
Il est des mensonges d’État qui ne résistent pas à l’épreuve de la nuit. Au Togo, chaque fois qu’un quartier plonge dans le noir, chaque fois qu’une PME voit ses machines s’arrêter, la version officielle de la Compagnie Énergie Électrique du Togo (CEET) résonne comme une insulte à l’intelligence des citoyens.
La récente sortie médiatique de son Directeur Général n’est qu’un exercice de pure communication, un enfumage grossier destiné à endormir un peuple à bout de souffle
On nous parle de « maintenance technique », de « baisse de pression du gazoduc », de « contraintes sous-régionales ». Mais la réalité, celle que l’on tente d’étouffer sous le ronronnement des groupes électrogènes de la minorité privilégiée, est bien plus sombre : les coupures d’électricité au Togo ne sont pas un problème technique. Elles sont le symptôme d’une faillite morale, d’une gabegie financière chronique et d’un pillage en règle d’une structure publique vitale.
Comment en est-on arrivé là ? Le récent verdict du Fonds monétaire international (FMI) est tombé comme un couperet : 550 millions de dollars de dette. Plus de 330 milliards de FCFA de trou d’air budgétaire. Ce chiffre vertigineux n’est pas le fruit du hasard ou de la fatalité. C’est le résultat direct d’années de gestion calamiteuse, où les directeurs généraux se succèdent à la tête de la compagnie comme dans un ballet de chaises musicales, laissant chacun derrière lui des ardoises toujours plus lourdes et des scandales étouffés.
On se rappelle encore le séisme des 11 milliards de FCFA de malversations sous l’ère Kakatsi, un pillage à ciel ouvert camouflé par de faux rapports financiers envoyés au gouvernement.
Au cœur de cette dérive managériale se cache un autre secret de polichinelle : la passation opaque de contrats de gré à gré avec des producteurs indépendants et des intermédiaires véreux sous la houlette de figures influentes du système comme Barry Moussa Barqué ou l’ancien ministre Damipi Noupokou, la CEET s’est vu imposer des contrats d’achat et de location de groupes électrogènes surfacturés via des sociétés écrans, siphonnant des milliards de FCFA pour du matériel souvent défectueux.
Sous prétexte de régler l’urgence énergétique, la CEET s’est engagée dans des accords léonins d’achat d’électricité (« Take-or-Pay ») où elle paie pour une capacité énergétique parfois non distribuée ou fictive. Pire encore, l’approvisionnement en combustibles liquides de secours (comme le DDO ou le jet fuel) pour faire tourner les turbines en cas de crise est devenu le terrain de jeu favori des réseaux de rétrocommissions.
Des intermédiaires surfacturent des cargaisons de carburant de qualité médiocre à des prix exorbitants, asséchant la trésorerie de la compagnie pour engraisser une poignée de privilégiés sous le manteau du secret commercial.
Aujourd’hui, l’histoire se répète sous d’autres formes. Le Togo, incapable de produire sa propre énergie, mendie ses kilowatts auprès du Ghana et du Nigeria. Mais dans le monde des affaires, la charité n’existe pas.
Les rapports de la commission de régulation nigériane (NERC) révèlent l’impensable : des trimestres entiers où la CEET affiche un taux de paiement de 0% à ses fournisseurs étrangers. Zéro franc versé. Qui peut s’étonner, dès lors, que le Nigeria ou le Ghana finissent par fermer le robinet de l’électricité ? Les délestages que subissent les Togolais ne sont pas des pannes ; ce sont des sanctions pour factures impayées.
Le plus cynique dans cette tragédie nationale reste l’attitude de l’État lui-même.
Alors que les citoyens ordinaires sont traqués à la moindre facture en retard, les bâtiments administratifs, les ministères et les institutions publiques accumulent des arriérés colossaux sans jamais être inquiétés.
L’État togolais asphyxie sa propre compagnie d’électricité en refusant de payer ce qu’il consomme, tout en fermant les yeux sur le réseau de fraudes massives et de branchements clandestins qui gangrènent le pays.
Cette faillite de la CEET est le miroir d’un système qui sacrifie le développement de toute une nation sur l’autel des intérêts particuliers.
L’électricité n’est pas un luxe, c’est le carburant de l’économie, de la santé, de l’éducation et de la dignité humaine.
Promettre une « amélioration progressive » d’ici la fin de l’année tout en maintenant les mêmes pratiques et les mêmes hommes relève de l’illusionnisme politique.
Pour que la lumière revienne durablement au Togo, il ne suffira pas de réparer un gazoduc.
Il faudra nettoyer les écuries d’Augias de la CEET, auditer sans complaisance chaque centime évaporé, contraindre l’État à payer ses dettes, et surtout, mettre fin à l’impunité de ceux qui s’enrichissent sur le dos d’un peuple condamné à vivre dans l’obscurité.
Tant que la transparence et la justice n’éclaireront pas les bureaux de la direction de la CEET, le Togo restera condamné aux ténèbres.
Wait and see!!!!!
Raoul K Dagba,
Président de l’Observatoire Panafricain pour la Démocratie et le Développement
via togoactualite.com























