Essossimna Marguerite Gnakadé | Capture d'écran: E.M.G
Essossimna Marguerite Gnakadé | Capture d’écran: E.M.G

«Rappelez-vous qu’à travers l’histoire il y eut des tyrans et des meurtriers qui pour un temps, semblèrent invincibles. Mais à la fin, ils sont toujours tombés.» Gandhi

Nous savions que c’était une question de temps; tout le monde, presque, savait que tôt ou tard, ils mettraient le grappin sur elle. Tant que Faure Gnassingbé et tous ses hommes de main seront encore en possession de leur pouvoir de nuisance, ils resteront, ou du moins, ils se croiront les plus forts pour faire ce qu’ils veulent à qui ils veulent; pour envoyer malmener et arrêter tous ceux qui, à leurs yeux, les empêchent de dormir, de jouir de leur pouvoir, de leurs avantages indus. Nous pouvons dire que Marguérite Gnakadé, arrêtée mercredi 17 septembre 2025 à son domicile, ne se faisait pas d’illusions quant au sort qui serait le sien, tôt ou tard, connaissant très bien les criminelles habitudes de la maison. À propos maison, Dame Gnakadé est bel et bien une fille du sérail, proche, sinon très proche de la famille Gnassingbé. Kabyè, donc originaire de la Kozah, le régime Gnassingbé depuis le père Éyadéma, ayant fait de la formule «diviser pour règner» le socle de son pouvoir, ne pardonne pas que des Togolais et des Togolaises «appartenant au cercle du pouvoir», dans l’entendement des caciques du régime, puissent être mus par la volonté et l’amour d’un engagement aux côtés du peuple, et se battre contre les possibles travers du régime auquel ils ou elles appartiennent ou auraient appartenu à un moment donné, et réclamer un changement de cap qui profiterait à tout le pays.

Pourtant, qu’il y a-t-il de plus noble et digne pour un être humain, de surcroît, un responsable politique, que de faire preuve d’humilité, en faisant son mea-culpa, en reconnaissant ses erreurs, en s’excusant et en s’engageant désormais à ne chercher que du bien pour ses concitoyens? C’est ce que Madame Gnakadé a fait en dénonçant le régime au sein duquel elle a eu à travailler dans un passé récent, en demandant, comme la majorité des Togolais, comme les responsables de la classe politique de l’opposition, à Faure Gnassingbé de penser aux souffrances du peuple en rendant le tablier pour que la cité soit mieux gérée pour le bien de tous. Et vu sa situation de proximité familiale et politique avec le centre du pouvoir qu’elle dénonce aujourd’hui, et conséquemment avec les avantages personnels qui sont les siens, Marguérite Gnakadé pouvait, comme beaucoup le font pour leurs intérêts personnels, jouer à l’égoïste et à la méchante et se taire. Mais mue par l’instinct patriotique, touchée par la souffrance de ses compatriotes, elle a eu la clairvoyance et surtout le courage de s’exprimer en prenant fait et cause pour le peuple, sachant pertinemment les risques qu’elle encourt pour sa sécurité. Ceci mérite d’être souligné, salué et apprécié. Selon les informations à notre disposition, au moment où nous écrivons ces lignes, Marguérite Gnakadé serait, après deux jours d’interrogatoires à la direction centrale de la police judiciaire (DCPJ), placée sous mandat de dépôt et envoyée à la prison civile de Lomé. L’ancienne ministre de la défense serait poursuivie pour trouble aggravé à l’ordre public, appel au soulèvement populaire, incitation de l’armée à la révolte, association de malfaiteurs, financement de terrorisme et atteinte à la sûreté nationale.

Deux jours après l’arrestation de Gnakadé, c’était au tour de l’artiste Aamron, de son vrai nom Tchala Essowè, d’être interpellé vendredi matin, le 19 septembre 2025, par des éléments de la direction centrale de la police judiciaire. Rappelons que ce serait la deuxième fois qu’il aura eu maille à partir avec l’état togolais, puisqu’il fut déjà arrêté en mai dernier et interné à l’hôpital psychiatrique de Zébé, parce qu’il dénonçait la mauvaise gouvernance comme Marguérite Gnakadé et réclamait, à l’instar d’une grande majorité des Togolais, des réformes, et le départ de Faure Gnassingbé. D’après les dernières informations, Aamron serait inculpé, libéré et placé sous contrôle judiciaire. Maintenant que Marguérite Gnakadé est en prison et que Tchala Essowè Aamron est de nouveau intimidé et placé sous contrôle judiciaire, quelle sera la suite? Devrions-nous nous attendre à ce que les contacts militaires comme civils de l’ancienne ministre de la défense soient inquiétés, et qu’une chasse à l’homme soit engagée? Le régime du RPT-UNIR est-il désormais tranquille parce que l’une de ses adversaires politiques est neutralisée? Voilà quelques-unes des questions que se posent beaucoup de Togolais après cette semaine mouvementée. Mais une chose est sûre, la lutte contre le régime de dictature Gnassingbé n’a pas commencé avec l’engagement de Marguérite Gnakadé ou de l’artiste Aamron aux côtés du peuple togolais, et ne s’arrêtera sûrement pas avec leur neutralisation.

Il y a longtemps que le régime Gnassingbé, de père en fils, est arrivé à la croisée des chemins et n’a pas pu, ou n’a pas voulu se décider et suivre la volonté populaire, comme c’est le cas dans le voisinage immédiat du Togo. Et le destin pardonne rarement à ceux qui hésitent, font semblant de ne pas voir la réalité, ou méprisent leurs peuples. Marguérite Gnakadé est allée grossir les rangs des plusieurs dizaines de prisonniers politiques qui croupissent, pour beaucoup, depuis plusieurs années et qu’on refuse de libérer. Beaucoup d’entre eux sont malades et au moins une dizaine a déjà rejoint le monde des ténèbres du fait des conditions de leur détention. Et du côté du pouvoir autour de Faure Gnassingbé c’est l’indifférence, la fuite en avant et la politique de l’autruche qui continuent. Jusqu’à quand alors?

Samari Tchadjobo
Allemagne

Samari Tchadjobo
Samari Tchadjobo | Photo: S.T