
À Dapaong, des milliers d’habitants sont plongés dans une détresse quotidienne due à une pénurie d’eau qui risque de durer. Plusieurs quartiers sont de plus en plus privés de cette ressource vitale, au point que, dans certains secteurs, des femmes exaspérées sont descendues dans la rue pour exprimer leur ras-le-bol, les bassines sur la tête.
Pendant ce temps, les plus chanceux veillent tard dans la nuit, espérant remplir quelques récipients lorsque l’eau daigne enfin couler au goutte-à-goutte.
Officiellement, cette situation serait due à des travaux de voirie en cours dans certains quartiers, comme l’indiquait un communiqué de la Togolaise des Eaux (TdE) en date du 31 janvier 2025.
Celui-ci annonçait des perturbations dans les quartiers Haussa Zongo, Natebagou, Nassablé et Koni entre le 3 et le 5 février. Une explication qui, si elle semble plausible, ne résiste pas à une analyse approfondie. Car, au-delà des canalisations endommagées par les travaux, un problème bien plus profond assoiffe la ville : la vétusté des infrastructures hydrauliques.
Ce n’est pas la première fois que les travaux de voirie sont avancés comme justification. Déjà, entre le 21 décembre 2024 et le 3 janvier 2025, ces mêmes quartiers avaient été privés d’eau après la destruction d’un tuyau lors des travaux du tronçon Grande Mosquée – Natebagou. À l’époque, aucune communication officielle n’avait précédé cette coupure. Après les fêtes de fin d’année, la situation avait semblé se normaliser.
D’autres quartiers vivent un calvaire encore plus long. À Konkoaré et à Didagou, où certains habitants sont privés d’eau depuis sept mois, les autorités expliquent cette situation par le bitumage d’une route ayant nécessité le déplacement du réseau d’adduction d’eau potable.
Mais ce déplacement n’ayant été réalisé qu’à moitié, la repose d’un nouveau réseau attend toujours. Entre la Société du Patrimoine de l’Eau (SP-EAU) et l’entreprise en charge du chantier, c’est un jeu de renvoi des responsabilités, tandis que les populations, elles, continuent de souffrir.
Mais si les travaux expliquent certaines perturbations, ils ne justifient pas l’ampleur de la crise actuelle. Des quartiers éloignés de toute construction routière, comme Kombonloaga, Nassablé 2, SOS, Nadégré, Padjou, sont également en détresse. Pour ces habitants, voir l’eau couler du robinet est un luxe réservé aux noctambules.
Dès minuit, certaines familles montent la garde autour des robinets pour espérer remplir quelques bassines avant que la pression ne retombe.
La véritable cause du problème est ailleurs : les installations de l’Unité de Traitement d’Eau Potable (UTEP) du barrage de Dapaong (Dalwak) sont en état de vétusté avancé. Les pompes qui refoulent l’eau vers les réservoirs de la ville qui n’ont jamais été remplacés depuis leur mise en service il y a 25 ans.
La TdE se contente de réparations temporaires, mais avec le temps, les équipements ont fini par céder. C’est un secret de Polichinelle dont personne ne parle officiellement, mais c’est en réalité cette défaillance qui explique la baisse de pression dans le réseau.
À cela s’ajoute une aberration dans le système de stockage. Sur la colline derrière le stade municipal de Dapaong, en lieu et place d’un second château d’eau qui aurait dû être construit, c’est une simple bâche creusée dans le sol qui fait office de réservoir. Or, comme cette installation est en contrebas, les quartiers situés en hauteur n’ont pas accès à l’eau aux heures de forte demande, faute de pression suffisante.
La saison chaude approche, et avec elle, la consommation d’eau va exploser. Déjà hantées par les souvenirs des grandes pénuries qui avaient précédé la construction du barrage de Dalwak, les populations redoutent le pire.
Pourtant, ce barrage d’une capacité de 10 millions de m³ est sous-exploité. Les travaux d’extension de l’UTEP, censés doubler la capacité de production d’eau potable de 310 m³/h à 620 m³/h pour desservir l’ensemble de la région, restent toujours au stade de l’annonce.
Pendant ce temps, les robinets restent à sec, les bidons vides s’entassent, et les populations attendent désespérément des solutions concrètes. L’arbre des travaux de voirie cache la forêt d’infrastructures obsolètes, de mauvaise gestion et d’abandon progressif des services publics.
Combien de temps encore avant qu’un véritable plan de sauvetage ne soit mis en place pour assurer à Dapaong un accès à l’eau potable ?
François Bangane
Soure: lalternative.info























