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Au Togo, la politique dite de « grands travaux » ressemble de plus en plus à une fuite en avant. D’un bout à l’autre du territoire national, les chantiers abandonnés, les ouvrages mal réalisés ou prématurément dégradés s’accumulent, sans que jamais ne soient établies les responsabilités. Ni les entreprises adjudicataires, ni les bureaux de contrôle, encore moins les autorités de tutelle, ne semblent inquiétés.

Ces infrastructures sont financées à coups de milliards de francs CFA, souvent via des prêts contractés auprès d’institutions financières internationales, engageant lourdement l’avenir du pays. Pourtant, l’efficacité et la durabilité de ces investissements laissent sérieusement à désirer.

À Lomé, le bâtiment principal du marché d’Adawlato, financé à hauteur de 11,5 milliards de francs CFA, reste inachevé depuis 2020. Les commerçants continuent de subir l’insécurité et l’absence d’infrastructures modernes.

Plus au nord, la route Sadori–Katchamba, réceptionnée il y a à peine trois ans pour un coût de 20 milliards FCFA, se dégrade rapidement : nids-de-poule, affaissements, bitume emporté par les pluies… une route censée faciliter les échanges économiques devient un parcours semé d’embûches.

Dans les Savanes, la feuille de route 2020-2025 prévoyait la construction et la réhabilitation de plusieurs pistes rurales pour faciliter l’accès aux villages.

Pourtant, un an après l’échéance, plusieurs chantiers restent à l’abandon et plusieurs ouvrages déjà réalisés présentent des fragilités : dalots et ponts fissurés rendent la circulation difficile, surtout pendant la saison des pluies.

Des exemples foisonnent sur toute l’étendue du territoire : des travaux réceptionnés officiellement se détériorent presque aussitôt, alors qu’aucune enquête sérieuse ne détermine les causes des défaillances. L’impunité semble régner dans le secteur des travaux publics.

Parce que ces infrastructures sont défaillantes, l’État est contraint de contracter de nouveaux emprunts pour réhabiliter ou reconstruire ce qui aurait dû durer des décennies.

Ainsi s’installe une spirale d’endettement où l’on emprunte pour réparer des erreurs passées, sans jamais corriger les causes structurelles de l’échec.

Pendant ce temps, les populations continuent de subir les conséquences : enclavement de certaines localités, insécurité routière, ralentissement des activités économiques et perte de confiance dans l’action publique. Les « grands travaux » vantés dans les discours officiels peinent à se traduire par une amélioration tangible et durable du quotidien des Togolais.

Après plus de deux décennies au pouvoir, Faure Gnassingbé semble prisonnier d’un modèle de gouvernance fondé sur l’annonce permanente de projets, plus que sur leur exécution rigoureuse et transparente. La politique des infrastructures, censée être un levier de développement, se transforme en vitrine coûteuse, sans réelle valeur ajoutée pour le pays.

À défaut d’une réforme profonde des procédures de passation des marchés, du contrôle des travaux et de la reddition des comptes, le Togo risque de continuer à construire… pour reconstruire, s’endetter… pour réparer, et avancer… sans jamais réellement progresser.

François Bangane

Source: lalternative.info