
La vie privée n’existe plus. Remerciez les appareils connectés installés dans votre maison, à commencer par votre téléviseur. Car si vous possédez un de ces fameux téléviseurs connectés, il y a de fortes chances que lorsque vous le regardez, lui aussi vous regarde.
Ces téléviseurs présents dans plus de trois foyers sur quatre, selon les statistiques officielles, « capturent périodiquement l’image affichée à leur écran et la comparent à des banques d’images pour détecter quel contenu est en train d’être regardé » par leur propriétaire. « C’est l’équivalent d’un Shazam [l’application qui trouve le titre d’une chanson à partir de quelques secondes d’écoute sonore] pour le contenu audiovisuel sur les télés intelligentes. »
Quand vous regardez ailleurs
C’est ce qu’ont découvert des chercheurs californiens et européens qui ont publié à la fin de septembre le fruit de leurs recherches dans un rapport intitulé Watching TV with the Second-Party : A First Look at Automatic Content Recognition Tracking in Smart TVs1.
Pour résumer, des chercheurs de l’University College de Londres, de l’Université de Californie et de l’Université Carlos III de Madrid décrivent une pratique, la reconnaissance automatique et récurrente de contenu, que semblent faire plusieurs téléviseurs connectés, aussi appelés téléviseurs intelligents (ou Smart TVs, comme c’est souvent écrit sur leur emballage). Cette reconnaissance du contenu à l’écran permet de segmenter les téléspectateurs selon leurs intérêts et leurs habitudes d’écoute télévisuelle (sport, téléréalité, humour, etc.).
Surtout, cette reconnaissance du contenu a lieu quand le téléspectateur regarde du contenu ne provenant pas des applications connectées de l’appareil. On savait déjà que des services comme Netflix ou YouTube analysent les comportements de leurs utilisateurs. D’ailleurs, les téléviseurs connectés testés ne tentaient pas d’identifier le contenu affiché quand ces applications sont utilisées.
Mais si le contenu provient d’une antenne ou d’une source externe reliée par HDMI, comme un lecteur DVD, un ordinateur personnel ou un téléphone, la reconnaissance automatisée de contenu s’active.
Les contenus captés par ces systèmes de reconnaissance peuvent donc provenir de n’importe où. Ça peut aussi bien être la télé en direct que du contenu provenant d’un site web. Votre téléviseur peut capter des images alors que vous regardez une source de contenu légitime, une vidéo piratée ou du contenu tiré d’un site web, comme de la porno.
Toujours plus de pub
Dans leur étude, les chercheurs voulaient déterminer comment les grandes plateformes de télés connectées vendues en Amérique du Nord et en Europe utilisaient les données collectées sur leurs utilisateurs. Les deux téléviseurs utilisés pour leurs tests étaient de marque LG et Samsung. À elles deux, ces marques représentent un peu plus de 40 % des téléviseurs connectés vendus dans ces deux marchés.
À partir des images collectées par ces téléviseurs qui sont dûment identifiées, un profil de téléspectateur est donc créé. Ce profil permet ensuite aux fabricants de ces mêmes téléviseurs d’afficher de la publicité ciblée un peu partout dans l’environnement télévisuel sur ces téléviseurs.
L’intégration de placards publicitaires dans l’interface des téléviseurs connectés est une pratique courante. Amazon, Google, Roku, Vizio… toutes les plateformes le font (excepté peut-être Apple, qui ne fabrique toutefois qu’un petit récepteur, l’Apple TV).
Fait à noter, ces plateformes intègrent de la publicité qu’il est impossible de faire disparaître. Même sur les téléviseurs qui coûtent très, très, très cher. On peut allonger au-delà de 5000 $ pour un téléviseur connecté haut de gamme dernier cri. Mais on ne s’en sort pas : on verra de la pub intégrée dans l’interface connectée de l’appareil.
L’idée voulant que la publicité aide à rendre ces téléviseurs plus abordables ne tient plus tellement la route.
Question de vie privée
La seule bonne nouvelle, si tant est que c’en soit une, c’est que l’utilisateur peut aller dans les réglages de son téléviseur et désactiver le suivi publicitaire. À partir de là, les téléviseurs cessent d’analyser de façon périodique le contenu affiché à leur écran.
Autre trouvaille positive – mais peut-être pas si surprenante – révélée par l’étude : les téléviseurs connectés captent moins d’images là où la loi protège davantage la vie privée.
Les chercheurs universitaires ne manquent d’ailleurs pas de soulever des inquiétudes relatives au respect de la vie privée des propriétaires de téléviseurs connectés.
Consultez le rapport (anglais)
Source: La Presse























