
Encore une fois, le théâtre politique togolais nous offre une pièce de mauvais goût, jouée par des acteurs dont le seul talent réside dans la distraction. Alors que le Cadre National de Concertation pour le Changement (CNCC) vient de réussir son baptême du feu avec un meeting mobilisateur le 9 mai dernier, les éternels saboteurs de l’espoir ressortent leur vieux disque rayé : la querelle des couleurs. On croit rêver, mais la réalité est là, brutale et désolante. On ne parle pas du message délivré, on ne parle pas de la stratégie pour l’alternance, on chipote sur des nuances de rouge, d’orange ou de jaune. C’est le signe clinique d’une classe de « commentateurs » qui préfère contempler le cadre plutôt que de lire le tableau.
Une distraction orchestrée par les « fossoyeurs de l’unité »
Il faut appeler un chat, un chat. Cette polémique sur les couleurs n’est pas le fruit d’une préoccupation esthétique ou d’un souci de communication visuelle. C’est une arme de destruction massive de l’unité d’action. Nous avons déjà vu ce film, et la fin est toujours la même : l’échec. Rappelez-vous le Collectif Sauvons le Togo (CST). Rappelez-vous la Coalition des 14 partis politiques de l’opposition (C14). À chaque fois qu’une dynamique unitaire semble prendre de l’ampleur, des esprits malveillants, souvent infiltrés ou simplement aigris, s’emparent d’un détail insignifiant pour créer la zizanie.
Hier, c’était la « guerre orange » contre le « rouge » qui a fragmenté les manifestations de 2017. Aujourd’hui, après avoir prédit que le meeting du 09 mai ne rassemblerait pas dix personnes, prédiction balayée par la réalité d’une mobilisation citoyenne manifeste, ces mêmes oiseaux de mauvais augure reviennent à la charge. Puisque le fond du message est inattaquable, ils s’attaquent à la forme, aux chiffons, aux pigments. C’est le degré zéro de la politique.
« Le peuple togolais n’a pas faim de couleurs, il a faim de liberté, de justice et de changement radical de gouvernance. S’arrêter à la couleur d’un t-shirt ou d’un logo alors que le pays est à la croisée des chemins est une insulte à l’intelligence des citoyens ».
L’instrumentalisation du néant
Le CNCC, dans sa structuration, a été clair : les supports de communication intègrent les emblèmes des différentes entités. Il n’y a aucune volonté d’hégémonie chromatique. Mais pour ceux qui veulent nuire, tout est prétexte. Ils préfèrent amuser la galerie avec des commentaires insolents sur les réseaux sociaux plutôt que de proposer des axes de réflexion sur la nouvelle Constitution ou sur les stratégies de mobilisation future.
C’est une manœuvre de diversion classique. En focalisant l’attention sur « qui porte quoi », on occulte le « pourquoi nous sommes là ». On tente de réveiller les vieux démons de l’ego partisan où chaque leader chercherait à briller plus que son voisin de tribune. Cette mentalité est celle qui aurait, selon certains observateurs, fait perdre feu Agbeyomé Kodjo aux législatives de 2013 et qui aurait conduit à l’éclatement successif de toutes les coalitions.
Un appel à la maturité citoyenne
Le Togo n’a plus le temps pour ces enfantillages. La maturité politique exige que l’on sache hiérarchiser les enjeux. Si certains estiment que le CNCC doit avoir une identité visuelle propre, qu’ils fassent des propositions constructives et respectueuses. L’insolence n’est pas un argument, et le sabotage n’est pas une stratégie de lutte. Ceux qui, avec la complicité de certains pseudos influenceurs en quête de visibilité ou d’artistes égarés, tentent de minimiser la mobilisation du 09 mai en la réduisant à un débat de colorimétrie, doivent être démasqués. Leur objectif est simple : décourager les citoyens, semer le doute sur la sincérité des leaders et, in fine, offrir sur un plateau d’argent la pérennité au régime en place.
Laissez les couleurs, occupez-vous de l’essentiel
L’essentiel, c’est le narratif recentré sur l’alternance. L’essentiel, c’est la reconquête des libertés fondamentales. L’essentiel, c’est de tirer les leçons de cette première sortie pour faire mieux la prochaine fois. Un meeting réussi est un point de départ, pas une fin en soi.
Si la seule critique que vous trouvez à formuler après une telle mobilisation concerne les couleurs, c’est que vous faites partie du problème, pas de la solution.
Il est temps de dépasser ces complexes. Une véritable union ne se mesure pas à l’uniformité des couleurs, mais à la convergence des objectifs. Que chaque entité du CNCC garde ses couleurs s’il le faut, mais que tous parlent d’une seule voix ! C’est cette polyphonie harmonisée qui fera trembler ceux qui craignent le changement.
« Arrêtons de regarder le doigt quand le sage montre la lune. La lune, c’est la libération du Togo. Le doigt, ce sont vos débats stériles sur les couleurs des partis ».
Le changement ne sera pas chromatique, il sera systémique
Le coup de gueule est ici sans concession : assez de distractions ! Le peuple togolais a trop souffert des ego et des guerres de chapelles. Le CNCC est une chance de relancer la lutte sur des bases nouvelles. Ne laissons pas les experts en sabotage, les « TikTokeurs » de la haine et les nostalgiques des échecs passés polluer cette dynamique.
Citoyens, restez concentrés. Acteurs politiques, soyez fermes. La couleur de la victoire n’est ni le rouge, ni l’orange, ni le jaune de façon isolée ; c’est celle de la détermination collective. Tout le reste n’est que littérature pour amuser une galerie qui ne rit plus depuis longtemps.
Tribune libre pour une conscience politique éveillée.
Rodrigue Ahégo,
La Voix des Sans Voix,
Un citoyen engagé pour l’essentiel
























