les descendants des mendiants mais de braves combatants et nous irons jusqu’au bout de ce combat! 🇹🇬🇹🇬🇹🇬

Farida Bemba Nabourema
Citoyenne Africaine Désabusée!

Farida Bemba Nabourema | Photo: F.B.N
Farida Bemba Nabourema | Photo: F.B.N