
Au Togo, les prix du carburant ont connu une légère baisse depuis près de trois mois. De nouvelles tarifications sont en vigueur depuis le 10 décembre 2024. À la même date, un arrêté interministériel fixait les tarifs des transports urbains. Près de trois mois après l’entrée en vigueur de cette décision, le constat sur le terrain est amer : les anciens tarifs restent appliqués, affichant l’incapacité du gouvernement à faire respecter ses propres décisions.
Il est courant d’entendre que le gouvernement excelle dans l’élaboration des textes, mais peine à les appliquer. On se souvient qu’à l’occasion du 62e anniversaire de l’indépendance, en avril 2022, Faure Gnassingbé avait annoncé quatre mesures pour lutter contre la vie chère. Parmi elles, le plafonnement des prix des produits locaux, comme les céréales, et des produits importés, tels que la farine de blé, l’huile végétale, le lait et les concentrés de tomates.
Mais sur le terrain, cette mesure s’est avérée inapplicable. Certains clients, tentant de rappeler aux commerçantes les prix plafonnés du maïs, se sont vu répondre : « On ne vend pas le maïs de Faure ici ».
Le 5 janvier 2022, en Conseil des ministres, le gouvernement avait également plafonné la caution et la garantie locative à six mois de loyer pour enrayer la spéculation dans le secteur immobilier. Une décision qui, dès son annonce, avait suscité le scepticisme des Togolais face aux réalités du marché locatif.
Plus de trois ans après, la situation demeure inchangée. Le ministère de l’Urbanisme et de l’Habitat, en charge de l’application de cette mesure, est resté silencieux, illustrant une nouvelle fois l’incapacité du gouvernement à traduire ses engagements en actes concrets.
Depuis le 10 décembre 2024, de nouveaux tarifs sont censés s’appliquer aux transports interurbains. Selon l’arrêté interministériel N°011/2024/MNTRF/MCACL, le trajet Lomé-Dapaong doit être facturé à 8 500 F CFA et celui de Dapaong à Cinkassé (30 km) à 800 F CFA.
Pourtant, deux mois après son entrée en vigueur, le tarif Lomé-Dapaong demeure à 10 000 F CFA, et celui de Dapaong-Cinkassé est toujours maintenu à 2 000 F CFA, au grand dam des usagers. Les syndicats de transport rejettent ces nouveaux tarifs, les jugeant non proportionnels à la réduction du prix des carburants. Cette incohérence entre les décisions gouvernementales et leur mise en œuvre sur le terrain ne fait que ternir davantage la crédibilité d’un pouvoir déjà contesté et à bout de souffle.
Au sein de l’opinion publique, des questions récurrentes surgissent : pourquoi certaines décisions sont-elles appliquées à la lettre, alors que d’autres sont ignorées ? L’exemple du port obligatoire du casque pour les passagers de deux-roues est éloquent : cette mesure est strictement imposée, avec des sanctions immédiates pour les contrevenants. Pourtant, d’autres décisions, tout aussi importantes, ne bénéficient pas de la même rigueur d’application.
Dès lors, une interrogation légitime se pose : le gouvernement craint-il de mettre la pression sur les syndicats de transport pour faire respecter les nouveaux tarifs ? Ou bien cette indulgence est-elle liée au fait que cette corporation, à l’instar de nombreuses autres, est dirigée par des proches ou des militants du régime en place ? Face à ces interrogations, l’exécutif peine à convaincre de sa volonté réelle de faire respecter ses propres décisions.
François Bangane
Source: lalternative.info























